Le ministère des Transports du Québec (MTQ) tentera de convertir plusieurs milliers d’automobilistes à l’utilisation des transports collectifs en vue du chantier de réfection majeure du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui va amputer l’infrastructure déjà saturée d’un tiers de sa capacité pendant au moins deux ans.

Bruno Bisson
Bruno Bisson La Presse

Un « plan de mobilité » rendu public hier par le Ministère prévoit la construction d’infrastructures et la création de nouveaux services de transports collectifs qui pourront transporter jusqu’à 4000 usagers à chaque période de pointe matin et soir, entre la Rive-Sud et Montréal, pendant ces encombrants travaux.

La fermeture complète d’une voie de circulation sur trois dans le tunnel, dans chaque direction, et ce, pour une période d’au moins deux ans, aura des impacts sur l’ensemble des déplacements entre les deux rives du Saint-Laurent.

Un document d’appel d’offres daté de 2017 prévoyait déjà que le chantier, qui durera jusqu’en 2024, aurait des répercussions sur tout le réseau routier de la Rive-Sud, sur les ponts Jacques-Cartier, Victoria et Champlain, sur la ligne de train de banlieue Mont-Saint-Hilaire et jusque dans le réseau de métro, en particulier la ligne jaune entre Longueuil et Montréal.

1. Un chantier gigantesque

Le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine est en service depuis 52 ans. Il fait près de 1,5 km de long. Sa coque extérieure est en bon état. Mais à l’intérieur, presque tout devra être réparé, remplacé ou reconstruit. Cela comprend l’éclairage, la réfection des voûtes, la pose d’un nouveau revêtement sur les murs, la modernisation des équipements électriques et mécaniques. Et, surtout, la reconstruction complète de la chaussée de béton. Le chantier devrait commencer d’ici un an et durer jusqu’en 2024. En vertu des exigences fixées par le MTQ dans son appel de propositions, les entraves majeures liées à la reconstruction de la chaussée, le jour, ne devront toutefois pas durer plus de deux ans.

2. Refoulements majeurs

Mais pendant ces deux années, les entraves à la circulation seront vraiment importantes. L’une des trois voies de circulation du tunnel sera complètement fermée dans chaque direction. Le tunnel perdra le tiers de sa capacité de circulation, soit environ 1500 véhicules par heure. Les refoulements du trafic seront majeurs et les files d’attente s’étireront sur des kilomètres, à chaque pointe du matin et du soir, si le volume de circulation reste le même. La congestion aux approches du tunnel modifiera les habitudes de déplacement de milliers d’usagers. Que feront-ils ?

Selon les études menées par le MTQ, le tiers (33 %) de ces orphelins du tunnel se tourneront vers les autres traverses du Saint-Laurent, soit les ponts Jacques-Cartier, Victoria, ou le nouveau pont Samuel-De Champlain, qui sera alors en service. On souhaite ouvertement, au MTQ, que ces transferts se fassent pour la plupart vers le nouveau pont fédéral, qui est mieux connecté au réseau autoroutier.

Le télétravail et les changements aux horaires de déplacement des personnes qui peuvent éviter les périodes de pointe pourraient contrebalancer un peu plus du quart (26 %) de la capacité de circulation perdue.

Une proportion semblable (26 %) des automobilistes refoulés devraient quant à eux opter pour les transports collectifs.

Enfin, le MTQ a placé la barre haut en prévoyant que 15 % des usagers qui changeront de mode de transport opteront pour le covoiturage. Ce mode de déplacement est virtuellement inexistant, à l’heure actuelle, dans le corridor du tunnel La Fontaine.

3. Une voie réservée et des stationnements

Pour inciter le plus grand nombre d’automobilistes à opter pour les transports collectifs, le MTQ déploiera toute une gamme de « mesures d’atténuation », dont le principal élément est l’aménagement d’une voie réservée aux autobus sur l’autoroute 20 à partir de la rivière Richelieu jusqu’au tunnel. Cinq nouvelles lignes d’autobus seront expressément créées sur la Rive-Sud pour alimenter le corridor. Entre Belœil et Sainte-Julie, les bus circuleront sur l’accotement de l’A20, mais à partir de Sainte-Julie, l’autoroute sera élargie d’une voie, qui sera réservée en tout temps au transport par bus et au covoiturage.

Un nouveau stationnement incitatif sera implanté à Boucherville (De Montarville) et trois autres seront réaménagés ou agrandis sur le parcours de la voie réservée de l’autoroute 20. La destination finale de ce corridor sera le terminus Radisson, voisin de la station de métro du même nom sur la ligne verte, dans l’est de Montréal. Le terminus sera réaménagé afin d’y accueillir plus d’autobus. Le MTQ estime que ce nouvel axe de transport pourra accueillir jusqu’à 2300 personnes à chaque période de pointe entre la Rive-Sud et Montréal.

4. Autobus et métro

La fréquence de certains circuits d’autobus de la banlieue sera augmentée et certaines lignes seront déroutées vers la station de métro de Longueuil. Selon les estimations du MTQ, l’offre de service déployée dans l’ensemble de la Rive-Sud créera une capacité supplémentaire de 1700 passagers à chaque période de pointe, en sus des 2300 de la voie réservée.

Du côté de Montréal, le plan du Ministère prévoit que l’autoroute 25 sera élargie d’une voie à hauteur de l’échangeur Souligny afin, notamment, de favoriser la fluidité des mouvements de bus entre le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et le terminus Radisson. Une piste pour piétons et cyclistes sera prolongée le long de la rue Notre-Dame et de nouveaux murs antibruit seront (enfin) construits le long de la rue Curatteau, qui longe l’autoroute 25, entre les rues Notre-Dame et Ontario.