Beaconsfield entend contester l’inclusion d’une partie de son territoire dans la zone d’intervention spéciale (ZIS), où un moratoire interdit toute reconstruction en cas d’inondation. La municipalité qui assure ne jamais s’être retrouvée sous l’eau en 2017 ou ce printemps, a retenu les services d’une firme d’avocats pour intenter un recours si Québec refuse d’en exclure l’ensemble de ses citoyens.

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

La nouvelle version de la ZIS n’a pas calmé la grogne à Beaconsfield. Vingt-quatre heures à peine après la présentation du nouveau décret par Québec, les élus de la municipalité ont tenu une rencontre extraordinaire pour adopter une résolution afin de manifester à nouveau leur opposition.

Dans la première mouture de la ZIS présentée en juin, 197 propriétés de Beaconsfield se trouvaient incluses dans la zone. La révision a permis d’en retirer 45, mais la municipalité estime que Québec aurait dû aller plus loin et retrancher toute la partie terrestre de son territoire. Bref, exclure les 152 propriétés restantes.

« Notre historique montre que jamais nos citoyens n’ont été affectés par des inondations, autant en 2017, en 2019 qu’auparavant. C’est la réalité. Les cartes des zones inondables décrétées par le ministère ne résistent à aucune analyse rigoureuse par rapport à la réalité », plaide le maire George Bourelle, en entrevue à La Presse.

L’élu ne comprend pas pourquoi l’ensemble des maisons riveraines de Beaconsfield a été inclus. « Durant la période des inondations, j’ai fait la patrouille du bord de l’eau et je n’ai jamais vu d’inondation. Personne n’en a vu », assure l’élu.

Ce dernier affirme que le niveau du lac Saint-Louis n’a jamais dépassé le seuil des inondations depuis la mise en place de la voie maritime du Saint-Laurent, en 1958. Le niveau du lac Saint-Louis a atteint 22,56 mètres en 2017 et 22,54 m en ce printemps à la station hydrométrique de Pointe-Claire, alors que la cote de crue est établie à 22,75 m.

Avocat mandaté

Bien que les citoyens aient jusqu’au 19 août pour demander leur exclusion, Beaconsfield se dit déjà prête à prendre les grands moyens. Le conseil municipal a mandaté Me Marc-André LeChasseur, du cabinet Bélanger Sauvé, évaluer les recours possibles si Québec ne retirait pas les 152 propriétés restantes. « J’ai peu confiance au processus, alors on se prépare », dit M. Bourelle.

En fait, le maire dit même avoir conseillé aux citoyens touchés par le décret de contacter eux-mêmes un avocat afin d’envoyer une mise en demeure au gouvernement pour faire retirer leur résidence.

Déclaration des citoyens

Pour étoffer son dossier, Beaconsfield a envoyé une lettre aux citoyens touchés par le décret afin que ceux-ci lui fournissent une déclaration attestant qu’ils n’ont jamais été inondés. « C’est un formulaire de deux ou trois questions pour confirmer qu’ils n’ont pas subi d’inondation et qu’ils n’ont pas de bâtiment dans la zone d’inondations aux 20 ans. Le gouvernement a envoyé la balle dans la cour des municipalités, alors on fait notre bout », dit M. Bourelle.

Beaconsfield souligne que la désignation a un impact important pour les propriétaires, dévaluant leur propriété et suscitant d’importantes inquiétudes.

Le maire Bourelle demande une rencontre avec la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest, ainsi que la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau. Il déplore ne pas avoir eu de réponse jusqu’à présent à ses appels et ses lettres.