« On n’entend pas parler de nous, mais on est là chaque matin. » Tous les jours, dès 5 h, Habil Fereydouni arpente les rues de Montréal pour limiter les nuisances sur les chantiers et faciliter la circulation. Si le travail de l’Escouade mobilité se fait de plus en plus sentir – ses 16 inspecteurs ont déjà réalisé en 2020 deux fois plus d’interventions qu’en 2019 –, des commerçants demeurent malgré tout sceptiques.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Deux ans après sa fondation, l’Escouade mobilité a réalisé plus de 24 000 interventions sur le domaine public. Si, en 2019, à peine 6780 interventions avaient été faites, on en compte plus de 13 500 en 2020, seulement entre janvier et août. « Mon but, c’est qu’on devienne des spécialistes en chantiers, en signalisation et en circulation. On va grossir. Mais on aura besoin de plus d’expertise dans l’équipe », lâche d’emblée M. Fereydouni. Dès 7 h 30 mardi, La Presse l’a suivi sur le terrain.

Alors qu’il roule dans la rue Sherbrooke, le fonctionnaire immobilise son véhicule au coin de la rue Mackay. Il vient d’apercevoir un entrepreneur bloquant une voie de circulation avec sa nacelle. « Ça arrive au quotidien », lâche-t-il, avant de demander aux ouvriers de déplacer leurs installations, et de dévier la circulation piétonne. Plus loin, au croisement de Sainte-Catherine et De Bleury, il ordonne à deux véhicules bloquant le débarcadère d’autobus de quitter les lieux. L’entrepreneur n’a alors aucun permis en sa possession. Depuis 2019, l’Escouade est aussi autorisée à donner des constats d’infraction, voire à annuler des permis.

L’été dernier, on a démobilisé tout un chantier sur Côte-des-Neiges qui prenait une voie entière entre Sherbrooke et Docteur-Penfield. C’était vraiment dangereux. C’est l’intervention dont je suis le plus fier.

Habil Fereydouni, chef-inspecteur de l’Escouade mobilité

Jusqu’à 13 h, une dizaine d’autres employés font le même travail à l’échelle de l’île, dans les 19 arrondissements. Deux autres prennent le relais en soirée. « On ne peut pas être partout, mais quand on débarque, on fait tout ce qu’on peut. C’est un service essentiel. Et beaucoup de sensibilisation », dit Habil Fereydouni, pour qui les arrondissements « apprécient en particulier » le service.

Aux Montréalais qui n’en peuvent plus du « chaos » que sont les chantiers dans certains secteurs, l’inspecteur affirme sans détour : « il faut être patients ». « On comprend qu’il y a des problèmes un peu partout, mais l’Escouade est là pour vous, pour rendre la mobilité la plus fluide possible. C’est aussi un travail d’équipe. Piétons, automobilistes, cyclistes : tout le monde doit collaborer », lâche-t-il.

  • Tous les jours, dès 5 h, Habil Fereydouni arpente les rues de Montréal pour limiter les nuisances sur les chantiers et faciliter la circulation.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Tous les jours, dès 5 h, Habil Fereydouni arpente les rues de Montréal pour limiter les nuisances sur les chantiers et faciliter la circulation.

  • Deux ans après sa fondation, l’Escouade mobilité a réalisé plus de 24 000 interventions sur le domaine public.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Deux ans après sa fondation, l’Escouade mobilité a réalisé plus de 24 000 interventions sur le domaine public.

  • « Mon but, c’est qu’on devienne des spécialistes en chantiers, en signalisation et en circulation. On va grossir. Mais on aura besoin de plus d’expertise dans l’équipe », lâche M. Fereydouni.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    « Mon but, c’est qu’on devienne des spécialistes en chantiers, en signalisation et en circulation. On va grossir. Mais on aura besoin de plus d’expertise dans l’équipe », lâche M. Fereydouni.

  • « On ne peut pas être partout, mais quand on débarque, on fait tout ce qu’on peut. C’est un service essentiel. Et beaucoup de sensibilisation », dit Habil Fereydouni.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    « On ne peut pas être partout, mais quand on débarque, on fait tout ce qu’on peut. C’est un service essentiel. Et beaucoup de sensibilisation », dit Habil Fereydouni.

