Un âpre litige judiciaire divise depuis plusieurs mois les troupes de la police de Longueuil, a appris La Presse. L'ancien inspecteur responsable de la moitié du territoire de l'agglomération a porté plainte pour harcèlement au travail et dit avoir été rétrogradé illégalement après avoir transmis à la division des affaires internes des informations sur des responsables de haut rang.

Mis à jour le 14 févr. 2012
Vincent Larouche LA PRESSE

L'histoire n'avait encore jamais filtré publiquement, mais sur le terrain, elle fait jaser depuis plus d'un an, certains policiers appuyant le dénonciateur et d'autres se rangeant dans le camp opposé.

L'officier plaignant, Alain Brodeur, est un vétéran qui est entré au service de la police de Longueuil en 1989. Autrefois inspecteur responsable de gérer la surveillance des territoires de Saint-Bruno, Saint-Hubert, Greenfield Park et Brossard, il a récemment été rétrogradé au rang de capitaine, responsable de la formation et de la recherche et développement.

Sa plainte met en cause l'ancien chef de police Marc Saint-Laurent, aujourd'hui à la retraite, et un de ses directeurs adjoints, Jean-Pierre Larose, qui travaille actuellement à l'Association des directeurs de police. Ceux-ci pourraient être forcés de s'expliquer en cour.

Confidences d'un subalterne

Le capitaine Brodeur a déposé des plaintes à la Commission des relations du travail pour «pratiques interdites» de la part de son employeur et pour harcèlement psychologique.

Témoignant sous serment devant la Commission la semaine dernière, il a présenté ce qu'il croit être le point de départ de ses ennuis.

En 2008, alors qu'il était inspecteur, un de ses subordonnés prétendait détenir des informations incriminantes sur un accident qu'avait eu leur supérieur à tous deux, Jean-Pierre Larose, avec un véhicule de la police. L'inspecteur Brodeur avait tout noté des confidences du policier.

«Le lendemain, j'ai appelé les affaires internes», a-t-il indiqué.

Le service des affaires internes a finalement blanchi le directeur adjoint Larose relativement à l'accident. Mais Alain Brodeur affirme que le seul fait d'avoir relayé des informations potentiellement embarrassantes sur un de ses supérieurs lui a valu des ennuis. Même le responsable des affaires internes lui aurait dit que son appel «sentait la magouille».

Un scénario similaire se serait reproduit l'année suivante. Alain Brodeur affirme que le procureur-chef de la cour municipale l'avait appelé parce qu'un employé du service de police cherchait à utiliser son statut pour éviter «une situation» à la cour.

Cette fois, M. Brodeur aurait rapporté ces nouvelles allégations au directeur de police, Marc Saint-Laurent.

Ce dernier lui aurait alors demandé pourquoi un procureur avait bien pu s'adresser à lui. Il lui aurait dit de renvoyer le procureur aux affaires internes, avant de raccrocher sèchement et de refuser de lui parler davantage.

Un paria

Alain Brodeur raconte être devenu ensuite un paria, lui qui n'avait jamais eu de problèmes au travail.

On l'aurait forcé à changer de poste, avant de l'envoyer dans un nouveau bureau qui était rempli à craquer de boîtes et où il ne pouvait travailler. Il aurait été convoqué à une foule de rencontres où on l'accusait d'être en conflit avec ses supérieurs. Ses patrons l'ont rétrogradé, suspendu un temps sans solde, et sont allés jusqu'à lui retirer temporairement son insigne de police.

«C'est très significatif pour un policier, l'insigne. Quand on la retire, c'est quelque chose de très grave. J'ai suspendu des gens dans ma carrière et je n'ai jamais retiré leur insigne», a-t-il souligné.

Avant de perdre son grade, il affirme qu'un dirigeant des ressources humaines de la Ville de Longueuil l'a convoqué au restaurant pour tenter de le faire taire et d'organiser par la bande son départ vers le service de police de Châteauguay.

«Si tu t'en vas à Châteauguay, on va retirer les accusations disciplinaires contre toi. Sinon, on va te dégrader», lui aurait dit le cadre.

Le directeur général adjoint de Longueuil, André Lachapelle, a affirmé devant la Commission qu'il avait déjà rencontré le plaignant, à qui on reprochait de ne «pas adhérer aux valeurs» mises de l'avant par le chef Marc Saint-Laurent à l'époque. Il n'a toutefois pas pu nommer d'événement précis posant problème. Selon lui, Alain Brodeur était dans la ligne de mire du chef parce qu'il avait une attitude de défi envers ses supérieurs, qu'il adoptait une attitude de victime et qu'il recherchait de façon inappropriée la valorisation des élus municipaux et des officiers syndicaux.

Ni M. Brodeur ni la Ville de Longueuil n'ont voulu répondre à nos questions. Les audiences devant la Commission reprennent en avril.