Valérie Plante en appelle à l’action de Québec et au sens moral des propriétaires d’immeubles de logements face aux potentielles « rénovictions » qui menacent les loyers modestes dans les quartiers centraux de Montréal, alors que l’immobilier surchauffe.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

La mairesse croit qu’un registre des baux, qui permettraient aux nouveaux locataires de savoir combien payaient leurs prédécesseurs, permettrait de régler une partie du problème. Mais les propriétaires doivent aussi se responsabiliser.

« C’est légal, mais moi, je trouve que ce n’est pas moral de mettre des gens à la rue comme ça », a-t-elle dit.

La Presse a révélé mardi matin que deux importants propriétaires fonciers montréalais avaient un sombre historique judiciaire dans leurs relations avec les locataires qui résistent à leurs tentatives de vider leurs immeubles pour y faire des rénovations majeures. Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth ont notamment été condamnés à indemniser des locataires pour harcèlement.

La semaine dernière, le duo a averti les locataires d’un immeuble de 90 logements sur le Plateau Mont-Royal, le Manoir Lafontaine, qu’ils devraient bientôt quitter leur appartement pour au moins sept mois, afin que la tour soit rénovée de fond en comble.

« La limite de nos outils »

« Dans ce cas-ci, on a comme atteint la limite de nos outils », a dit la mairesse en entrevue téléphonique. Les arrondissements centraux ont « mis en place des règlements pour vraiment limiter les rénovictions » et ne peuvent aller plus loin, à son avis.

La solution se trouve plutôt entre les mains de Québec, a fait valoir Mme Plante.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LAPRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« On demande depuis longtemps un registre des baux et des loyers. Ça, c’est un outil qui serait intéressant », pas juste à Montréal, a-t-elle souligné. Un locataire qui arrive dans un immeuble pourrait donc constater combien payait celui qui a occupé l’endroit avant lui et si l’augmentation de loyer a été faite légalement. « Ce serait à Québec d’agir là-dessus », a-t-elle ajouté.

Mme Plante voudrait aussi que la législation soit changée pour renverser le fardeau de la preuve devant le Tribunal administratif du logement (l’ex-Régie du logement) afin qu’il incombe aux propriétaires de prouver le bien-fondé de leur projet de rénovation en cas de contestation. « En ce moment, ce sont les locataires qui doivent faire la preuve qu’il s’agit d’une rénoviction », a-t-elle dit.

« Changer de façon importante le visage de Montréal »

À plus long terme, Valérie Plante espère que son Règlement sur la métropole mixte — qui forcera les promoteurs à intégrer 20 % de logements sociaux et 20 % de logements abordables dans leurs nouveaux projets — permettra d’éviter l’écueil d’une ville inaccessible à la classe moyenne.

Ce sont des mesures robustes. C’est sûr que dans cinq ans, ça va changer de façon importante le visage de Montréal.

Valérie Plante

« D’ici là, on se retrouve avec une situation sur laquelle on aurait dû travailler bien avant. Moi, je ne comprends pas comment ça se fait qu’avant nous, l’habitation n’était pas une priorité », a-t-elle déploré.

Mme Plante met aussi de l’avant l’enveloppe de 100 millions réservée par son administration pour acheter des bâtiments à transformer en logements sociaux dans les 10 prochaines années.

La Ville de Montréal a confirmé hier que malgré les indications inscrites à l’acte de vente du Manoir Lafontaine concernant une exemption de droits de mutation de 373 000 $, ceux-ci avaient été facturés à une étape subséquente du montage financier.

Une version précédente de ce texte mentionnait erronément que la Ville de Montréal avait acheté un immeuble baptisé « Plaza Hutchison » à MM. Shiller et Kornbluth pour en faire du logement social. Les deux hommes d’affaires possèdent un tout autre bâtiment appelé lui aussi Plaza Hutchison.