Un des principaux opposants au maire de Mascouche, l'avocat Stéphane Handfield, poursuit l'entrepreneur Normand Trudel, lequel le poursuivait déjà en diffamation pour 525 000$. Me Handfield, dans le document qu'il a remis à la Cour supérieure, qualifie d'ailleurs cette action de poursuite-bâillon.

Fabrice De Pierrebourg LA PRESSE

La dispute continue à Mascouche. Un des principaux opposants du maire, l'avocat Stéphane Handfield, poursuit l'entrepreneur Normand Trudel, qui le poursuivait déjà en diffamation pour 525 000$. Me Handfield, dans sa requête déposée en Cour supérieure, qualifie d'ailleurs cette action de poursuite-bâillon.

Me Handfield réclame donc la somme de 60 000$ en «réparation du préjudice causé» par Normand Trudel et sa société TEM (Transport et Excavation Mascouche).

Normand Trudel a fait plusieurs fois les manchettes au cours des derniers mois. Son entreprise avait obtenu un contrat de déneigement à Mascouche qui comprenait notamment le déblaiement des bornes-fontaines, au prix de 650$ l'unité pendant cinq ans. En avril 2012, il a été arrêté par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et l'escouade Marteau, tout comme l'homme d'affaires Tony Accurso et le maire de Mascouche Richard Marcotte.

Une première poursuite

En 2011, il avait décidé de poursuivre Stéphane Handfield, notamment parce qu'il avait fait ce commentaire sur le déneigement des bornes d'incendie: «Normand Trudel empoche presque 215 000$ par an, soit près de 1 million de dollars, rien qu'en restant assis sur ses fesses.»

Dans la poursuite que dépose Me Handfield, on lit que Normand Trudel aurait empoché «sans exécuter» le travail la somme de 1,1 million de dollars uniquement pour les bornes d'incendie. Il a confié le travail à un sous-traitant, qu'il a payé 285$ la borne, et a empoché la différence avec les 650$ payés par la Ville. Ces chiffres confirment ceux que La Presse avait divulgués à l'époque.

Faire taire l'opposition

Me Stéphane Handfield, chef de Vision démocratique de Mascouche, soutient que l'entrepreneur ne cherche qu'à le faire taire pour satisfaire un «agenda politique parallèle permettant la poursuite des activités contractuelles» entre lui et sa firme, d'une part, et la Ville de Mascouche, d'autre part, «en écartant ou en voulant écarter toute opposition politique».

Il s'appuie sur les déclarations de Normand Trudel qui, dans son interrogatoire avant défense, ne nie pas son amitié avec le maire Marcotte. Me Handfield soutient que la poursuite de Normand Trudel le vise en «tant que porte-parole» de son parti et «limite l'étendue» de sa «liberté d'expression».

Lors de l'interrogatoire d'octobre 2011, Normand Trudel laisse clairement entendre que Me Handfield serait derrière les reportages le concernant publiés dans La Presse et diffusés à Radio-Canada (à l'émission Enquête). «Monsieur Handfield fait tous ces agissements-là pour mousser sa candidature politique ou mousser son prochain poney», dit-il. Il dénonce aussi la «clique du groupe de monsieur Handfield», avant de tenter de rétracter ses propos, si l'on en croit la transcription officielle.

Tentative de rétractation

À un moment, l'entrepreneur se permet même de se moquer de Gilles Patenaude, président de la Coalition des gens engagés dans l'avenir de Mascouche. «Comment il s'appelle, donc, lui? Je ne me souviens plus de son nom, gros fifi.... Marquez... non, ce n'est pas vrai, excusez, marquez pas ça, madame!», demande-t-il à la sténographe. En vain.

Normand Trudel poursuit aussi l'ex-député péquiste Guillaume Tremblay pour des commentaires qu'il a faits à son sujet dans les médias.