La Ville de Longueuil abattra jusqu’à la moitié des cerfs de Virginie qui habitent le parc Michel-Chartrand : leur trop grande concentration « menace la survie du parc ».

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les services municipaux ont annoncé mardi qu’ils tueraient « un maximum d’une quinzaine de cerfs » dans le parc, situé entre le Vieux-Longueuil et Boucherville. Le dernier décompte, datant de 2017, fait état d’environ 32 bêtes vivant dans les limites du parc.

« Devant le constat actuel, la Ville se doit de prendre ses responsabilités et d’intervenir pour en assurer la pérennité [du parc] », a déclaré la mairesse Sylvie Parent dans un communiqué.

« Malgré la mise en œuvre d’un plan de gestion de la population de cerfs sur le territoire de Longueuil dans les dernières années, la densité de cerfs demeure plus de deux fois trop élevée pour la capacité du parc Michel-Chartrand », a indiqué la Ville.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE LONGUEUIL

À droite de la barrière, la végétation broutée par les cerfs. À gauche, la végétation à laquelle ils n'ont pas accès.

Le trop grand nombre d’animaux met en péril leur propre santé, puisque les végétaux n’ont pas le temps de pousser avant d’être broutés. La surpopulation de cerfs a aussi un impact sur le risque d’accident automobile aux abords du parc, sur les dommages aux propriétés voisines et sur les coûts de plantation de végétaux.

Longueuil procède à cette opération en collaboration avec le gouvernement du Québec. Les cerfs seront capturés dans des cages surveillées en permanence, puis euthanasiés au fusil-percuteur par des professionnels. Les carcasses seront remises à une banque alimentaire.

Une « solution exceptionnelle », selon la Ville

« L’option retenue pour le parc Michel-Chartrand n’est pas celle que la Ville aurait souhaité devoir appliquer puisqu’elle est sensible au bien-être des animaux et aux préoccupations citoyennes », indique la Ville dans ses documents de présentation. « Considérant le contexte exceptionnel du parc Michel-Chartrand, une solution exceptionnelle a dû être choisie. »

Carl Boisvert, porte-parole de la Ville de Longueuil, a tenu à souligner que les bêtes que les services comptaient abattre représentent seulement 15 % de la population totale de cerfs estimée pour tout le territoire municipal. Des dizaines de cerfs vivent dans le boisé Du Tremblay, où la chasse est permise et sera même intensifiée.

D’autres options ont été étudiées, comme l’autorisation de la chasse au parc Michel-Chartrand ou le déplacement des bêtes vers les Laurentides, mais ces solutions n’ont pas été retenues. La première posait un danger pour les visiteurs, alors que la seconde aurait causé du stress aux animaux.

La Ville voulait aussi éviter la contamination d’un autre cheptel de cerfs à la maladie de Lyme, très présente en Montérégie. « On déplacerait le problème dans une autre région », a expliqué M. Boisvert. « Ç’a été évalué, mais ce n’est pas envisagé pour régler le problème de façon responsable. »

Chez Greenpeace, on qualifie la décision de Longueuil de « pansement ». « Il faut regarder plus en profondeur comment on peut éviter d’en arriver à cette étape-là, qui est assez tragique et malheureuse », a fait valoir Olivier Kolmel, porte-parole de l’organisation.

Selon lui, le débalancement d’un écosystème comme le parc Michel-Chartrand doit être analysé dans le contexte plus large de l’étalement urbain et de la coupe des corridors végétaux qui permettaient aux animaux de passer d’un écosystème à l’autre. La situation du parc, « c’est un symptôme de notre relation avec la nature et de la place qu’on lui laisse », a-t-il dit. « Nos activités ont un impact direct sur la nature. »