(Rochefort) Le coq Maurice dont le cocorico matinal contesté en justice est devenu en France le symbole des traditions rurales, pourra-t-il continuer de chanter sur l’île d’Oléron ? Réponse jeudi d’un tribunal de l’Ouest de la France.

Olivier GUERIN
Agence France-Presse

La décision du tribunal correctionnel de Rochefort, en Charente-Maritime, est attendue en début d’après-midi.

Si le jugement est favorable aux demandes des plaignants, la propriétaire de Maurice, Corinne Fesseau, issue d’une vieille famille oléronnaise, aura 15 jours pour éloigner l’animal ou le faire taire. Si elle ne s’y soumet pas, elle devra verser 150 euros d’astreintes quotidiennes ainsi que 1000 euros de dommages et intérêts à ses voisins.  

Article dans le New York Times, T-shirts Let Me Sing du Team Maurice, pétition pour «sauver Maurice» (140 000 signatures) : le gallinacé de Saint-Pierre-d’Oléron est devenu en quelques mois le symbole de la ruralité menacée.

Au départ, une plainte pour trouble anormal du voisinage a été déposée par un couple d’agriculteurs retraités domicilié dans le centre de la France, incommodés par le chant trop matinal de Maurice près de leur résidence de vacances.

Déplacement du poulailler, film noir autour de sa cabane pour l’empêcher de chanter avant 8h30, rien n’y a fait. Maurice a continué de chanter aux premières lueurs de l’aube et aucune conciliation n’a pu avoir lieu entre les parties.

«Accepter les traditions»

Lors de l’audience le 4 juillet, Maurice a été accusé d’être une «nuisance sonore». «Le coq, le chien, le klaxon, la musique, c’est le dossier du bruit», avait plaidé Me Vincent Huberdeau, avocat des plaignants, en refusant l’idée du procès «de la ville contre la campagne», d’un «conflit entre citoyens bobos et ruraux».

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Corinne Fesseau pose avec Maurice.

Chacun s’était aussi demandé si Saint-Pierre-d’Oléron, à environ 80 km de La Rochelle, était une commune rurale ou une zone urbaine, où un coq n’avait donc pas sa place.

Pour Me Huberdeau, Saint-Pierre-d’Oléron est «la plus grosse commune de l’île d’Oléron avec près de 7000 habitants en hiver et 35 000 en été. Mes clients vivent dans une zone classée pavillonnaire au Plan local d’urbanisme. Ce n’est pas la campagne».

Ce à quoi avait objecté Me Julien Papineau, qui défend les intérêts de Mme Fesseau : «Je ne suis pas sûr que les plaignants se sont dits “On va acheter une maison à la ville, sur l’île d’Oléron!”».

«Nous sommes ici au paroxysme de l’intolérance, il faut accepter les traditions locales», dénonce Christophe Sueur, le maire de la commune qui avait pris un arrêté municipal en juillet 2018 pour rappeler l’aspect rural de la commune et prendre le parti de sa résidente permanente.

Procès du bruit ou chicanes de voisinage, Maurice est devenu le symbole du conflit entre ruraux et nouveaux arrivants.

Et il n’est pas le seul. Il a été depuis rejoint par des canards des Landes qui caquètent, des cloches qui sonnent, des grenouilles qui coassent et des cigales qui stridulent trop fort.

Au point d’amener le maire du petit village de Gajac en Gironde, à 70 km de Bordeaux, à proposer le classement de ces bruits au patrimoine national et fonder l’association L’Écho de nos campagnes, pour «protéger notre monde rural et nos traditions».