Excédée par le manque de respect des automobilistes, la Ville de Vaudreuil-Dorion demande aux piétons d’agiter un petit drapeau orangé pour emprunter un passage clouté où leur priorité n’est pas respectée.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Des fanions ont été installés de chaque côté de l’intersection du boulevard de la Gare et de la rue du Manoir, fin octobre, dans le cadre d’un projet-pilote.

Le conseiller municipal à l’origine de l’initiative affirme qu’il s’agit d’une solution de dernier recours, mais un groupe qui milite pour un meilleur aménagement urbain dénonce une « mauvaise idée ».

François Séguin, élu depuis 30 ans, n’en pouvait plus de voir des piétons qui avaient du mal à traverser l’intersection problématique après être descendus de l’autobus.

Vaudreuil-Dorion a installé un passage clouté à cet endroit, a réaménagé le terre-plein du boulevard de la Gare et a même installé des feux clignotants, mais rien ne faisait ralentir les automobilistes. L’intersection est située entre deux feux de circulation.

PHOTO GRACIEUSETÉ UMQ

L’intersection du boulevard de la Gare et de la rue du Manoir, à Vaudreuil-Dorion.

« Les automobilistes, quand ils voient la lumière verte, ils accélèrent pour tenter de ne pas la manquer, souvent au détriment du piéton qui essaie de traverser », a-t-il déploré en entrevue téléphonique. « Les autos ne respectent pas les piétons. […] On a beaucoup de plaintes : les gens nous écrivent, les gens viennent nous voir à nos réunions. »

Lors de vacances à l’île du Prince-Édouard, à l’été 2019, M. Séguin a vu une intersection dotée d’une réserve de fanions à la disposition des piétons. Il a proposé l’idée à ses collègues du comité de circulation de Vaudreuil-Dorion, qui ont accepté de la tester.

Chaque piéton peut prendre un fanion d’un côté de la rue et le laisser de l’autre côté une fois l’intersection traversée. Une affiche a aussi été installée : elle demande aux piétons de « prendre un drapeau » puis de « s’assurer de se faire voir des automobilistes à l’aide du drapeau » en « agitant le drapeau » tout au long de la traversée. Coût total de l’installation : 150 $. Depuis le début du projet pilote, les fanions « sont utilisés », a dit M. Séguin.

« On va leur demander d’avoir l’air fou »

L’idée peut faire sourire, mais elle n’est pas anodine, selon Pierre-Yves Chopin, de l’organisation d’aménagement urbain Vivre en ville.

« On fait un transfert de responsabilité encore plus grand sur les piétons, qui sont déjà des usagers vulnérables, à qui on demande déjà d’appuyer sur un bouton pour avoir le droit de passer, à qui on rappelle à chaque mois d’octobre qu’ils doivent s’habiller de façon visible pour ne pas se faire frapper », a-t-il dénoncé. « En plus de ça, on va leur demander d’avoir l’air fou en agitant un drapeau. »

De tels système existent un peu partout aux États-Unis depuis des décennies, mais n’ont pas fait leurs preuves, selon lui.

De l’avis de M. Chopin, la bonne façon faire ralentir les automobilistes — et de les obliger à céder le passage aux piétons-passe par l’aménagement : il évoque par exemple l’idée d’un passage clouté surélevé ou de réduire la largeur du boulevard à l’intersection.

François Séguin souligne qu’il serait impensable d’ajouter un troisième feu rouge sur un si court tronçon du boulevard de la Gare et qu’un dos d’âne n’a pas sa place sur un boulevard urbain à quatre voies. Les vibrations au passage des camions déplairaient aux résidents des alentours, a-t-il ajouté.