Trois mois avant de mourir, Michel Berniquez a foncé sur un policier dans un logement de Montréal-Nord en criant «je suis le diable».

Catherine Handfield LA PRESSE

C'est ce qu'a raconté lundi le policier en question, l'agent Claude Goulet, à l'enquête de la coroner Andrée Kronström sur la mort de Michel Berniquez, qui a repris lundi au palais de justice de Montréal.

Michel Berniquez, 45 ans, est mort à la suite d'une intervention policière, le 28 juin 2003, à Montréal-Nord. Le coroner a conclu à une mort accidentelle. Il aurait succombé des suites d'une arythmie cardiaque causée par sa consommation de drogue (cocaïne et speed) et par l'effort physique qu'il a déployé lors de son arrestation.

Claude Goulet, l'un des policiers impliqués dans l'intervention du 28 juin 2003, a eu affaire avec Michel Berniquez en mars de la même année. L'ex-conjointe de Berniquez avait demandé de l'aide aux policiers pour l'expulser de son logement après qu'il l'eut menacée.

L'agent Goulet et sa coéquipière ont trouvé Berniquez dans la chambre de la plaignante. «Il s'est retourné vers nous et a foncé vers moi», a raconté Claude Goulet.

Ce dernier lui a assené un coup pour qu'il recule, mais Berniquez aurait foncé une autre fois sur lui en criant «je suis le diable». Les policiers l'ont finalement maîtrisé avec un bâton télescopique et du gaz poivre.

À la suite de l'intervention, Michel Berniquez a fait un séjour à l'Institut Philippe-Pinel, mais il a été relâché après avoir été déclaré non criminellement responsable en raison de ses troubles mentaux.

Dépanneur

En matinée, le policier Marc-André Dubé a raconté sa version des évènements du 28 juin 2003. Vers 16h15, sa coéquipière Josée Cottenoir et lui sont intervenus dans un dépanneur du boulevard Henri-Bourassa après qu'un commis eut appuyé sur le bouton panique.

Le commis leur a dit qu'un individu qui venait de quitter avait eu un comportement incohérent et agressif et qu'il s'en était pris verbalement à un client. Les policiers l'ont recherché une dizaine de minutes dans le quartier, en vain.

Une heure plus tard, vers 17h05, Marc-André Dubé et Josée Cottenoir ont reçu un autre appel pour une bagarre impliquant deux hommes dans le stationnement du Canadian Tire du boulevard Henri-Bourassa. Le duo a localisé Berniquez près d'un abribus. Ce dernier aurait foncé sur Marc-André Dubé et l'aurait frappé à la mâchoire.

Le policier et sa coéquipière ont sorti leur bâton télescopique et appelé du renfort. Les policiers se sont mis à six pour le menotter au sol, alors qu'il était couché sur le ventre.

Berniquez était «combatif» et il «parlait» jusqu'à l'arrivée d'Urgences-santé, selon l'agent Claude Goulet. Lorsqu'ils l'ont retourné, les policiers et les ambulanciers ont toutefois constaté qu'il était en arrêt cardio-respiratoire. Les médecins ont confirmé sa mort à 18h.

Dans sa déclaration d'ouverture, en février, Andrée Kronström a précisé que l'asphyxie positionnelle et la brutalité policière n'ont pas contribué au décès, une conclusion que la famille Berniquez conteste.

La coroner Kronström portera notamment son attention sur l'encadrement médical et judiciaire des personnes aux prises avec des problèmes de consommation et sur la maîtrise des personnes agitées et intoxiquées par les policiers.

L'enquête se poursuit mardi et reprendra ensuite en septembre.