Les Montréalais viennent de s’éviter un week-end complet de perturbations sur l’autoroute 40, tout juste à l’ouest de l’autoroute 13. Les ouvriers et ingénieurs aux commandes de « Marie », l’immense poutre d’acier jaune qui sert à assembler les morceaux du tronçon aérien du REM, ont pratiquement terminé une des étapes les plus délicates du projet.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Olivier Jean Olivier Jean
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Au cours des dernières nuits, les travailleurs ont réussi à assembler la structure du REM qui passe au-dessus de l’autoroute 40 en direction est. À moins de perturbations météo majeures, le reste des travaux d’assemblage enjambant l’A40 sera exécuté au cours des prochaines heures. « Nous avions planifié de faire fermer complètement l’autoroute à la circulation à cette hauteur tout le week-end, entre 23 h [ce soir], et 5 h lundi matin, mais ça ne sera pas nécessaire. Nous avons réussi à tout faire en fermant seulement pendant la nuit », se réjouit Stefan Balan, directeur de la construction du segment pour NouvLR, maître d’œuvre du chantier du REM.

Marie est l’une des deux « poutres de lancement » de 110 m de long qui servent à assembler les travées sur lesquelles circuleront les voitures du futur train léger électrique. L’autre poutre, utilisée pour construire le tronçon du REM dans l’Ouest-de-l’Île, s’appelle « Anne » (clin d’œil à Sainte-Anne-de-Bellevue, son point d’arrivée). 

Les deux mastodontes d’acier de 580 tonnes servent à soulever, à coller et à maintenir ensemble les blocs de béton de 42 à 57 tonnes – appelés « voussoirs » – qui composent chacune des travées de la structure. « C’est comme un jeu de LEGO qu’on assemble », explique Raphaël Ghemard, gérant de projet pour les poutres de lancement chez NouvLR.

C’est une nouvelle technique. Le soir, quand c’est tranquille, les gens viennent nous voir avec leurs enfants aux abords du chantier pour nous regarder travailler. Ça les épate beaucoup.

Raphaël Ghemard, gérant de projet 

Chaque travée est composée de 11 blocs de béton. Une fois chacun des voussoirs alignés par Marie ou Anne, les ouvriers les collent ensemble avec de l’époxy, qui est appliqué à la main. Les 11 voussoirs sont ensuite pressés et maintenus en place les uns contre les autres par des câbles d’acier qui les traversent, et qui sont mis sous tension. La poutre de lancement, munie de trois « pattes » mobiles qui s’appuient sur les piliers de la structure, est conçue pour se déplacer d’elle-même d’un pilier à l’autre – une opération délicate qui peut prendre cinq ou six heures. 

4000 segments à coller

Les ouvriers ont quelque 4000 segments à coller ainsi pour compléter les 13,5 km du tronçon aérien du REM, entre Sainte-Anne-de-Bellevue et la rue Marie-Curie (d’où le nom de « Marie »), juste au nord de l’aéroport Montréal-Trudeau. 

« C’est un travail répétitif, indique M. Balan. Ça permet aux ouvriers de prendre de la vitesse. » Avec des équipes de jour comme de nuit, six jours par semaine, le consortium a terminé depuis juin presque 60 travées. « La courbe d’apprentissage a été moins longue que prévu », se réjouit M. Balan. 

L’utilisation des poutres de lancement pour assembler des voussoirs permet aussi de faire fabriquer des pièces de béton relativement légères en usine (à Saint-Eugène-de-Grantham). « Ça nous permet de minimiser le nombre de transports par camion qui nécessitent des permis spéciaux », indique M. Balan. 

« Le secret est dans la planification. C’est un défi de prévoir tous les facteurs. Ça implique de se coordonner avec les travailleurs, la Ville de Montréal, la police, le ministère des Transports du Québec. C’est comme diriger un orchestre », dit-il. 

Les opérations d’assemblage des voussoirs devraient s’étaler jusqu’à l’automne 2022.