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Un bordel de la poésie à New York

Au «Zipper Factory» («usine à fermetures-éclair») les poétesses... (Photo: AFP)

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Au «Zipper Factory» («usine à fermetures-éclair») les poétesses se déplacent d'alcôve en alcôve, éclairées par des bougies et des lanternes rouges, dans un décor de peintures de nus.

Photo: AFP

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Sebastian Smith
Agence France-Presse
New York

La prostituée murmure, humecte ses lèvres et commence à déclamer: au «bordel de la Poésie», à New York, ce ne sont pas les corps mais les strophes qui sont à vendre.

Au «Zipper Factory» («usine à fermetures-éclair») les poétesses se déplacent d'alcôve en alcôve, éclairées par des bougies et des lanternes rouges, dans un décor de peintures de nus.Certaines ont des porte-jarretelles, l'une arbore haut-de-forme et boa, mais les transactions portent sur l'esprit, comme l'indique immédiatement le catalogue illustré.

Page quatre par exemple, «Le Professeur», une belle brune, jure avoir entendu «la plainte de votre coeur à la dérive entre les flèches des gratte-ciel».

Harriett Van Os, page 10, promet «de vous révéler les secrets qu'elle ignore savoir». Et Cecille Ballroom attire les clients en promettant de «séduire leurs tympans».

On peut aussi trouver des gigolos, dont le co-fondateur du club Nicholas Adamski, surnommé Tennessee Pink, influencé par Arthur Rimbaud et Anna Akhmatova et dont le tarif est l'un des plus élevés du lieu, 20 dollars la séance contre 3 à 5 dollars pour la plupart des autres. A ajouter aux 15 dollars du ticket d'entrée au club.

«J'aime la poésie plus que tout au monde», roucoule «Madame» --20 dollars également--, de son vrai nom Stephanie Berger, décolleté plongeant, longs gants de satin noir et plume de paon dans les cheveux.

Les cabinets de lecture sont au premier étage, le rez-de-chaussée est réservé au bar, à une scène où se produit un duo de guitaristes de flamenco, à une table de black-jack et à une diseuse de bonne aventure.

La formule connaît un succès certain. «Il n'y a pas tant de cercles de poésie», dit «Le Professeur», qui s'appelle Jennifer Michael Hecht, est âgée de 43 ans et enseigne l'écriture dans une école de Manhattan, ainsi qu'à de nombreux clients du «bordel».

Vers minuit, la «Factory» est de plus en plus bondée et bruyante.

La voyante, parée d'une écharpe rouge et de plumes bleues, murmure à quelqu'un une histoire «d'eaux troubles».

Quand Patricia Smith, poétesse reconnue, s'empare du micro pour un long sonnet rythmé sur l'amour et le sexe, la foule applaudit comme à un concert de rock.

Mais, même dans ce monde éthéré, la crise économique sévit. Ainsi, Nina Cheng, 22 ans, était-elle sur le point de commencer à travailler chez Bear Stearns lorsque la banque s'est effondrée. Elle écrit actuellement une pièce sur son expérience, et voudrait suivre un cours d'écriture théâtrale à l'université de Yale.

«Je pensais me tourner vers l'art à ma retraite, pas si tôt», dit la jeune fille, connue au «bordel» comme la «Fumeuse d'opium».

Une autre «prostituée», Rachel Herman-Gross, 27 ans, alias «Simone», s'inquiète des conséquences de la chute des marchés pour le monde de l'art. «Beaucoup d'artistes sont soutenus par des mécènes, ça va être plus dur», souligne-t-elle.

Mais un client costaud et enthousiaste, vêtu d'un kilt écossais, reste optimiste. «Les artistes ont toujours eu de la ressource», estime Edmund Voyer, 54 ans, qui se définit comme un «évangéliste» sur sa carte de visite.

Sa compagne de boisson Jennifer Hoa, 27 ans, acquiesce: «je suis avocate d'affaires, mais... je ne peux pas me passer de l'art», dit-elle.




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