«Homme généreux, charitable, un bon chrétien, bon avec son prochain et l'inconnu dans la rue. C'est capoté. Il est généreux, il ne juge pas le monde, s'il croise quelqu'un dans la rue il va aller l'aider...»

Christiane Desjardins LA PRESSE

C'est de cette façon, avec beaucoup d'intensité, d'émotion et une profusion d'adjectifs, que Jean Delisle a décrit son père, vendredi matin, au procès de ce dernier, à Québec. Jacques Delisle est accusé du meurtre prémédité de sa femme, Marie-Nicole Rainville. La femme de 71 ans, handicapée, est morte d'une balle dans la tête le 12 novembre 2009, dans l'appartement du couple, à Sillery.

À 48 ans, Jean Delisle est le cadet des deux enfants du couple Delisle-Rainville. Il affirme que ses parents s'aimaient, ne se querellaient jamais, et qu'il y avait beaucoup d'amour dans la maison. Sa mère, qu'il a décrite comme «formidable», était le «chef du fort», et son père,  «sévère mais juste», n'a jamais levé le petit doigt sur qui que ce soit dans la famille. Jacques Delisle a été juge de 1983 à 2009. Il gâtait sa femme, selon son fils. Généreux, il n'hésitait pas à prêter et donner de l'argent. Lui-même dit avoir obtenu un prêt de 100 000 $ pour ouvrir un commerce, et un don de 50 000 $ pour l'aider à payer l'hypothèque de sa maison.  Il soutient que c'est naturel pour son père, d'aider les autres.

Le fils est persuadé que sa mère s'est suicidée. Elle connaissait le maniement des armes, puisqu'elle était une «bonne chasseuse,»  assure-t-il. Il se souvient qu'elle allait à la chasse avec son père. Il dit avoir déjà vu, lors d'une chasse, l'arme dont elle se serait servie pour se tuer.

Marie-Nicole Rainville a fait un AVC le 14 avril 2007, jour de son 69e anniversaire de naissance.  Elle est restée paralysée du côté gauche. Selon Jean Delisle, sa mère vivait très difficilement avec son état, et disait qu'elle «aurait dû y rester». En juillet 2009, elle s'est fracturé une hanche, ce qui a nécessité trois opérations. Mme Rainville a souffert, et c'était un cauchemar.  «Le peu qu'elle avait avant, elle l'avait perdu.  Elle était triste, dans son monde, épuisée», a-t-il dit.

Jean Delisle affirme que son père allait voir sa femme tous les jours, deux fois par jour à l'hôpital, et que eux, les enfants, y allaient le soir. Selon des témoins entendus précédemment, M. Delisle y allait souvent, mais pas tous les jours, et madame s'est plaint à un certain moment de ne pas avoir beaucoup de visite.   Quoi qu'il en soit, le 12 novembre 2009, quand il a appris que sa mère était morte, Jean Delisle s'est dit : «enfin.» Il était soulagé, car c'était une délivrance pour elle. «Quand on aime quelqu'un, on ne veut pas qu'ils souffrent et elle, elle vivait une souffrance très intense.»

Ce jour-là, il s'est rendu à l'hôpital pour voir sa mère défunte. Il n'a pas apprécié et a même trouvé «intimidant» qu'un policier monte la garde devant l'endroit ou se trouvait la dépouille.  Il a appris qu'il y avait une enquête. «Ce n'est pas mon monde, mais il n'y a pas beaucoup d'empathie.»

Jean Delisle a aussi parlé du tic nerveux de son père: il serre les poings quand il devient impatient ou qu'il cherche ses mots. On sait que M. Delisle avait fait ce geste, en racontant aux policiers la dispute qu'il avait eue avec sa femme, le matin du drame. «Ça va-tu finir un jour», avait-il relaté,  en serrant les poings.

Le procureur de la Couronne Steve Magnan a demandé au fils Delisle pourquoi il parlait de ce tic, en particulier. «Parce que c'est le tic qui a été rapporté...», a répondu, M. Delisle.  Le procureur a alors fait valoir que l'épouse de Jean Delisle avait assisté à tout le procès, laissant entendre par là, qu'elle aurait pu  lui parler de ce qui s'y déroulait, et que cela a pu influencer son témoignage.

Me Magnan a aussi demandé au fils Delisle pourquoi il avait refusé de recevoir les enquêteurs de police, quand ils se sont présentés chez lui, cinq jours après la mort de sa mère.  L'homme a répondu qu'il avait trouvé cette visite «assez ordinaire», vu qu'il a deux enfants et qu'ils étaient là.  «Il y a une enquête sur le suicide de ma mère (grand-mère des petits) c'est sûr que j'ai pas ouvert la porte pour les inviter à prendre un café.»

«Vous auriez pu dire le moment est mal choisi, et remette la rencontre à un autre  moment», a rétorqué Me Magnan.

Par ailleurs, on sait que l'accusé avait une liaison avec sa secrétaire, avant même que son épouse fasse son AVC, 14 avril 2009,  jour où il y avait une réunion de famille.  Or, selon le fils Delisle, c'était toujours le bonheur et l'amour ce jour-là, il n'y avait aucune différence.

Le procès se poursuit mardi, avec d'autres témoins de la défense, qui est assurée par Me Jacques Larochelle, assisté de Me Dominique Shoffey. Le procès en sera alors à sa quatrième semaine.