Carte de visite du Village gai de Montréal, les célèbres boules arc-en-ciel qui flottent au-dessus de la rue Sainte-Catherine seront mises en vente pour financer une nouvelle installation artistique, a appris La Presse.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Avis aux intéressés : elles seront offertes en ligne, à partir d’aujourd’hui, au coût de 100 $ la ligne de 54 boules.

L’installation, conçue par l’architecte paysagiste Claude Cormier, comprend un total de 180 000 boules en plastique recyclé, de deux grosseurs, fabriquées en Beauce.

Chaque ligne est d’une seule couleur (rouge, orange, jaune, vert, bleu ou violet) et fait près de 11 mètres de longueur.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Chaque ligne est d’une seule couleur (rouge, orange, jaune, vert, bleu ou violet) et fait près de 11 mètres de longueur.

L’installation, inaugurée en 2011, était initialement composée de boules roses, devenues multicolores en 2017. Impossible à manquer : de mai à septembre, elles se présentent sous la forme d’un long ruban arc-en-ciel, qui s’étire sur un kilomètre, au-dessus de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Saint-Hubert et Cartier, d’un trottoir à l’autre.

« C’est une œuvre singulière qui insuffle bonheur et fierté au quartier et à la ville, disait Claude Cormier, en 2016, à Tourisme Montréal. C’est comme un rayon de soleil. Un rayon particulièrement gai ! »

La Société de développement commercial (SDC) du Village ne souhaitait pas s’en défaire. Au contraire. Elle aurait aimé que cette installation, devenue un symbole fort et une marque de commerce du quartier gai, anime la rue Sainte-Catherine pendant encore plusieurs étés. Mais son concepteur en a décidé autrement. L’an dernier, Claude Cormier a annoncé son intention de laisser la place à d’autres.

« Ça faisait plus d’un an qu’il voulait passer à un autre appel, indique Denis Brossard, président du conseil d’administration de la SDC, qui regroupe quelque 300 commerces. Il voulait arrêter dans la gloire et donner une chance à la relève. Mais s’il avait voulu continuer, on n’aurait pas dit non. »

Consolation

Mince consolation : en juin 2018, M. Cormier a accepté, à la demande de la SDC et de la mairesse Valérie Plante, de prolonger la vie de son arc-en-ciel d’un an, pour permettre aux organisateurs de sélectionner un nouveau projet.

Le 23 septembre, l’installation qui porte le nom de 18 nuances de gai sera démantelée pour de bon. Et les boules multicolores seront remises à ceux qui les auront achetées.

« C’est dommage, mais c’est la fin, dit Denis Brossard. Il faut faire des deuils dans la vie. »

Une somme de 10 $ par ligne vendue sera remise à trois organismes communautaires du quartier. Et si les 3500 lignes mises en vente par la SDC ne sont pas toutes vendues à la fin de décembre, les boules restantes seront offertes à 5 $ l’unité, à l’Espace Village, au printemps 2020.

L’argent récolté contribuera à financer le nouveau projet artistique du Village qui sera doté d’un budget de 3 millions.

On s’est souvent fait demander par des gens si on pouvait acheter des boules. C’est un objet qui a une valeur artistique. Acheter une boule, c’est acheter une partie de l’histoire de Montréal, du Québec et de la communauté LGBTQ.

Denis Brossard, président du conseil d’administration de la SDC du Village

L’œuvre de Claude Cormier a aussi contribué à la relance du quartier gai, qui vivait des heures difficiles en 2011 : toxicomanie, itinérance, exode des commerçants… Elle a entraîné une hausse de la fréquentation de la rue Sainte-Catherine Est et fait bondir les ventes des détaillants.

Depuis des années, cette installation fait partie du circuit de l’autobus touristique à deux niveaux du tour de ville.

Petite histoire

« Pour la petite histoire, on cherchait un projet fort depuis plusieurs années quand Claude est arrivé dans le portrait, en 2011 », relate Denis Brossard.

Puis, tout est allé très vite. Claude Cormier a soumis le projet des boules roses en mars. La SDC, totalement séduite par l’idée, a donné son accord sur-le-champ. Et l’installation de l’œuvre dans la rue a été faite en mai. Il a fallu deux semaines entières pour accrocher les boules, agencées par des bénévoles dans le Village, et suspendre les câbles au-dessus de la rue et entre les branches des arbres, à une hauteur de 5,5 mètres.

« La première année a été d’une intensité incroyable, confie M. Brossard. Claude a fait un gros travail de persuasion. Juste obtenir l’autorisation des pompiers, c’était quelque chose. »

Résultat : cette œuvre qui devait être exposée de façon temporaire aura été réinstallée, année après année, pendant neuf ans.

« Des corrections ont été apportées après les deux premières années, mais ce n’était pas visible pour les gens, souligne M. Brossard. Claude avait créé au départ une espère de parcours dans les boules. Puis, il a décidé de tout uniformiser. Les boules, grosses et petites, ont toutes été mélangées, dans différentes teintes de rose. »

Au bout de quatre ans, les boules roses ont fait place aux boules multicolores, inspirées du drapeau gai.

« Il y avait une usure du matériau. Il fallait les remplacer, mais on a eu un problème avec la coloration. Après un mois, les boules étaient toutes blanches. Claude nous a dit : “OK, je vais vous proposer autre chose.” » Et cette autre chose, c’était 18 nuances de gai.

Concours
Le prochain projet sera choisi en octobre par un jury composé de designers et d’architectes du paysage. La SDC du Village, en partenariat avec la Ville, a lancé un concours international en février dernier pour trouver une nouvelle installation, qu’elle espère aussi « emblématique, audacieuse et visuellement forte » que celle de Claude Cormier, et qui, contrairement aux boules, pourra être admirée pendant toute l’année. La SDC a reçu 29 propositions de firmes québécoises et étrangères. De ce nombre, quatre ont été retenues en mai : trois équipes internationales et une montréalaise. Le projet lauréat sera choisi cet automne par les cinq membres du jury. Mais la décision finale appartiendra au conseil d’administration de la SDC. Si tout va bien, la nouvelle installation artistique sera inaugurée en mai 2020, et durera un minimum de cinq ans.

Qui est Claude Cormier ?
Architecte paysagiste de 59 ans, Claude Cormier est un créateur à l’imagination débordante. Il a conçu des installations récompensées un peu partout sur la planète. À Montréal, en plus des boules tendues dans le ciel du Village, il a redessiné le square Dorchester et la place du Canada, dans le centre-ville, aménagé la plage de l’Horloge dans le Vieux-Port et planté une forêt d’arbres en forme de tubes de rouge à lèvres au Palais des congrès. Sa dernière trouvaille :  un immense bassin-fontaine de 11 mètres de hauteur qu’il a fait scier parce qu’il était trop large pour l’espace disponible dans la portion nord du square Dorchester !