  • Aux Montréalais qui n’en peuvent plus du « chaos » que sont les chantiers dans certains secteurs, l’inspecteur affirme sans détour : « il faut être patients ». « On comprend qu’il y a des problèmes un peu partout, mais l’Escouade est là pour vous, pour rendre la mobilité la plus fluide possible. »

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Aux Montréalais qui n’en peuvent plus du « chaos » que sont les chantiers dans certains secteurs, l’inspecteur affirme sans détour : « il faut être patients ». « On comprend qu’il y a des problèmes un peu partout, mais l’Escouade est là pour vous, pour rendre la mobilité la plus fluide possible. »

  • Jusqu’à 13 h, une dizaine d’autres employés font le même travail qu’Habil Fereydouni à l’échelle de l’île, dans les 19 arrondissements. Deux autres prennent le relais en soirée.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Jusqu’à 13 h, une dizaine d’autres employés font le même travail qu’Habil Fereydouni à l’échelle de l’île, dans les 19 arrondissements. Deux autres prennent le relais en soirée.

1/6
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Civiliser » avant de financer encore ?

Le vice-président du comité exécutif, Sylvain Ouellet, n’entend pas « pour l’instant » accorder plus de ressources à l’Escouade mobilité. « On ne souhaite pas juste intervenir en donnant des tickets. On veut aussi civiliser les gens. On veut que le message passe : on ne peut pas faire n’importe quoi sur les routes à Montréal », dit l’élu. Il rappelle que l’organisme s’est déjà vu confier une enveloppe de 500 000 $ et cinq inspecteurs de plus, en novembre. Son budget est de 1,4 million.

L’Escouade mobilité au fil des années

· 2018 (à partir du 4 juin) : 3722 interventions
· 2019 : 6783 interventions
· 2020 (jusqu’au 24 août) : 13 553 interventions, dont 323 pour éliminer des cônes orange « inutiles »

Éric Alan Caldwell, responsable des dossiers de mobilité à la Ville, abonde dans le même sens. « Les inspecteurs amassent beaucoup d’informations sur ce qui se passe dans nos rues. Mais là, on rentre dans une phase où on va pouvoir mieux analyser ces données pour améliorer nos pratiques », illustre-t-il.

La Ville n’exclut pas, par exemple, de mener des travaux de réaménagement sur certaines artères commerciales si des « problèmes récurrents » sont documentés à répétition. « On veut des tendances pour prendre les meilleures décisions ensuite. Actuellement, on peut maintenir les mêmes effectifs », dit Sylvain Ouellet, qui ajoute que l’Escouade sera aussi active l’hiver, en matière de déneigement.

À Montréal, des commerçants « à bout »

Déjà fragilisés par la pandémie, des commerces en arrachent toutefois encore avec les chantiers, surtout dans les rues Saint-Denis, Saint-Hubert et Sainte-Catherine. « Ça n’en finit plus. Au-delà de ce qu’on pourrait prétendre être de la mauvaise coordination, c’est leur présence sur le long terme qui fait mal. Les gens sont à bout », résume Billy Walsh, de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal.

Son groupe, qui représente plus de 12 000 établissements, demande à avoir l’heure juste sur les « vrais impacts » engendrés par l’Escouade mobilité.

L’intention est bonne, mais encore faut-il avoir accès aux indicateurs de performance. En quoi ça améliore vraiment la fluidité, et comment ? On pourra seulement juger à la hauteur des résultats.

Billy Walsh, de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal

L’opposition officielle, de son côté, affirme que les projets de voies actives sécuritaires (VAS) empêchent l’Escouade de faire son travail. « La réalité, c’est que la charge des inspecteurs a augmenté de façon exponentielle. Ce qui était prévu comme un trajet alternatif à un chantier cause encore d’autres nuisances, alors forcément, ils en échappent », observe le conseiller Franceso Miele.

Il dénonce que « l’agenda politique » de l’administration Plante cause une « prolifération des nuisances ». « Entre les nouveaux aménagements temporaires, les chantiers en cours et les nouveaux travaux, gérer une fluidité normale devient compliqué. Ce n’est pas surprenant qu’on n’arrive pas à coordonner tout ça de façon normale », conclut M. Miele.