Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports, André Fortin, donnera le feu vert aujourd'hui à la création d'un bureau d'études pour des prolongements éventuels du métro, dont celui de la Rive-Sud de Montréal.

Publié le 4 juill. 2018
Bruno Bisson LA PRESSE

Du même souffle, le ministre présentera aussi une nouvelle structure de direction des projets de transports collectifs qui soulève une vive opposition chez les municipalités et les opérateurs de services de la grande région métropolitaine, a appris La Presse.

Le réseau Exo, responsable des services de trains de banlieue et d'autobus dans les municipalités des couronnes nord et sud de Montréal, s'est déjà publiquement dissocié de cette structure à niveaux multiples.

Dans une résolution adoptée à l'unanimité le 21 juin, le conseil d'administration de cet opérateur de services a exprimé « son entier désaccord à l'égard de cette Structure », qui va alourdir et rendre plus compliquée la prise de décisions en matière de développement des transports collectifs dans la région métropolitaine.

Le conseil du réseau de transport Exo est formé de 15 membres : huit sont des maires des municipalités des couronnes et sept sont des professionnels indépendants en droit, en finances ou en aménagement.

Selon le C.A. d'Exo, la structure de gouvernance imposée par l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) contribuera à « amoindrir l'imputabilité et l'efficience des processus décisionnels et, en conséquence, à affecter négativement la qualité des services aux usagers ».

Comme plusieurs autres gestionnaires des réseaux de transports collectifs joints hier par La Presse, Exo estime même qu'en imposant une telle structure, l'ARTM « n'incarne pas l'esprit » de la refonte de la gouvernance des transports collectifs qui l'a vue naître, et qui visait, entre autres, à simplifier et à faciliter le développement des services de métro, de trains de banlieue et d'autobus à l'échelle régionale.

UN BUREAU POUR LA LIGNE ROSE

L'ARTM a été mise en place il y a un an. Son autorité s'étend à tous les aspects des transports collectifs. Cet organisme, piloté par un conseil d'administration de 15 membres où les élus sont minoritaires, chapeaute la planification, l'exploitation et le développement des réseaux de transports, à Montréal et dans les banlieues.

L'Autorité décrète les tarifs, fixe le niveau de services des sociétés de transport (STM, RTL, STL) et du réseau Exo, les finance et recueille l'ensemble des recettes provenant de la vente des titres de transport, partout sur le territoire métropolitain.

À long terme, elle doit aussi proposer une refonte en profondeur des tarifs, visant à harmoniser et à simplifier l'accès aux services, en plus de produire un grand Plan stratégique de développement du transport collectif (PSD), attendu en décembre 2019.

Dans l'intervalle, toutefois, des projets de moindre envergure (voies réservées aux autobus, pistes cyclables, etc.) et la préparation pour la mise en service du Réseau express métropolitain (REM), à partir de 2021, doivent se poursuivre, et des études, beaucoup d'études, seront entreprises sur des projets à plus long terme.

Incidemment, le projet de ligne rose du métro, cher à l'administration de la mairesse Valérie Plante, aura droit à un « bureau spécifiquement dédié à cet axe », étant donné le « plus faible niveau d'avancement des études » dans l'axe de cette ligne « et l'envergure du programme d'études » qu'elle nécessitera.

COMITÉS ET BUREAUX D'ÉTUDES

Ces projets et processus ont été regroupés au sein d'un nouveau « Plan des initiatives de développement du transport collectif (PIDTC) 2018-2021 », qui sera encadré par une « structure de gouvernance » que plusieurs ont dénoncée hier comme « lourde », « trop compartimentée, par sous-région et par type de projet ». Un intervenant joint par La Presse l'a même décrite comme « méprisante envers les visions locales et régionales de la mobilité ».

Un comité directeur aura pour rôle « d'orienter, d'autoriser et de financer » les études et les fiches d'avant-projet pour le PIDTC. Il y aura cinq comités de coordination correspondant aux cinq secteurs géographiques de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), soit Montréal, Laval, l'agglomération de Longueuil et les deux couronnes de la banlieue. Le rôle de ces comités sera d'assurer « la prise en compte d'une vision territoriale intégrée » et « de formuler des recommandations, fournir de l'expertise et assurer le suivi et la validation des travaux réalisés par les bureaux d'études ».

La présidence de ces comités sera assurée par l'ARTM.

Enfin, il y aura quatre bureaux d'études distincts pour évaluer : les projets de « réseau structurant régional », soit les prolongements de métro ; les dessertes par autobus (voies réservées, etc.) sur le réseau routier supérieur ; l'aménagement urbain, le réseau cyclable métropolitain et les modes actifs ; la mise en service du Réseau express métropolitain.

Selon les détracteurs de cette structure de gouvernance, cette séparation des projets dans des bureaux d'études distincts et l'expression du point de vue local et régional diluée dans cinq comités sectoriels vont à l'encontre d'une « vision intégrée » des transports que la création de l'ARTM était censée favoriser.

D'autres ont fait valoir que des projets régionaux comme le plan de mobilité intégré proposé en avril par les maires de Laval et de la couronne nord, ou encore l'implantation d'un mode de transport lourd sur le boulevard Taschereau, partie intégrante d'un grand projet de redéveloppement urbain planifié depuis des années par la Ville de Longueuil, pourraient être largement redéfinis par l'ARTM, sans l'apport des autorités locales concernées.