Ce qui n’était, au départ, qu’un projet un peu fou financé par un club de tricot est devenu une clinique communautaire de 6000 pieds carrés pour les enfants défavorisés de Parc-Extension, inaugurée mercredi par l’Université de Montréal. Explications.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

L’IDÉE

Ce projet, « qui n’existe nulle part ailleurs sur la planète », selon le recteur Guy Breton, c’est celui de Louise Poirier, professeure de didactique des mathématiques et ex-doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Il a vu le jour en 2014 dans deux petites salles de classe maternelle inutilisées de l’école primaire Barclay, dans Parc-Extension, un quartier voisin de l’Université de Montréal et un des plus pauvres de Montréal. Le but : soutenir le développement des enfants en difficulté tout en offrant un lieu de stage en milieu défavorisé aux étudiants en éducation. « Ça prend des sous pour faire ça, lance Mme Poirier. À l’époque, on était en pleine coupe de budget du gouvernement. Je ne pouvais pas prendre des sous de la faculté pour soutenir ce projet. » D’où la création d’un club de tricot qui rapporte, encore aujourd’hui, autour de 3000 $ par année grâce à la vente de mitaines, de bas et de chaussons pour bébés confectionnés par la professeure et des bénévoles.

LE QUARTIER

« La moitié de la population de Parc-Extension bouge tous les cinq ans, souligne Mme Poirier. Je me suis dit que si, par le biais des enfants, on arrivait à donner aux gens des services qui seraient difficiles à avoir ailleurs, peut-être qu’il y aurait une plus grande stabilité sociale. » Dans un premier temps, la clinique, baptisée L’Extension, a offert de l’aide en orthopédagogie aux élèves du primaire ayant des difficultés d’apprentissage. Deux collègues de Mme Poirier ont rapidement manifesté leur intérêt : le directeur de l’École d’optométrie et le doyen de la faculté de médecine dentaire. Aux services éducatifs se sont donc greffés des soins de santé. « En milieu défavorisé, c’est plus du quart des enfants qui ont besoin de lunettes », fait savoir Christian Casanova, directeur de l’École d’optométrie. Les examens sont faits par les étudiants. Et les lunettes sont offertes gratuitement à ceux qui en ont besoin, tout comme les soins dentaires.

LES SERVICES

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Chloé Pouliot (à gauche) et Caroline Bourdeau vont dans les classes d’écoles primaires de Parc-Extension pour jouer à des jeux de société avec les élèves.

« C’est toujours le fun de voir qu’on fait une différence dans la vie d’un enfant », dit Jasmine Nguyen, étudiante en médecine dentaire, qui soigne des enfants à la clinique dont la direction est assurée par Athena Papadakis, orthodontiste et professeure agrégée au département de santé buccale de l’UdM. De leur côté, Caroline Bourdeau et Chloé Pouliot vont dans les classes d’écoles primaires de Parc-Extension pour jouer à des jeux de société avec les élèves. « Après, les enfants repartent à la maison avec le jeu et peuvent jouer avec leurs parents pour faire le pont entre la culture de l’école et la culture de la famille », explique Caroline Bourdeau.

LE BESOIN D’ESPACE

À la fin de la dernière année scolaire, il est devenu évident que L’Extension devait déménager dans des locaux plus grands, d’autant plus que l’école Barclay avait besoin de son espace pour loger ses élèves toujours plus nombreux. La clinique voulait aussi étendre ses services aux élèves du secondaire de Parc-Extension et aux tout-petits qui ne fréquentent pas encore l’école de quartier. « Pas question de faire le travail à la place de…, insiste Mme Poirier. En médecine dentaire, par exemple, tant que c’est couvert par l’assurance maladie, on ne traite pas les enfants. On les prend quand ce n’est plus couvert. Nous, on est complémentaires. »

LE TOIT

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La Presse a visité les locaux de 6000 pieds carrés fraîchement peints dans des couleurs pétantes : salle de consultation, de lunettes, d’entreposage de matériel, de médecine dentaire ou d’examen de la vue.

L’Extension a trouvé un nouveau toit au 950, avenue Beaumont, à deux pas du métro et du nouveau campus MIL, où le chef du Toqué !, Normand Laprise, a ouvert le Beau Mont. La Presse a visité les locaux de 6000 pieds carrés fraîchement peints dans des couleurs pétantes : salle de consultation, de lunettes, d’entreposage de matériel, de médecine dentaire ou d’examen de la vue. Situés au deuxième étage de l’immeuble, ceux-ci sont baignés de lumière naturelle et offrent une vue sur l’énorme passerelle qui relie le campus MIL à la station de métro Acadie. Et parce que le club de tricot ne peut pas payer la facture à lui seul, des dons ont été recueillis, dont celui de 2 millions de la Fondation Marcelle et Jean Coutu qui permet d’assurer l’avenir de la clinique pour les prochaines années.

L’INTERDISCIPLINARITÉ

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« C’est vraiment notre exemple phare d’université citoyenne », indique le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton.

« Le projet a pris une tout autre allure que jamais je n’aurais imaginée, affirme la professeure. Aujourd’hui, il n’y a pas une faculté qui ne veut pas offrir des services à la clinique L’Extension : orthophonie, audiologie, ergothérapie, nutrition, travail social, psychoéducation, les super infirmières, santé publique… Ils veulent tous être là », se réjouit-elle. « C’est vraiment notre exemple phare d’université citoyenne », ajoute le recteur Guy Breton.