L'Agence métropolitaine de transport a commandé 20 locomotives bimodes à Bombardier. Cette compagnie québécoise ne les fabrique pas au Québec, mais en Allemagne. En conséquence, l'AMT doit payer des frais de douane au gouvernement canadien qui s'élèveront à plus de 1,1 million dollars par locomotive, 23 millions au total.

Bruno Bisson et André Noël LA PRESSE

L'AMT a indiqué à La Presse, la semaine dernière, que des négociations sont en cours avec Ottawa pour dispenser l'agence de payer ces frais de douane, qui équivalent au paiement de la TPS sur des marchandises achetées à l'étranger. Selon la porte-parole, Martine Rouette, le partenaire américain de l'AMT dans ce contrat, New Jersey Transit, a été dispensé du versement de ces frais par le gouvernement fédéral des États-Unis.

Un achat conjoint

Plutôt que de lancer elle-même un appel d'offres, l'AMT s'est jointe au New Jersey Transit pour passer une commande. Le NJT a demandé à Bombardier de lui fournir 26 locomotives ALP-45DP. Toutes les livraisons se font dans le port de New York. Les locomotives destinées à l'AMT sont ensuite attachées à des wagons de marchandises et tirées par d'autres locomotives jusque dans la région de Montréal.

La première d'entre elles est arrivée en mai. Quatre autres l'ont suivie, depuis. Elles doivent subir des essais et ne seront mises en service qu'au printemps de 2012. Bimodes, elles peuvent rouler au diesel ou à l'électricité. À l'exception du train de Deux-Montagnes, aucune voie ferrée utilisée par les trains de banlieue n'est électrifiée. Les locomotives pourront donc rouler au diesel sur leurs parcours, puis passer à l'électricité dans le tunnel du mont Royal, démuni de tout système pour évacuer les gaz d'échappement.

Une locomotive plus chère

Cette particularité a un coût. Chaque locomotive ALP-45DP coûte 11,8 millions. C'est deux fois plus cher qu'une locomotive fonctionnant seulement au diesel. À titre de comparaison, les locomotives conventionnelles MP-40 commandées à la même époque par Go Transit, l'opérateur des trains de banlieue de Toronto, coûtent 5,3 millions chacune. Elles fonctionnent seulement au diesel, mais elles ont été conçues pour brûler le moins de carburant possible.

Quand elle a annoncé l'achat de ses 20 locomotives bimodes, l'AMT a assuré que le coût d'acquisition s'élèverait à 236 millions. C'est toujours le cas. Mais les frais connexes, dont les droits de douane, font monter la facture globale à 308 millions. Ces frais comprennent aussi les coûts d'ingénierie et de financement, les pièces de rechange, la formation du personnel de l'AMT et une contingence pour les imprévus.

L'AMT a affirmé s'être associée au New Jersey Transit (NJT), le troisième plus gros exploitant de trains de banlieue aux États-Unis, parce que les deux sociétés de transport partageaient la même contrainte d'exploitation, soit l'utilisation de tunnels étroits où les locomotives diesel ne sont pas autorisées à circuler. C'est le cas pour les tunnels entre le New Jersey et Manhattan (voir notre autre article) comme pour le tunnel du mont Royal.

Les locomotives bimodes rouleront seulement à l'électricité sur la ligne électrique de Deux-Montagnes et seulement au diesel sur les autres voies, même celles que doit construire l'AMT entre Mascouche et Repentigny, sur sa future ligne du train de l'Est. Bien que roulant à l'électricité dans le tunnel, elles n'en transporteront pas moins jusqu'à 6800 litres de diesel dans leurs réservoirs. L'Association des pompiers croit que cela aggrave les risques, d'autant plus que le nombre de passagers doit passer de 7 à 12 millions par année dans le tunnel du mont Royal. De son côté, le président de l'AMT, Joël Gauthier, estime qu'il s'agit là d'un «faux débat».