L’hôtel de ville de Laval est devenu « une boîte à surprises » financière. Isolation à l’amiante, chauffage insuffisant, fissures dans le béton, portes et fenêtres qui datent de la construction de l’édifice en 1963. La mise aux normes est si importante qu’elle force le déménagement de l’administration municipale pour au moins les quatre prochaines années.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

« On n’a pas le choix », soutient le maire Marc Demers. « On ne roule pas dans le luxe. On sort pendant qu’on a le choix de la date », a-t-il expliqué à La Presse.

La décision a été annoncée à la mi-décembre, sans aucun détail. Et pour cause, explique le maire, puisqu’« il y a encore bien des inconnues » à l’heure actuelle. Bien que des rénovations aient été envisagées et nécessaires depuis quelques années (le toit coule, par exemple), la présence d’amiante découverte il y a deux ans a tout bousculé. C’est ce qui fait dire au maire qu’il s’agit d’« une boîte à surprises ».

Des questions de sécurité et de ressources financières ont alors été soupesées. La qualité de l’air, et donc la présence de particules d’amiante, a été vérifiée. En parallèle, l’administration Demers a revu l’ensemble de ses projets d’investissements afin de dégager une marge de manœuvre pour l’hôtel de ville. « L’augmentation des coûts nous a amenés à rationaliser plusieurs projets comme, par exemple, le centre animalier. […] Dans l’évaluation globale, ce n’est pas une priorité », explique M. Demers.

Une fois le déménagement complété, la première étape du chantier consistera donc à désamianter l’édifice. Par la suite, « on va avoir une idée plus précise de la grandeur du défi et, évidemment, du coût », explique le maire.

Le programme triennal d’immobilisations (PTI) prévoit des investissements totaux de 23 millions pour cet édifice dont la valeur foncière s’établit à un peu plus de 11 millions. L’administration estime devoir débourser 2,6 millions jusqu’en 2022 et 20 073 500 $ pour des travaux ultérieurs. Mais ce n’est qu’un ordre de grandeur, des estimations qui pourraient fluctuer, « un budget prévisionnel de première étape », souligne à plusieurs reprises Marc Demers.

On décontamine, on fait un premier examen et après, on fera des projets pour la suite de cet édifice qui a une valeur patrimoniale. S’il y a moyen de bonifier ça pour les générations futures, on va le faire. Est-ce qu’on a un plan exact au moment où je vous parle ? Non.

Marc Demers

Mais la logique est de profiter de l’occasion pour faire des rénovations majeures, reconnaît le maire. Des investissements notamment pour remplacer les fenêtres, les systèmes de chauffage et de climatisation, et pour assurer l’accessibilité universelle de l’édifice pourraient représenter des économies à long terme. Tout cela reste toutefois à être analysé, dit-il. Dans l’immédiat, les chaufferettes portatives que l’on retrouve un peu partout dans les bureaux et même dans la salle du conseil municipal vont continuer à être nécessaires.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Tous les employés et les élus logeront au 3131, Saint-Martin Ouest, à un kilomètre de leurs bureaux actuels.

Les activités de l’administration municipale ne seront pas interrompues lors du déménagement prévu au printemps. « La ville ne ferme pas, elle déménage », insiste M. Demers. Tous les employés et les élus logeront au 3131, Saint-Martin Ouest, à un kilomètre de leurs bureaux actuels. Le bail de quatre ans (du 1er mai 2020 au 30 avril 2024), avec une possibilité d’une année supplémentaire, a été entériné par le conseil municipal avant Noël. Une somme de 3,7 millions est prévue pour la location.

À Montréal aussi, l’hôtel de ville est déménagé le temps d’une restauration de fond en comble. Les services municipaux, le personnel et les cabinets politiques logent dans l’édifice voisin Lucien-Saulnier depuis le printemps dernier. Le projet, estimé à 140 millions, devrait être complété d’ici trois ans.

Histoire de l’hôtel de ville

L’hôtel de ville de Laval a d’abord été celui de Chomedey, une ville constituée en 1961 du regroupement de trois petites municipalités (Renaud, Saint-Martin et L’Abord-à-Plouffe). Le maire d’alors, Jean-Noël Lavoie, qui était aussi député libéral et qui deviendra par la suite le premier maire de Laval, convaincra le gouvernement de l’importance de procéder à la fusion des 14 municipalités de l’île Jésus. Ce sera fait le 6 août 1965. L’édifice n’a pas subi de rénovations majeures au fil du temps, sinon quelques aménagements. Ainsi, l’actuelle entrée principale n’était, en fait, que la porte arrière de l’édifice prévue à l’origine.