Même s'il estime que «le ménage a été fait en grande partie», le nouveau directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert, l'avoue sans détour: on ne peut se passer des entreprises actuellement sous le feu des projecteurs de la commission Charbonneau.

Mis à jour le 15 oct. 2012
Karim Benessaieh LA PRESSE

«Je suis content de la Commission, ça va calmer le jeu pendant bien des années, explique-t-il en entrevue à La Presse. Mon problème, c'est que si on ne fait plus affaire avec tout le monde qui est suspect, qui a la capacité de réaliser ces travaux-là au Québec? Qui a l'équipement, les hommes, le savoir-faire?»

La Ville de Montréal, rappelle-t-il, est le deuxième employeur en importance de la métropole avec ses 28 000 fonctionnaires. Elle distribue bon an mal an près d'un milliard de dollars en contrats pour les infrastructures. Suspendre indéfiniment ces contrats, c'est «créer du chômage, faire en sorte que les entreprises démobilisent des gens». «Et on ne peut pas annuler tous les appels d'offres. Il faut que les rues soient réparées, que les conduites soient changées.»

C'est la première fois depuis sa nomination, en janvier dernier, que le directeur général accorde une entrevue. Pendant cette rencontre de plus de deux heures, il a reconnu que la tourmente suscitée par le témoignage de l'entrepreneur Lino Zambito, tout comme les controverses en général depuis 2008, font mal. «Actuellement, je ne peux vous cacher qu'il y a un vent de morosité dans l'appareil. Ce n'est pas le fun.»

Devant les scandales à répétition, les responsables d'arrondissement et des services centraux se sont littéralement barricadés, dit-il. «L'image que j'ai eue quand je suis revenu à la Ville, c'est que les gens avaient fait des silos pour se protéger. Avec toutes les controverses, la SHDM, les compteurs d'eau, les gens se sont dit que tout ce qu'on ne contrôle pas est dangereux. Ils ont magasiné des poches de sable et monté des mitrailleuses au-dessus.»

«Dans le bon sens»

Avec ses 28 000 employés, l'administration municipale est «une ville en soi», note-t-il. «Comme dans n'importe quelle ville, il y a des gens qui volent, d'autres qui font des voies de fait, et la police va les ramasser. S'il y en a 1% qui n'est pas honnête, ça en fait tout de même 280.»

Mais il martèle son message: la Ville «va dans le bon sens». Que ce soit en appliquant une politique de tolérance zéro pour la corruption ou en allant de l'avant avec des projets ambitieux. «Non, la Ville n'est pas paralysée. Pas du tout: elle marche à plein régime. On a réorganisé les travaux publics: au lieu de faire 40 millions en travaux, on en a fait 172. Ça paraît, ça.»

M. Hébert, haut fonctionnaire de carrière qui a cumulé une vingtaine d'affectations dans l'appareil municipal montréalais depuis 1981, a notamment été chargé du ménage à la Société d'habitation et de développement de Montréal, en 2008. L'affaire du Faubourg Contrecoeur, qui a impliqué des entrepreneurs en vue et des collaborateurs du maire Gérald Tremblay, a suscité une controverse dont l'onde de choc se fait encore sentir.

«Il ne faut pas oublier que c'est en 2009 que tout ce que M. Zambito a décrit s'est terminé, dit M. Hébert. Des gens ont été pris et ont été obligés de partir. Toutes les fois qu'on a une délation, une suspicion, on agit. J'ai toujours fonctionné avec une tolérance zéro pour les choses qui ne sont pas honnêtes.»

La passion de Montréal

Lors de son embauche comme directeur général de la Ville, en janvier 2012, il a demandé au maire Tremblay d'avoir les coudées franches. «Je les ai. Ma priorité, ce sont les ressources humaines. Ce que le maire me demande de faire, c'est ce que j'ai fait dans mes autres jobs: redresser. Monter une bonne équipe, donner une vision aux gens, se concentrer sur les ressources humaines, agir et livrer.»

Son regard s'allume quand il vante ses employés, ces gens qui «veulent réaliser des choses, qui sont fiers de ce qu'ils veulent faire».

«On en a du bon personnel ici. Souvent, il y en a qui sont sous-utilisés et qui demandent seulement qu'on leur fasse confiance pour embarquer sur la glace et scorer.»

Même enthousiasme quand il décrit Montréal comme «le meilleur endroit au monde pour bien vivre». «Je suis passionné par cette ville. Je l'aime, ma ville. C'est une ville qui est humaine, où le sentiment de sécurité est énorme. Elle a beaucoup de potentiel, elle permet à tout le monde de bien vivre.»