Le Maroc est venu à la rescousse de la Ville de Laval pour lui permettre de faire face aux intempéries hivernales. Afin d’éviter d’être à court de sel de déglaçage, Laval a dû en importer 4500 tonnes métriques directement du Maroc en mars dernier.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Dès la deuxième tempête d’hiver, en janvier, Laval avait utilisé 60 % de sa réserve de sel. Mais les rues résidentielles et les trottoirs étaient déjà transformés en patinoires depuis plusieurs semaines. « La formule abrasive lavalloise contenait une quantité insuffisante de sel, ce qui a ralenti le déglaçage », a noté la Ville dans son bilan du 18 janvier dernier. La recette lavalloise d’abrasifs ne contient que 8 % de chlorure de sodium, mélangé à de la pierre concassée.

Les épisodes successifs de neige, de pluie verglaçante, de réchauffement puis de refroidissement soudain des températures ont continué d’accentuer le problème à Laval. À chaque assemblée mensuelle du conseil municipal, des citoyens sont venus se plaindre. Les uns dénonçaient la mauvaise gestion de la Ville en matière de déneigement, d’autres constataient qu’il n’y avait aucun épandage dans les quartiers et d’autres encore ironisaient pour avoir vu « une chenillette perdue » en plein milieu d’une rue.

Problème d’approvisionnement

À la fin de février, la Ville avait « consommé 100 % du contrat de 44 000 tonnes métriques (incluant une augmentation de 20 %) » qu’elle détenait, au coût de 4,5 millions, a confirmé la Ville à La Presse. Et le cocktail météo s’est poursuivi.

Or, Laval, comme d’autres municipalités du Québec, a fait face à un problème d’approvisionnement en sel. La grève des travailleurs de la mine de sel de Compass Minerals à Goderich, en Ontario, ainsi que la fermeture d’une autre mine ont eu des impacts notamment sur la hausse du prix du tonnage et sur l’augmentation des coûts de transport. Les trois principales entreprises de l’industrie sont Compass Minerals, Mines Seleine et Cargill.

Dans ce contexte, le recours aux marchés étrangers ne semble pas exceptionnel. 

« La production locale et nationale ne peut répondre à la demande croissante pour le marché nord-américain, et pour maintenir des prix compétitifs [il est moins cher d’importer du sel que d’ouvrir une nouvelle mine au Canada ou aux États-Unis]. » — Patrick Lemieux, directeur des communications à l’Union des municipalités du Québec

En urgence, la Ville s’est donc tournée vers le Maroc. L’opération lui a coûté plus de 500 000 $, soit quelque 115 $/tonne métrique, comparativement aux 103 $/tonne métrique payés précédemment.

Regroupement d’achats de l’UMQ

Pour l’ancien élu Pierre Anthian, fidèle participant aux assemblées du conseil municipal, il s’agit du « coût de la négligence ». « Dame Nature n’est pas la seule responsable de ce que nous avons en ce moment. L’hiver a été sous-estimé », avait déclaré M. Anthian lors de la période de questions des citoyens, en mars dernier.

Sur la défensive, l’administration du maire Marc Demers a tenté de se montrer rassurante. Mais les crevasses de glace ont continué de se multiplier et les trottoirs (dans certains quartiers, ils sont inexistants) sont demeurés à peu près impraticables.

En vue de la prochaine saison hivernale, Laval a décidé de participer au regroupement d’achats de sel au sein de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Ce regroupement compte 170 municipalités qui achètent ensemble quelque 340 000 tonnes métriques de sel annuellement. L’ouverture des appels d’offres publics pour l’approvisionnement de l’hiver prochain s’est déroulée au début de la semaine et le processus devrait mener à l’attribution de contrats le 14 juin.

À l’UMQ, on souligne que ce système a fait ses preuves. Aucune municipalité du regroupement n’a eu besoin de se tourner vers des achats de dernière minute pour traverser « les périodes critiques de l’hiver dernier », souligne-t-on. Pour celles dont la réserve de sel s’est rapidement épuisée, il leur était possible de faire appel à leurs partenaires du regroupement.