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Îlots de chaleur: Montréal cherche son ombre

Le Plateau-Mont-Royal est lun des arrondissements où les... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Le Plateau-Mont-Royal est lun des arrondissements où les logements sont situés à plus forte proportion dans des îlots de chaleur. Sur notre photo, la rue Marie-Anne, au coin de la rue de Bullion

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Les Montréalais qui vivent dans un îlot de chaleur sont de plus en plus nombreux. Leur logement est plus chaud et ils souffrent davantage de la canicule que les autres. Pour améliorer la situation, Montréal promet de planter des milliers d'arbres. Mais est-ce suffisant?

Mercredi dernier, un soleil de plomb s'abat sur la rue Coloniale, dans le Plateau-Mont-Royal. Les rares arbres ne font pas le poids et la température frôle les 30°C. Non loin de là, à Outremont, l'ombragée rue Bloomfield ressemble à une oasis. Le mercure indique 26°C, 4 degrés de moins qui font un monde de différence.

La température à Montréal est loin d'être uniforme. Certains secteurs de la ville sont verdis et frais. D'autres ne sont que brique, béton et asphalte; ils sont chauds comme un four. Montréal cherche à multiplier les premiers et à éradiquer les seconds, mais peine à y parvenir selon un chercheur spécialisé dans la question.

«La dégradation thermique va en s'accélérant, et ce, à cause de développements immobiliers mal pensés et des actions divergentes des autorités montréalaises, accuse Yves Baudouin, professeur au département de géographie de l'UQAM. Il y a de bons coups, tant mieux, mais en même temps, on donne le feu vert à des projets contestables qui favorisent les îlots de chaleur.»

Les îlots de chaleur sont des secteurs où la température dépasse d'au moins 5°C la moyenne montréalaise. Les surfaces minéralisées de ces quartiers agissent comme un puissant capteur: elles emmagasinent la chaleur et la relâchent toute la nuit.

«Le problème avec les îlots de chaleur, c'est qu'ils peuvent toucher jusqu'à 100, 200, 300 mètres aux alentours, explique Yves Baudouin. Ce sont comme des taches d'huile, ça finit par se rejoindre et, soudainement, on se retrouve avec des gens qui habitent en plein milieu.»

Cette «tache d'huile» de chaleur s'est propagée dans plusieurs quartiers de la métropole. Selon une carte inédite de la Direction de santé publique de Montréal (voir page ci-contre), dans trois arrondissements montréalais, plus de la moitié des logements sont situés dans des îlots de chaleur: le Plateau-Mont-Royal, Villeray-Parc-Extension et Saint-Léonard.

Les appartements situés dans des îlots de chaleur sont plus chauds que les autres et leurs occupants souffrent davantage de la chaleur les jours de canicule.

Au-delà de l'inconfort, les îlots sont un véritable danger pour la santé publique. Ils représentent un risque pour ceux qui y habitent, surtout pour les personnes fragiles, âgées ou atteintes de troubles mentaux. La Direction de santé publique de Montréal a remarqué que, lors des journées chaudes, la mortalité était de 20% supérieure à la moyenne chez les gens vivant dans les îlots de chaleur.

«La chaleur indispose les gens le jour, mais c'est surtout le répit de la nuit qui n'existe plus quand les immeubles sont trop chauds, explique Pierre Bélec, directeur de la Société de verdissement du Montréal métropolitaine (Soverdi). Les gens ne se reposent pas et une forme d'épuisement se développe en quelques jours, ce qui explique l'augmentation du taux de mortalité, mais aussi beaucoup de malaises.»

Planter plus de 100 000 arbres

Yves Baudouin estime que les îlots se multiplient à Montréal, mais surtout en banlieue. Les immenses développements comme le DIX-30, qui remplacent des espaces verts par du béton, font monter la température ambiante.

