Consommation de drogue et d’alcool en plein jour, utilisation des jeux d’eau municipaux pour se laver, urine et matières fécales dans les ruelles, vols de vélos, vandalisme… La conduite de sans-abri hébergés dans un refuge à l’Hôtel-Dieu dérange depuis plusieurs semaines.

Publié le 4 juillet
William Thériault
William Thériault La Presse

En entrevue avec La Presse, les résidants et les commerçants du quartier jugent le projet « bien intentionné, mais mal géré ». Fatigués, ils appellent « les pompiers, les ambulanciers ou les policiers pratiquement tous les jours ».

« Ce printemps, ça s’est amplifié. Le quartier devient délabré », s’est plaint un résidant souhaitant taire son identité pour ne pas subir de représailles.

« Personne n’est contre les itinérants, mais on ne sent pas d’action de l’arrondissement ou du refuge pour les intégrer dans le quartier. Ils font leurs besoins dans la rue, ils insultent les gens et nous lancent des canettes de bière. »

Ils vendent de la drogue et ils se piquent avec des seringues devant tout le monde. Ça devient vraiment critique.

Un résidant du secteur

Le pavillon Le Royer de l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Urbain, a ouvert ses portes aux personnes en situation d’itinérance le 1er juillet 2021. Aujourd’hui, l’établissement compte 186 lits, répartis sur 6 étages, pour accueillir des personnes sans logement dans un objectif de réinsertion sociale. Ces individus ont souvent des dépendances importantes à l’alcool ou aux opioïdes, ou encore des problèmes de santé mentale.

Pour s’occuper des visiteurs, au moins trois employés par étage y travaillent en permanence, affirme Mission Old Brewery, l’organisme d’aide aux personnes en situation d’itinérance qui chapeaute le site. À l’extérieur, on y trouve un petit chapiteau et quelques tables pour les visiteurs. « Mais c’est tout le temps plein. On refuse du monde chaque jour », explique Émilie Fortier, directrice des services d’urgence à Mission Old Brewery.

PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

L’Hôtel-Dieu, jeudi dernier

Selon un second résidant, qui souhaite lui aussi conserver l’anonymat, 75 % des personnes hébergées semblent vraiment « vouloir s’en sortir ». À son avis, c’est « une minorité d’individus qui causent le trouble ».

Il y en a un qui est rentré par effraction chez nous, qui a volé le sac d’école de mon gars et sa tablette.

Un résidant du secteur

« Il y a régulièrement des crises de santé mentale en plein milieu de la nuit. Et mon voisin est passé à deux doigts de se faire battre par un itinérant. […] Le projet, il est louable, mais ce n’est pas géré convenablement. »

« On vit dans un milieu urbain. On a toujours connu une population itinérante, mais qui avait créé des liens avec la communauté d’affaires », dit Tasha Morizio, directrice générale de la société de développement du boulevard Saint-Laurent. « Sauf qu’en ce moment, on a une nouvelle population qui engendre des tensions non seulement avec les résidants, mais aussi avec les commerçants du quartier. »

Cohabitation complexe

Au départ, tout se passait relativement bien. Mais quand les mesures sanitaires ont été levées, à la mi-mai, un tournant s’est opéré, indiquent les personnes que nous avons interrogées.

Actuellement, le partage de l’espace public entre les deux groupes est « complexe », selon Émilie Fortier de Mission Old Brewery.

Jusqu’à avril, on n’avait eu que des petits incidents de cohabitation [à l’intérieur du refuge]. Le déconfinement et l’arrivée du printemps ont vraiment changé l’ambiance du quartier.

Émilie Fortier de Mission Old Brewery

De leur côté, les résidants affirment avoir écrit et téléphoné à plusieurs reprises à Alex Norris, conseiller municipal du district Jeanne-Mance, pour tenter de trouver une solution. Ils n’ont jamais obtenu de réponse, déplorent-ils.

PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

Les environs de l’Hôtel-Dieu, jeudi dernier

Conseillère de ville dans ce même district, Maeva Vilain est responsable des dossiers de développement social. C’est donc elle qui répond aux citoyens, assure-t-elle en entrevue.

« Dans un contexte de crise du logement, c’est dur, ce qu’on vit avec les itinérants, nuance-t-elle. Beaucoup d’entre eux ont des problèmes de santé mentale. Il est important de faire un effort collectif pour être inclusifs. Je pense que c’est important d’avoir un pas de recul, de réfléchir à la façon dont on traite les plus vulnérables. »

Rencontre à venir

Mardi en soirée, une rencontre visant à « trouver des solutions concrètes » est prévue. Les résidants du secteur de l’Hôtel-Dieu, la Mission Old Brewery, des représentants de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, des organismes communautaires et des membres du Service de police de la Ville de Montréal y seront.

Dans un premier temps, les différents groupes présenteront leur plan pour régler la situation. Ensuite, les citoyens auront 60 minutes pour poser des questions.

« Le plus important sera de comprendre exactement ce qui se passe sur le terrain, explique Maeva Vilain. On veut mettre en place des actions rapidement. »

En savoir plus

  • 150
    Il manquerait de 100 à 150 places destinées à des itinérants au centre-ville de Montréal pour assurer un environnement « vivable ».
    source : Mission old brewery