Le Service de sécurité incendie de Montréal (SSIM) a recommandé la mise en oeuvre d'une série de mesures de sécurité importantes, dont l'envergure dépasse de loin les travaux prévus par l'Agence métropolitaine de transport (AMT) pour rendre sécuritaire le tunnel du mont Royal. Au point où le maire Gérald Tremblay souhaite maintenant mettre un frein au projet d'y faire passer le train de l'Est.

André Noël et Bruno Bisson LA PRESSE

Dans un document daté du 1er décembre, rendu public, hier, lors d'une séance du conseil municipal de Montréal, le SSIM recommande à l'AMT de procéder à «une analyse des coûts et des contraintes liés à la réalisation d'issues de secours» dans ce tunnel long de 4,8 kilomètres, qui n'en possède actuellement aucune.

Des demandes précises sont aussi adressées à l'AMT relativement à l'approvisionnement en eau, dans le tunnel, à la disponibilité d'«extincteurs de grande capacité» pour combattre un incendie, et à la mise en place d'un système de ventilation temporaire, en attendant des propositions concrètes de l'AMT pour l'implantation d'une ventilation mécanique permanente.

Ces demandes, qui datent d'il y a trois semaines, vont beaucoup plus loin que les mesures annoncées le 2 novembre dernier, par l'AMT, dans un plan de mise à niveau de ce tunnel.

Les documents rendus publics hier témoignent aussi avec éloquence des opinions changeantes du Service des incendies à l'égard de la sécurité de ce tunnel, construit en 1918, et dépourvu de tout équipement de sécurité en cas d'incendie.

Ainsi, en avril dernier, le SSIM estimait que le plan préliminaire présenté par l'AMT «ne permet pas d'apprécier et de conclure que la mise en place de ces mesures assurera un niveau de sécurité acceptable pour les occupants lors d'une évacuation, en situation d'incendie».

Quatre mois plus tard, dans une lettre datée du mois d'août, le directeur adjoint du SSIM, Pierre Sigouin, indiquait que «nous entérinons la mise en application des mesures spécifiées» dans la version définitive de ce plan.

Nouvelles demandes

Le plan en 16 points approuvé par les services de police et d'incendie de Montréal prévoit, entre autres mesures, l'aménagement d'un trottoir pour faciliter l'évacuation des passagers; la présence de personnel spécialement formé pour répondre aux mesures d'urgence dans les trains de banlieue; et l'installation d'un système téléphonique d'urgence, pour communiquer avec l'extérieur.

Il a été rendu public par l'AMT, au début de novembre, après que La Presse eut révélé l'absence de dispositifs anti-incendie dans ce tunnel.

Puis, lors d'une rencontre entre l'AMT et le Service des incendies, le 1er décembre dernier, le SSIM a formulé plusieurs nouvelles propositions, pour bonifier de manière importante ces mêmes mesures.

À titre d'exemple, le plan de l'AMT ne prévoit implanter la ventilation mécanique, dans ce tunnel, qu'à très long terme. Et il ne fait mention nulle part de la possibilité de mettre en place une ventilation temporaire, comme le suggère maintenant le SSIM.

Le SSIM demande aussi à l'AMT de réaliser une étude sur les issues de secours, alors que le rapport des consultants de l'AMT disait clairement qu'une telle possibilité n'avait jamais été prise en compte. Selon le rapport, «l'analyse de risque ne permet pas de justifier le bénéfice de ces mesures, en regard du coût».

Le document du 1er décembre, a déclaré hier Pierre Luc Paquette, un porte-parole de l'AMT, est un «document de travail que les pompiers ont présenté à notre équipe de sécurité», lors d'une rencontre de travail.

«Ils nous demandent s'il y a possibilité de modifier des échéances, ou si certaines mesures peuvent être envisagées. Nos spécialistes ont pris ces propositions en note, et on va revenir au Service des incendies, en janvier, avec des réponses.»

Les inquiétudes du maire

Pour sa part, le maire Gérald Tremblay estime que le SSIM a soulevé d'importantes questions sur la sécurité du tunnel. Il s'est dit d'autant plus inquiet depuis qu'une locomotive bimode de l'AMT a déraillé, à la gare Centrale, le 9 décembre dernier.

«Il me semble, a-t-il dit, qu'on est à un point où on veut des réponses à toutes les questions posées par le Service des incendies de Montréal sur l'exploitation du tunnel avant qu'on fasse quoi que ce soit.»

«La sécurité est non négociable, a ajouté le maire Tremblay. Comme maire de Montréal, je dois m'assurer que si une personne veut prendre un transport en commun, elle doit se sentir en toute sécurité. Je ne veux pas être blâmé pour un incident qui pourrait arriver dans le tunnel du mont Royal. Avant de procéder, on veut toutes les réponses.»

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin