L’agglomération de Montréal paiera plus cher que prévu pour son recyclage. Le contrat qui sera accordé à Rebuts solides canadiens inc. pour ses services de tri et de mise en marché des matières recyclables, avant compensations et indexation, s’élève à un peu plus de 51,7 millions pour cinq ans, alors que le coût estimé par Montréal était plutôt de 39,2 millions. En ajoutant les divers frais, il grimpe à 62,4 millions.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

L’entreprise a été la seule à présenter une soumission conforme.

La Ville dit avoir tenté « d’ouvrir le marché le plus possible » en lançant un appel d’offres contenant des clauses permettant de soumissionner à des lots plus petits ou d’utiliser un centre de transbordement afin de traiter les matières dans un centre plus éloigné. Le marché reste tout de même limité : Rebuts solides canadiens et ses filiales exploitent trois des quatre centres de tri de l’île.

Le parti de l’opposition Ensemble Montréal a dénoncé l’absence d’un mécanisme de reddition de comptes et s’est dit « très préoccupé ». « On est rendu à 90 millions qu’on va donner à Rebuts solides, on leur a déjà donné 29 millions pour 19 mois il y a un peu plus d’un an », a commenté au téléphone vendredi le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement, Francesco Miele. La somme avait été accordée quand l’entreprise avait annoncé la fin de ses activités de tri dans la métropole, en raison de la baisse du marché.

M. Miele estime essentiel d’obtenir des redditions de comptes pour savoir si l’entreprise a l’intention de maintenir l’industrie en vie. « Parce qu’un moment donné, ils disent : ‟si on n’a pas l’argent, on n’est pas capables de poursuivre [les activités]”, donc on est pris en otage, ajoute-t-il. Il n’y a pas une administration qui accepterait qu’on ne soit pas capables de collecter les matières recyclables aux portes des Montréalais. »

La soumission présentée à la Ville était d’un total de 51,7 millions de dollars, taxes incluses. Selon le sommaire décisionnel de la Ville de Montréal, l’entreprise a justifié l’écart de 31,6 % entre son prix et l’estimation municipale par son intention de moderniser sa chaîne de tri, de faire des travaux au bâtiment pour assurer à la fois la santé et la sécurité des travailleurs ainsi que sa fonctionnalité, et l’augmentation des frais de loyer.

Un reportage paru dans La Presse au cours de l’été avait d’ailleurs mis au jour des conditions risquées pour les employés du centre de tri du quartier Saint-Michel, avec l’air contaminé. M. Miele a déploré qu’il n’y ait pas plus de détails sur ce que l’entreprise compte entreprendre comme travaux de ce côté-là. La décision du comité exécutif de la Ville sur le contrat, rendue publique vendredi après-midi, devrait être discutée ce soir, au conseil municipal.

Autres raisons énumérées : Rebuts solides canadiens dit aussi devoir assumer la disposition des rejets à 100 %, alors que la Ville payait auparavant le coût de la première tranche de 8 % des rejets enfouis. L’entreprise affirme également avoir basé sa soumission uniquement sur le tonnage actuel, alors que l’estimation de la Ville se base sur un tonnage plus élevé incluant des clients externes.

Le coût s’élève à quelque 62,4 millions en incluant une somme de plusieurs millions de dollars pour « compenser la perte de revenus en dessous d’un prix plancher de vente des matières recyclables », une augmentation de la quantité de matières présumée chaque année et l’indexation.

Depuis la mise en place en Chine d’une politique pour limiter l’importation de matières recyclables en 2018, le marché connaît des difficultés. Les centres de tri se retrouvent avec de grandes quantités de matières, pour lesquelles le prix a chuté. Un peu partout au Québec, ils se retrouvent en difficultés financières.

Un nouveau centre de tri et de mise en marché des matières recyclables devrait ouvrir ses portes à Lachine en novembre 2019. Il pourra traiter 90 000 tonnes de matières par année ; le contrat à Rebuts solides canadiens prévoit que celui-ci traitera le reste, soit environ 73 000 tonnes. Un autre centre devrait voir le jour en 2024.

Il n’a pas été possible de parler à un représentant de Rebuts solides canadiens inc. samedi.