Les piétons auront plus que jamais le haut du pavé l’été prochain à Montréal : la Ville a reçu 14 demandes de financement pour des projets de piétonnisation, dans sept arrondissements.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Des rues qui ont déjà été fermées à la circulation automobile l’été dernier répéteront l’expérience, comme l’avenue du Mont-Royal, la rue Wellington, à Verdun, et certains tronçons de la rue Sainte-Catherine.

Mais d’autres artères commerciales souhaitent aussi se faire plus attirantes pour les piétons, sans pour autant bannir les voitures, comme la rue Masson, dans le quartier Rosemont, et le boulevard Saint-Laurent.

Au cours de l’été 2020, les fermetures de rues se sont décidées rapidement, en réaction à la pandémie de COVID-19 et aux restrictions imposées à la population.

Cette année, la Ville de Montréal s’y est prise un peu plus à l’avance : elle a annoncé le mois dernier une enveloppe de 4 millions pour financer des projets de piétonnisation, qui pourront recevoir un maximum de 400 000 $ chacun.

Les 14 projets reçus témoignent d’un « grand enthousiasme » pour cette formule, selon Luc Rabouin, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal et responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville.

Les artères commerciales qui seront retenues pour obtenir du financement devront démontrer que leur projet contribuera à la relance économique du secteur et qu’il obtient l’accord de la majorité des commerçants qui y ont pignon sur rue, explique M. Rabouin.

« C’est un défi, parce que ces projets sont parfois clivants : certains commerçants sont vraiment pour, d’autres sont vraiment contre, reconnaît-il. On invite les arrondissements à mettre en place des mesures pour accommoder les commerces qui pourraient être désavantagés. »

Divisions rue Ontario

Ce clivage est visible rue Ontario, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, qui était interdite aux véhicules l’été dernier.

Pour la prochaine saison estivale, la direction de l’arrondissement propose de la fermer de nouveau à la circulation, entre les rues Pie-IX et Nicolet. D’un côté, des commerçants ont lancé une pétition pour que le tronçon fermé soit élargi plus à l’ouest, jusqu’à la rue Moreau. De l’autre, des gens d’affaires mènent une campagne pour s’opposer à toute forme de piétonnisation.

Entre les deux, la Société de développement commercial (SDC) d’Hochelaga-Maisonneuve propose de fermer la rue seulement quatre jours par semaine.

« Une piétonnisation partielle semble être le meilleur compromis », dit Jimmy Vigneux, directeur général de la SDC.

Selon les consultations menées par l’organisme, seulement 6 % des commerçants sont en faveur d’une piétonnisation complète, alors que 70 % favorisent une fermeture de la rue quelques jours par semaine.

Des discussions sont en cours entre la SDC et l’arrondissement afin d’apporter des ajustements au projet, qui sera présenté lundi soir aux commerçants et à la population, indique Catherine Barbeau, responsable des communications au bureau des élus de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Selon Claude Lessard, propriétaire de la Papeterie de l’Est, une fermeture de la rue serait catastrophique pour certains commerces.

« L’été dernier, un client sur trois se plaignait, dit-il. La cliente qui vient chercher son colis au comptoir Purolator ou UPS, elle doit marcher trois coins de rue avec sa grosse boîte pour se rendre à sa voiture. Ça n’a pas de bon sens ! »

« Les projets de piétonnisation sont bons pour les restaurants et les bars avec terrasse, mais pour les services, comme les salons de coiffure ou d’esthétique, ou encore les restaurants qui font du take-out, ça peut être désastreux, parce que les clients ne peuvent pas arrêter devant leur commerce », admet Billy Walsh, président de l’Association des SDC de Montréal, qui dirige aussi la SDC de la Promenade Wellington.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Certaines artères commerciales feront plus de place aux piétons, sans pour autant bannir les voitures.

Partager la rue

Ailleurs, on se prépare à des projets hybrides. La rue Sainte-Catherine Ouest, par exemple, sera réservée aux piétons la fin de semaine seulement, révèle Glenn Castanheira, directeur général de Montréal centre-ville.

« La rue Sainte-Catherine déborde déjà la fin de semaine, alors vous pouvez imaginer ce que ça sera l’été », dit M. Castanheira.

La rue Peel et le boulevard Saint-Laurent ne seront pas fermés à la circulation, mais feront plus d’espace aux piétons.

Même chose rue Masson, où les commerçants voulaient diviser la chaussée en deux, pour ne conserver qu’une seule voie de circulation automobile. Ils ont toutefois dû renoncer à leur projet, parce qu’un périmètre de sécurité a été érigé autour du clocher de l’église Saint-Esprit-de-Rosemont, qui a été jugé dangereux.

On a plutôt opté pour des « quais thématiques », à cinq intersections du secteur, où les piétons pourront faire des haltes, s’asseoir à l’ombre et éventuellement profiter d’un peu d’animation, indique Kheir Djaghry, directeur général de la SDC de la Promenade Masson.

Le service du développement économique de la Ville de Montréal devrait annoncer à la mi-avril les projets qui seront retenus pour recevoir du financement.