(Longueuil) La décision de la Ville de Longueuil de procéder à l’abattage d’une quinzaine de cerfs dans le parc Michel-Chartrand a provoqué un véritable tollé au sein de la population. Pourtant, tout juste à côté, on chasse le cerf chaque année depuis 2003 en toute légalité. Explications.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Deux fois trop de cerfs

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Il y a littéralement trop de cerfs dans le parc Michel-Chartrand. On en dénombre actuellement 32 alors qu’il ne devrait pas y en avoir plus d’une quinzaine afin de maintenir l’équilibre des écosystèmes de ce parc dont la superficie fait moins de 2 km2. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a autorisé l’abattage de 17 cerfs, selon des normes strictes. La viande sera remise à Moisson Rive-Sud, qui la distribuera auprès d’organismes locaux qui viennent en aide à des populations dans le besoin.

Des cerfs un peu partout à Longueuil

La Ville a dénombré un peu plus d’une centaine de cerfs sur son territoire. Il y a également 73 individus dans la réserve naturelle du Boisé-Du Tremblay, située juste à côté du parc Michel-Chartrand. Comme l’explique Tommy Montpetit, directeur de la conservation à l’organisme Ciel et Terre, les cerfs peuvent se déplacer d’un parc à l’autre en passant par le club de golf, qui s’appelle ironiquement Parcours du Cerf.

Les réseaux sociaux s’enflamment

Jeudi matin, la Ville de Longueuil a annoncé que la mairesse, Sylvie Parent, avait reçu des menaces en lien avec l’annonce faite mardi. Le Service de police de la Ville de Longueuil a pris l’affaire au sérieux et a ouvert une enquête. Depuis mardi, les commentaires s’accumulent sur Facebook. Une pétition a aussi été lancée pour demander à la Ville de Longueuil et au MFFP de revenir sur cette décision « inhumaine », « sur le principe que les êtres vivants ont tous droit à la vie ». Au moment d’écrire ces lignes, plus de 27 500 personnes ont appuyé la démarche.

Des enjeux de santé publique

Les cerfs en trop grand nombre sont en train de modifier drastiquement le visage du parc Michel-Chartrand, forçant d’autres espèces à fuir les lieux. Cela met aussi en péril le programme de reboisement de la ville pour remplacer les nombreux arbres abattus ces dernières années en raison de l’agrile du frêne. Les cerfs sont également un vecteur de transmission de la maladie de Lyme, qu’on retrouve aussi en Montérégie. Finalement, la ville a rapporté 38 accidents de voiture impliquant un cerf en 2019. Selon Carl Boisvert, porte-parole de Longueuil, le plan proposé est maintenu, d’autant plus que c’est le seul qui a été approuvé par le Ministère.D’autres options ?

Le zoo Miller, en Beauce, a proposé d’accueillir les 17 cerfs qu’on prévoit abattre. Sauf que le déplacement de ces animaux comporte aussi des risques importants, comme le signale Martin-Hugues St-Laurent, biologiste et professeur à l’Université du Québec à Rimouski. « De tels animaux déplacés n’ont pas un taux de survie très élevé. » La capture et la sédation des cerfs pour le transport causent un stress chez l’animal. La moitié des cerfs pourraient ne pas survivre à une telle opération. « Ce qui est proposé, c’est fait dans les règles de l’art. C’est la meilleure option », affirme le biologiste. De toutes les options possibles, l’abattage est la moins cruelle pour les cerfs, estiment d’ailleurs la majorité des experts.

Introduire des coyotes ?

La députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a proposé l’idée d’introduire des coyotes dans le parc, afin de réguler naturellement la population de cerfs, qui n’a aucun prédateur dans ce secteur. Une mauvaise idée, selon Martin-Hugues St-Laurent. « Toutes les fois qu’on a voulu jouer avec les règles de la nature, qu’on a tenté d’introduire des prédateurs, ça ne s’est pas bien terminé. » Le coyote est déjà présent dans le boisé Du Tremblay depuis plusieurs années et n’a d’ailleurs pas migré dans le parc, un milieu qui ne lui est pas très propice.

Chasser le cerf

L’option de la chasse est à écarter dans le parc Michel-Chartrand, un parc urbain en plein cœur de la ville. Mais on chasse le cerf dans le boisé Du Tremblay depuis 2003. Chaque année, une quinzaine de cerfs sont abattus sans susciter d’émoi dans la population. De nouvelles règles annoncées par le gouvernement du Québec pourraient permettre d’augmenter les prises jusqu’à une trentaine de cerfs par année dans ce secteur pour mieux contrôler la population.

Un problème régional, voire provincial

La présence des cerfs en milieu urbain pose de plus en plus problème. Dans le parc du Mont-Saint-Bruno et celui des Îles-de-Boucherville, il y a également surpopulation. Plusieurs facteurs sont à l’origine de l’augmentation des populations de cerfs et de leur déplacement. La diminution de la pression par la chasse, le réchauffement climatique, l’agriculture intensive et le nourrissage des bêtes par les humains en milieux urbains sont à considérer.