À deux jours du départ, un véritable marché noir s'est installé en marge du marathon de Montréal. Des centaines de personnes tentent de vendre, d'acheter ou d'échanger sur l'internet une inscription à la compétition, complète depuis des semaines. Une pratique «extrêmement illégale», selon les organisateurs du marathon, qui demanderont pour la première fois une pièce d'identité à tous les participants avant de leur remettre un dossard, afin qu'ils ne courent pas sous le nom d'un autre.

Mis à jour le 21 sept. 2012
Gabrielle Duchaine LA PRESSE

Depuis quelques jours, le site de petites annonces Kijiji.ca affiche des messages inhabituels. «Je vends mon dossard pour le demi-marathon pour cause de blessures», écrit une coureuse. «J'aimerais participer à la course. Je me cherche un dossard pour le 5 km», dit un autre. Mêmes messages sur Facebook et sur Twitter. Ils sont des centaines à marchander une participation à la course, qui n'a jamais reçu autant de demandes d'inscription. Des places dans les parcours des différentes distances sont à vendre et trouvent rapidement preneur, parfois même à des prix plus élevés que ceux demandés par l'organisation.

Un marché secondaire

«Beaucoup de gens n'ont pas pu s'inscrire à la course et ils cherchent le moyen d'y participer, explique Dan Cruz, responsable du marketing à Competitor Group, promoteur de la course. C'est pour ça qu'on voit apparaître cette espèce de marché secondaire. Mais pour des questions de sécurité, on ne peut pas laisser courir des participants sous un autre nom. S'ils se blessent ou s'ils ont un malaise, nous n'aurons pas les bons numéros d'urgence.»

Pour la première fois cette année, les coureurs devront présenter une pièce d'identité avec photo pour pouvoir obtenir leur dossard. Ceux qui voudront obtenir le dossard d'un autre devront avoir avec eux une déclaration signée de sa part et une photocopie de pièce d'identité.

Ce n'est pas suffisant pour décourager les revendeurs. Bien au fait de ce nouveau règlement, plusieurs iront chercher eux-mêmes leur dossard pour le donner en main propre à leur remplaçant.

Ne pas perdre son argent

C'est le cas de Stéphanie, 28 ans, qui s'est inscrite en avril au parcours de 21 km. «Finalement, je ne me suis pas assez entraînée durant l'été. Je ne voulais plus courir, alors j'ai choisi de vendre ma place. Comme ça, je ne perds pas mon argent», explique-t-elle. Elle ira récupérer aujourd'hui son numéro de coureuse et l'échangera contre 80$.

Un stratagème bien difficile à réprimer pour les organisateurs. «Nous faisons de la surveillance sur l'internet, indique Dan Cruz. Nous essayons de cibler les vendeurs pour les sensibiliser lorsqu'ils viendront s'identifier le jour de la course.» Au-delà, les moyens sont limités. «Nous sommes victimes de notre succès», reconnaît-il.

Selon Stéphanie, l'idéal serait l'instauration d'un système de revente officiel, qui permettrait de changer le nom et les numéros d'urgence sur le formulaire d'inscription. «Le problème avec le marathon, c'est qu'il faut s'inscrire très à l'avance si on veut une place. Il peut se passer beaucoup de choses entre ce moment-là et la course.»

Pour l'instant, le marathon de Montréal n'a même pas de liste d'attente. «Nous avons accepté le maximum de gens possible pour que ce soit sûr en fonction de la capacité des rues et pour avoir assez d'eau et de collations pour tout le monde», indique M. Cruz.