Le nombre de meurtres commis depuis le début de l'année à Montréal a rarement été aussi bas alors qu'au contraire, il n'a jamais été aussi élevé chez sa voisine de Laval, ce qui constituerait une situation inédite.

DANIEL RENAUD
DANIEL RENAUD LA PRESSE

En date d'aujourd'hui, 26 juillet, huit homicides ont été perpétrés en 2019 à Montréal, contre sept à Laval, ce qui serait, pour cette dernière, un record de meurtres commis dans une année, selon une courte recherche effectuée par la police de Laval à la demande de La Presse.

La population de la métropole est de 1,8 million d'habitants et celle de l'île Jésus est de 435 000 habitants, ce qui donne une proportion de 0,4 meurtre pour 100 000 habitants à Montréal, contre presque 1,7 à Laval.

À Montréal, la seule fois qu'un nombre aussi bas a été constaté à pareille date, c'était il y a trois ans. Il s'est même écoulé une période de 89 jours entre mars et juin au cours de laquelle aucun homicide n'est survenu. En revanche, le nombre de meurtres commis au 31 juillet pour toutes les autres années a toujours été supérieur à huit.

Seulement deux des huit meurtres commis à Montréal cette année seraient liés au crime organisé, contre quatre (crime organisé ou stupéfiants) sur sept à Laval.

Parmi ces derniers, notons l'assassinat du chef de clan de la mafia Salvatore Scoppa, commis devant des dizaines de témoins dans le hall de l'hôtel Sheraton de Laval le soir du samedi 4 mai.

Peur de se faire prendre

« C'est étonnant », réagit Marc Ouimet, professeur titulaire à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, devant cette quasi-égalité entre Montréal et Laval.

Le professeur est bien conscient que cette situation ne veut pas dire que la tendance se poursuivra durant le reste de l'année, et qu'il n'existe pas d'explication unique.

En revanche, une dizaine de facteurs expliquent selon lui la diminution du nombre de meurtres observée ces dernières années à Montréal et en Amérique du Nord.

Il énumère notamment une police plus efficace et mieux organisée, le vieillissement de la population, l'économie qui va bien, les jeunes qui ont des emplois et les progrès médicaux qui permettent de sauver davantage de vies.

Mais selon le professeur, le principal facteur dissuasif, c'est les progrès technologiques, telles les caméras de surveillance, la traçabilité des téléphones cellulaires et les analyses d'ADN.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le chef de clan de la mafia Salvatore Scoppa a été assassiné devant des dizaines de témoins dans le hall de l'hôtel Sheraton de Laval le soir du samedi 4 mai.

« La probabilité d'arrestation, c'est au coeur de l'action criminelle. Si tu penses que tu as des chances de t'en tirer, tu vas peut-être risquer de faire le coup, mais si tu crois ou tu es certain que tu vas te faire prendre, tu ne le feras pas. C'est la nature humaine. »

- Marc Ouimet

Quant au fait que davantage de personnes liées au crime organisé ont été tuées à Laval qu'à Montréal, le professeur risque une explication démographique.

« Depuis une trentaine d'années, les populations desquelles proviennent les membres de certains groupes criminels se sont embourgeoisées et ont quitté leur quartier de Montréal pour s'installer dans des résidences à Laval. C'est là qu'ils vivent, c'est là qu'on les retrouve et c'est là qu'ils se font tuer », dit-il.

Depuis 2008, les membres de l'escouade Éclipse du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), spécialisée dans la surveillance des établissements de la métropole autorisés à vendre de l'alcool interpellent régulièrement des individus liés au crime organisé dans les bars et restaurants, si bien que ceux-ci, désormais, se rencontrent souvent à Laval, où la police a créé sa propre unité spécialisée, baptisée Équinoxe. M. Ouimet n'a toutefois pas voulu faire de lien entre cette situation et le nombre de meurtres liés au crime organisé à Laval.

La police de Laval n'a pas voulu commenter le nombre d'homicides commis sur son territoire, alors que le SPVM était dans l'impossibilité de le faire, hier.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.