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La sécurité des traverses scolaires à l'étude

PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN
La Presse

Les écoliers sont de plus en plus nombreux à Montréal, mais le nombre de traverses scolaires reste figé depuis 20 ans. Pour encourager les jeunes à se rendre à l'école à pied, la métropole devra non seulement revoir comment elle déploie ses brigadiers, mais surtout s'attaquer à l'aménagement de ses artères les plus dangereuses, préviennent des experts en santé publique.

Hausse du nombre d'élèves

Jeudi, les élus de la commission de la sécurité de Montréal étudieront le travail des brigadiers scolaires et comment améliorer la sécurité des jeunes se rendant à l'école à pied. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui supervise les préposés aux traverses, expliquera que le nombre de passages protégés n'a pas changé depuis 20 ans : 520. Le corps policier dit réévaluer à chaque rentrée ses traverses mais, en raison de budgets limités, l'ajout d'un brigadier à toute nouvelle intersection jugée dangereuse implique nécessairement d'en retirer un autre ailleurs. Et ce, bien que le nombre d'élèves augmente rapidement. De 2011 à 2016, le SPVM constate que le nombre d'enfants de moins de 15 ans a augmenté de 6 %. Et il s'attend à voir une hausse de 12 % au cours des 10 prochaines années.

Formule complexe

Le SPVM envisage de réviser la complexe formule mathématique utilisée depuis 20 ans pour déterminer quelles intersections sécuriser.

Si le résultat du calcul est inférieur à 6, le SPVM ne déploie pas de brigadier. Entre 6 et 9, la signalisation de l'intersection est améliorée. Entre 9 et 20, la traverse est jugée prioritaire, et un brigadier est déployé. Le SPVM peut même utiliser un policier si un brigadier s'absente et aucun remplaçant n'est disponible. Si le résultat dépasse 21, le SPVM recommandera l'ajout de feux de circulation ou déterminera un autre endroit pour traverser.

Efficaces, les brigadiers ?

Les études ont de la difficulté à démontrer l'efficacité des brigadiers à réduire les accidents chez les enfants se rendant à l'école à pied ou à vélo. Comme ils sont déployés aux intersections les plus dangereuses, simplement regarder le nombre de blessés ne suffit pas. « Les brigadiers sont là trois ou quatre heures par jour. Le reste du temps, l'intersection reste très dangereuse. C'est pour cela que, quand on essaie de prouver leur efficacité, ça ne marche pas », constate Marie-Soleil Cloutier, professeure à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui a mené trois études sur le sujet. Ses recherches ont toutefois démontré que les brigadiers permettent de réduire considérablement les « quasi-accidents », soit quand une voiture frôle un enfant. « On a observé plus de 2000 élèves traverser des rues, et le niveau d'interaction était près de 0 % lorsqu'il y avait présence d'un brigadier. Sans [brigadier], il y avait des interactions dans 15 % à 20 % des traversées », dit-elle.

Lanceurs d'alerte

Les brigadiers peuvent aussi jouer un rôle plus large dans la sécurité autour de l'école. Durant leurs travaux, les chercheurs de l'INRS ont constaté que certains pouvaient intervenir en cas d'intimidation de jeunes. Les brigadiers sont aussi souvent les premiers à réclamer des améliorations à l'aménagement de rues jugées dangereuses, comme l'ajout d'un dos d'âne ou d'un bouton pour traverser. Les chercheurs ont aussi constaté que de nombreuses personnes âgées changeaient leur parcours pour traverser les artères dangereuses aux endroits où des brigadiers étaient présents.

Limites des brigadiers

Si les brigadiers jouent un rôle majeur, les experts en santé publique estiment que revoir la configuration des rues est plus important encore. « Le brigadier vient combler le fait que la rue n'est pas faite pour les piétons, en particulier les enfants. C'est un bon plan B pour des intersections majeures que tu ne peux pas reconfigurer, dit Marie-Soleil Cloutier. La limite aujourd'hui à Montréal, c'est la sécurisation des grandes artères, soit celles à plus de deux voies de circulation. On ne peut pas demander à des enfants de traverser des intersections de quatre à six voies sans aménagement qui améliore leur sécurité », dit le Dr Patrick Morency, rattaché à la Direction de la santé publique de Montréal.

39 fois

Dans ses travaux, Patrick Morency a constaté à quel point la densité de la circulation était le principal facteur de risque pour les écoliers. Lors d'une étude en 2011, son équipe a analysé les dossiers des 6775 enfants de 5 à 17 ans blessés sur le réseau routier montréalais de 1999 à 2008. Leurs travaux ont mis en lumière que les intersections où la circulation était la plus dense étaient 39 fois plus à risque que celles où la circulation est faible. « La marche et le vélo sont très sécuritaires : c'est l'exposition aux véhicules qui est dangereuse », souligne le médecin.

Mini-révolution

Patrick Morency note que la métropole a déjà entrepris de revoir l'aménagement de ses rues. « À Montréal, on observe une mini-révolution depuis 10 ans. Avant, les mesures d'apaisement de la circulation, c'était l'apanage des quartiers les plus riches. Aujourd'hui, la majorité des arrondissements implantent des mesures qui sécurisent les traversées. Saillies de trottoirs, dos d'âne allongés, bollards : ces mesures sont de plus en plus répandues aujourd'hui. » Il reste toutefois du travail à faire sur les grandes artères. Dans ses travaux, Patrick Morency a noté que les enfants âgés de 5 à 11 ans des quartiers centraux de Montréal traversent en moyenne trois fois plus d'intersections avec une route majeure que les enfants habitant dans les couronnes de l'île.

Baisse des enfants piétons

Le nombre d'enfants se rendant à l'école à pied a fortement diminué à Montréal, selon l'Institut national de santé publique du Québec. En 1993, 43 % des jeunes Montréalais du primaire se rendaient à l'école à pied et 18 %, en voiture. En 2003, pétions et passagers étaient à parts égales, soit 33 %. La part du vélo était demeurée faible, à 1,3 %. Le reste des jeunes utilise l'autobus scolaire ou le transport en commun. Il existe peu de données sur le nombre de jeunes blessés sur le chemin de l'école. De 2013 à 2017, la Société de l'assurance automobile du Québec a dénombré 243 piétons âgés de 5 à 12 ans blessés dans l'ensemble des rues de Montréal, dont un mortellement. On a également recensé 141 enfants du même âge blessés à vélo. Notons par ailleurs que davantage d'enfants ont été blessés alors qu'ils se trouvaient à bord d'un véhicule, soit 672.




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