En réaction à une vaste consultation publique qui a révélé des différences dans la perception du travail policier entre les citoyens blancs et ceux issus d’une minorité visible, le chef de police de Laval tentera d’envoyer un signal fort ce mercredi en présentant un nouvel « énoncé de non-discrimination » qui engagera son organisation dès maintenant. « On ne peut pas attendre », dit-il.

Publié le 23 mars
Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Le Service de police de Laval avait lancé des consultations sur le profilage racial et social à l’été 2020. L’exercice avait débuté peu après la mort de George Floyd aux mains d’un policier de Minneapolis et le début des manifestations du mouvement Black Lives Matter.

« L’affaire Floyd aux États-Unis, ç’a été une prise de conscience, personnellement, pour moi », affirme le directeur Pierre Brochet, en entrevue avec La Presse.

« La Ville de Laval a pris ça très au sérieux, les enjeux de racisme et de discrimination », dit-il.

Larges consultations

La consultation comprenait des groupes de discussion sur l’immigration animés par la firme BIP recherche, une caravane citoyenne et des ateliers participatifs organisés avec l’Institut du Nouveau Monde ainsi qu’un sondage en ligne compilé par Dialogs auquel 2811 Lavallois ont répondu, dont 27 % qui s’identifient à une minorité visible.

Dans l’ensemble, 73 % des répondants au sondage avaient une opinion positive de leur service de police. Les avis positifs dominaient aussi lors des activités de discussion en personne, y compris chez les personnes s’identifiant à une minorité.

« La perception des policiers de Laval est très positive et je suis fier de leur travail dans un contexte de plus en plus difficile, alors qu’ils se retrouvent live sur les réseaux sociaux d’une minute à l’autre, que leur nom est diffusé, que la violence augmente », explique M. Brochet.

Différence de perception

Mais les consultations révèlent aussi des différences entre les groupes de répondants. Les témoignages recueillis dans le cadre de la caravane montrent que les participants qui s’identifient à une communauté culturelle ont eu plus d’interactions avec la police et considèrent ces expériences plus négativement que les autres.

Dans le cadre du sondage, 24 % des répondants membres d’une minorité visible ont dit croire que le service de police se livre à du profilage racial, contre seulement 8 % pour les Blancs. Interrogés sur leur appréciation de l’équité de traitement pour tous les citoyens face à la police, les répondants membres des minorités visibles étaient plus nombreux (35 %) à donner une opinion négative que les Blancs (22 %).

« On voit qu’il y a une différence de perception. Ç’a renforcé notre idée qu’il fallait passer immédiatement à l’action », explique le directeur Brochet.

L’énoncé qui sera présenté ce mercredi précise que le service de police « s’engage à interagir de façon juste et équitable auprès de tous les citoyens de Laval et à ne tolérer aucune forme de discrimination ». Un engagement qui ressemble peut-être à une évidence, mais qui répond à une suggestion lancée lors des consultations quant au besoin de prendre une position publique ferme, explique M. Brochet.

Justifier les interpellations

Un plan d’action accompagne l’énoncé, dont certains volets sont déjà en branle. Les interpellations doivent maintenant être justifiées par les policiers sur la base de « faits observables », et pas sur une simple intuition.

De nouvelles formations, sur les types de plaintes portées par les citoyens et sur les façons d’interagir avec différentes communautés culturelles, ont aussi été élaborées.

Reste un chantier important, la diversification du corps policier. Le service dit avoir un plan pour recruter l’an prochain autour d’une vingtaine de policiers issus de la diversité afin d’augmenter le pourcentage d’agents issus des minorités visibles, qui stagne actuellement à 8 % dans une organisation de 630 policiers.