À Montréal, la situation est plus mitigée. «En gros, ça se détériore parce qu'il y a une vision partagée du développement dans l'île de Montréal qui mène à des actions divergentes, croit-il. Pendant qu'un arrondissement impose les toits blancs (Rosemont-La Petite-Patrie, NDLR), un autre approuve l'agrandissement du stade Percival-Molson qui va empiéter sur la montagne (Ville-Marie, NDLR).»

Le chercheur déplore aussi que la Ville ait coupé plusieurs arbres matures dans le Quartier des spectacles pour les remplacer par du pavé ou des arbres de petite taille. «C'est bien charmant, mais ça n'améliore pas le cas.» Il accuse aussi la prolifération des terrains de sport synthétiques dans l'île (voir texte ci-contre).

La Ville de Montréal assure qu'elle prend le phénomène au sérieux. Dans son dernier Plan de développement durable, elle promet de s'attaquer aux îlots de chaleur. Montréal s'est notamment fixé comme objectif de faire passer la canopée de 20 à 25% sur son territoire d'ici 2025. Pour y parvenir, les autorités municipales devront planter au moins 100 000 arbres au cours des prochaines années.

La canopée représente l'ensemble du feuillage d'un groupe d'arbres. C'est une donnée fiable pour mesurer la part d'ombre dans une rue. Plus il y a d'arbres et plus l'indice de canopée est important, plus la température est fraîche. «On a fait le lien entre l'indice de canopée et les îlots de chaleur. Où il y a absence de canopée, il y a îlot de chaleur, explique Daniel Desjardins, chef de division arboriculture à la Direction des grands parcs et du verdissement de la Ville de Montréal.

«L'idéal se situe entre 30 et 40% de canopée.»

Le lien entre le manque d'arbres et l'apparence d'îlots de chaleur est évident lorsqu'on s'intéresse à l'indice de canopée des arrondissements les plus touchés. Le Plateau (18,7%), Villeray (12,2%) et Saint-Léonard (9,4%) ont tous des indices de canopée sous la moyenne montréalaise de 20%. En guise de comparaison, Outremont, où les îlots de chaleur sont moins présents, a un indice de canopée de 34,4%.

L'indice de canopée est un tout nouvel outil qui va permettre aux arrondissements «de se comparer entre eux et d'établir des objectifs», note Daniel Desjardins.

Dans le Plateau, les efforts menés pour éradiquer les îlots de chaleur ont déjà commencé. Le maire Luc Ferrandez promet de verdir les rues les plus grises: des carrés d'arbres seront rajoutés et des parcs agrandis. L'arrondissement compte notamment investir 136 000$ dans les ruelles vertes cet été, et plus du double l'été prochain.

«La guerre contre les îlots de chaleur doit se faire coin de rue par coin de rue, affirme Luc Ferrandez. Il faut que tous les endroits du Plateau deviennent des milieux de vie.»

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Petits gestes contre les îlots de chaleur

Planter un arbre > L'arbre est la principale arme pour lutter contre les îlots de chaleur, estime Pierre Bélec, de la Soverdi. La Ville promet d'en planter davantage dans lesrues, mais les citoyens peuvent aussi le faire sur leur terrain.

Installer un toit blanc > L'arrondissement de Rosemont La Petite-Patrie impose maintenant les toits blancs, qui réfléchissent  la lumière du soleil plutôt que  de la retenir comme les toits noirs.

Aimer la vigne > Les préjugés contre la vigne sont tenaces, mais les experts estiment qu'elle n'endommage pas les murs de brique et augmente la fraîcheur ambiante. Pourquoi ne pas en mettre sur la façade de votre maison?

Récupérer l'eau > Arroser ses plantes grâce à de l'eau depluie. Il suffit d'installer unpetit baril de récupération.

Penser ruelle > Les ruelles vertes ont la cote à Montréal, où de plus en plus de citoyens  les réclament à leur arrondissement. Le Plateau et Rosemont sont même incapables derépondre à la demande.

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L'un des moyens les plus efficaces de lutter contre les effets des îlots de chaleur? La ruelle verte! Découvrez notre dossier sur le site Mon Toit.




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