Bien avant de devenir le Sorcier de la Nouvelle-Zélande, Ian Brackenbury Channell s’est entraîné en vue de devenir navigateur pour la Royal Air Force… au Manitoba.

Hina Alam
La Presse canadienne

Il dit y avoir appris des leçons qui lui ont donné de la sagesse.

Né en Angleterre, M. Channell est devenu citoyen néo-zélandais dans les années 1970. Le premier ministre Mike Moore l’a même nommé « sorcier officiel » du pays en 1990, ce qui lui a permis de porter le costume traditionnel et d’exercer des tâches aussi essentielles que de chasser les mauvais esprits et de réjouir la population.

M. Channell raconte que son parcours de sorcier s’est amorcé en 1952 quand il était Portage la Prairie, au Manitoba.

Aujourd’hui âgé de 87 ans, l’homme qui s’apprête à remettre son bâton de sorcier à son apprenti, se souvient de son séjour au Canada et de la folie de naviguer sans radar au-dessus de la toundra.

« C’était tellement fou, relate-t-il. J’essayais de naviguer à l’aide d’un sextant en survolant un territoire pour lequel il n’y avait pas de cartes, car c’était la toundra. Les inondations changeaient la forme des lacs. C’était absolument ridicule. Mais j’ai adoré le faire. C’était une excellente leçon. »

À titre de sorcier officiel de la Nouvelle-Zélande, il cherche à guider la pensée des gens en ouvrant leur esprit à différents points de vue tout en s’amusant un peu.

M. Channell reçoit des honoraires annuels de 14 000 $ CAN du conseil municipal de Christchurch.

Il prononce des discours sur la place de la cathédrale de la ville en utilisant une approche qui, selon lui, est similaire au style oratoire de Cicéron dans la Rome antique sur des sujets allant de la liberté d’expression dans les universités au patriarcat.

« Je n’ai jamais prétendu que ce que je dis était vrai ou faux. Aimez-vous le discours ? Aimez-vous ce que je dis ? Aimez-vous penser à ces choses, jouer avec les mots ? »

Il aime se comparer à Gandalf du « Seigneur des Anneaux », au « très célèbre » sorcier anglais John Dee de la période élisabéthaine ou à Dumbledore, le mentor de Harry Potter.

M. Channell adore la magie, bien sûr.

« La magie n’est pas une religion. Ce n’est pas une science. C’est un mélange de toutes sortes de choses », lance-t-il.

Il doit son séjour au Canada à… son nom de famille.

Ses instructeurs ont annoncé que les 20 premiers noms sur une liste allaient au Canada pour devenir navigateurs. Comme son nom commençait par un C, il était placé assez haut dans celle-ci.

L’abondance relative de la nourriture au Manitona lui a plu. Il faut dire qu’après la Seconde Guerre mondiale, le rationnement demeurait strict en Angleterre à cause des pénuries alimentaires. Mais, plus encore, et le climat « très étrange » l’a surpris.

« Extrêmement froid et extrêmement chaud. Juste de la neige, de la neige et encore de la neige. Et les moustiques en été. »

Dans la caserne où il résidait, M. Channell côtoyait un groupe de marins français.

« On ne peut être plus éloigné de la mer qu’à Winnipeg, dit-il entre deux éclats de rire. Le fait qu’ils étaient là était très étrange. »

À Portage la Prairie, il se souvient avoir visité des disquaires.

« J’aime beaucoup la musique classique, confie M. Channell. C’était plutôt bien. Pour un jeune homme de 19 ans, c’était plutôt emballant. »

Il se rappelle d’avoir fait de « l’avion-stop » pour voyager se rendre à Edmonton, en Floride et en Californie. On l’a accepté comme passager à bord « d’énormes » avions-cargos où il était tout seul dans la soute.

« C’était comme voyager dans le temps ou comme le Dr Who. »