Alors que bon nombre de gratte-ciel sont déserts au centre-ville de Montréal, La Baie veut construire une tour de bureaux de 25 étages au-dessus de son magasin de la rue Sainte-Catherine Ouest.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

L’édifice du magasin à rayons serait partiellement démoli pour laisser place au projet, mais la partie centenaire du bâtiment demeurerait et serait même restaurée.

C’est du moins le plan présenté par la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC), propriétaire de La Baie, au conseil municipal de Montréal, qui doit donner son approbation puisque le projet déroge au plan d’urbanisme de la Ville.

Dans les documents rendus publics en vue de la réunion du conseil municipal du 22 février, on apprend que les cinq premiers étages du nouvel édifice, y compris le sous-sol, recevront des commerces, pour une superficie totale de 27 500 m2, en plus de 63 000 m2 de bureaux répartis sur 25 étages, de 116 cases de stationnement réparties sur 3 étages souterrains, de 287 emplacements pour vélos au rez-de-chaussée et de douches au sous-sol.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR MENKES SHOONER DAGENAIS LETOURNEUX

Plan du projet : à gauche passe le boulevard De Maisonneuve Ouest, à droite, la rue Sainte-Catherine Ouest

« En premier lieu, la proposition d’ajouter une superficie de plus de 60 000 m2 à un bâtiment commercial envoie le message d’un centre-ville attractif », indiquent les fonctionnaires de la Ville dans les documents présentés aux élus. « De plus, le projet de conservation et de mise en valeur du bâtiment d’origine présente plusieurs avantages, notamment en regard de la restauration et de la mise en valeur du bâtiment d’origine. »

Le complexe actuel compte plusieurs sections, dont le magnifique Colonial House de pierres rouges bâti en 1891 pour accueillir le grand magasin Morgan’s et rallongé 20 ans plus tard. La Baie s’y est installée en 1972. Selon les plans proposés à la Ville, l’édifice perdrait sa marquise plus récente, donnant sur la rue Sainte-Catherine, ainsi que son système de vitrines qui s’avance au-delà de la façade, révélant de « remarquables éléments ouvragés en grès d’Écosse placardés depuis près de 100 ans ». C’est une rallonge datant de 1964, construite dans le style brutaliste sur le boulevard De Maisonneuve, qui tomberait sous le pic des démolisseurs.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR MENKES SHOONER DAGENAIS LETOURNEUX

Façade du complexe vue du square Phillips

C’est la firme d’architectes Menkes Shooner Dagenais LeTourneux qui travaille sur le projet.

Le cabinet de la mairesse de Montréal et La Baie n’ont pas commenté le dossier.

Promotion immobilière

Depuis quelques années, avec la crise du commerce au détail, HBC se consacre de plus en plus à la promotion immobilière, en misant sur les emplacements très convoités qu’elle détient dans plusieurs villes canadiennes.

Sa mission, précisée sur son site web, stipule d’ailleurs qu’elle « vise principalement à rehausser le rendement de ses magasins de premier plan et de leurs plateformes omnicanaux et à dégager de la valeur de son portefeuille immobilier ».

Or, ce projet de tour de bureaux au centre-ville de Montréal survient alors que l’activité y est très réduite, en raison du télétravail qui devrait persister tant que la pandémie de COVID-19 ne serait pas maîtrisée.

Cette semaine, un rapport sur l’activité au centre-ville de Montréal a indiqué que 67 % des travailleurs souhaitaient poursuivre le télétravail la majorité du temps après la pandémie. On y indiquait aussi que l’inoccupation des espaces de bureaux avait grimpé de 2,6 points depuis octobre, pour s’établir maintenant à 12,6 %. À plus long terme, le rapport conclut que ce sont les immeubles de catégorie B et C qui risquent de changer de vocation ou de disparaître.

> Lisez notre texte sur le rapport sur l’activité au centre-ville de Montréal