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Accurso était au coeur du système de collusion à Laval, plaide la Couronne

Tony Accurso, photographié en janvier 2018.... (Photo OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Tony Accurso, photographié en janvier 2018.

Photo OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Tony Accurso ne se mêlait pas de la gestion quotidienne du partage de contrats publics entre entrepreneurs à la Ville de Laval, mais intervenait pour régler certains problèmes « majeurs ». Il était ainsi « au coeur » du système de collusion, a plaidé vendredi matin la Couronne au procès pour complot, fraude et corruption dans les affaires municipales de M. Accurso.

Les trois témoins-clés de la poursuite ont livré des récits extrêmement précis de rencontre avec Tony Accurso sur la collusion, a fait valoir au jury le procureur Me Richard Rougeau dans ses plaidoiries. Le collecteur de pots-de-vin du parti du maire Vaillancourt de 1996 à 2003, l'ingénieur Marc Gendron, a raconté avoir reçu 200 000 $ en argent comptant de Tony Accurso en 2002 dans le stationnement de son complexe de restaurants. Une transaction niée par l'accusé pendant son témoignage.

« [Son récit] est d'une extraordinaire précision. Il y a tellement de détails collatéraux qui ne servent pas le témoignage qu'il n'y a aucune raison logique de s'imaginer ou de penser que l'individu les a inventés. [...] Si la motivation de M. Gendron est malicieuse pour nuire à M. Accurso, pourquoi avoir dit : "J'ai reçu l'argent, mais je ne l'ai pas regardé et je ne l'ai pas compté" ? Il n'y a rien dans ce récit qui semble avoir été construit dans le but de nuire à M. Accurso », a plaidé le procureur de la poursuite.

Autre pierre d'assise de la preuve de la Couronne : la rencontre dans le bureau de Tony Accurso avec son bras droit et cousin Joe Molluso, président de Construction Louisbourg et Gilles Théberge, dirigeant du concurrent Sintra. Selon le témoin Théberge, Tony Accurso s'était engagé à parler au maire Gilles Vaillancourt pour dénouer l'impasse sur un contrat de quatre millions de dollars exceptionnellement promis à Sintra et Louisbourg. Cette brève rencontre a eu lieu, a admis l'accusé, mais il a affirmé n'avoir rien compris des propos tenus par son bras droit et son concurrent. 

« Comment on peut concilier le caractère secret de la collusion dans laquelle [Joe] Molluso joue un rôle important avec ces deux personnes, dans le cadre du [contrat] du fossé Boudrias, qui ont décidé de marcher tout doucement vers le bureau de M. Accurso. [...] Il n'y a pas de secret ! Je vous invite à réfléchir au sérieux du fait que, pendant 15 ans, Joe Molluso a caché ça à Tony Accurso », a plaidé au jury Me Rougeau. Selon Tony Accurso, son « frère » Joe Molluso gérait tout de « A à Z » chez Construction Louisbourg et bénéficiait d'une grande autonomie.

Le troisième témoignage-clé de la poursuite est celui de Mario Desrochers, le successeur de Gilles Théberge comme meneur de la collusion et de la corruption pour l'entreprise Sintra. Celui-ci a témoigné avoir participé en 2002 à une rencontre au sommet sur la collusion à Montréal et à Laval dans les bureaux de Construction Louisbourg en présence de présidents d'entreprises, dont Tony Accurso. Le témoin angoissé n'en pouvait plus du nombre toujours croissant de participants aux soumissions qui rendait ingérable le partage de contrats.

Ce récit « complexe et détaillé » est « significatif », puisqu'il place Tony Accurso au coeur du système de collusion, estime Me Rougeau. Mario Desrochers n'a toutefois pas raconté cette histoire au premier procès de l'accusé et ne l'a révélé aux policiers qu'en mai dernier, a fait valoir la défense jeudi. Or, a martelé Me Rougeau, il ne l'a pas dit aux policiers plus tôt, parce qu'il pensait que cette rencontre ne concernait que Montréal, et non Laval.

Une preuve qui repose sur « huit criminels »

La preuve de la Couronne est « pleine de trous » et repose sur les témoignages de « huit criminels » aux « antécédents de malhonnêteté », a plaidé la défense jeudi. « Qu'est-ce qu'il y a de pire qu'un témoin pas fiable ? Huit témoins pas fiables ! », a lancé au jury Me Marc Labelle.

Les derniers remparts de la démocratie. Ce mantra, l'avocat de la défense l'a répété tout au long de ses plaidoiries jeudi pour rappeler aux 12 jurés leur rôle primordial pour juger Tony Accurso, un citoyen « présumé innocent ». « Vous êtes les derniers remparts entre un citoyen et l'État. Les derniers. Il n'y en a pas d'autres. Ce n'est pas le tribunal d'opinion publique ici », a scandé Me Labelle.

L'avocat de la défense a remis en question l'existence même d'un système de collusion dans l'obtention des contrats publics à la Ville de Laval tel que décrit par la Couronne. « Il n'y en a pas de système, il n'y en a pas de règle ! Et s'il y en a un, ça vaut ce que ça vaut. Comment vous voulez prétendre que ce système-là est bien établi [...] et que c'est certain que M. Accurso savait ? », a plaidé Me Labelle.

Selon la défense, de nombreux contrats publics à Laval étaient obtenus par des entreprises qui ne faisaient pas partie du « système ». « S'il y en avait d'autres, le système n'est pas si évident que ça, il n'est pas si omniprésent. Comment M. Accurso peut savoir ça ? [...] [La poursuite] essaie de vous faire passer ça comme un système évident, dans le béton et respecté par tout le monde ! », a fait valoir Me Labelle.

La crédibilité des principaux témoins de la poursuite, qualifiés à répétition de « criminels » et de « fraudeurs », a également été torpillée par la défense. Plusieurs de ces « témoins à contrats » ont d'ailleurs signé des ententes d'immunité avec l'État, a soulevé Me Labelle.

« Ont-ils intérêt à mentir ? Ont-ils intérêt à dire la vérité ? L'ont-ils dit ? Est-ce que ces gens ont intérêt à rendre des témoignages qui vont plaire au DPCP [Directeur des poursuites criminelles et pénales] et à la SQ [Sûreté du Québec], parce qu'ils n'ont pas été accusés encore pour des délits ailleurs qu'à Laval ? », s'est-il interrogé.

Me Labelle s'en est aussi pris aux motivations du témoin-clé Mario Desrochers, en laissant entendre qu'il était prêt à tout pour protéger sa conjointe. Son récit d'une rencontre au sommet sur la collusion dans les bureaux de Tony Accurso entre présidents d'entreprises n'a « ni queue ni tête », selon la défense.




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