(Montréal) À la recherche de la paille parfaite — sans plastique : des chercheurs, notamment de l’Université McGill à Montréal, ont mis au point une paille faite de cellulose, la composante principale des arbres et des plantes. Elle est écologique et faite d’une matière renouvelable — sans goûter le papier détrempé, affirment-ils.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Et puis, ce nouveau matériau « végétal » qu’ils ont développé — et baptisé « Cellophax » — pourrait servir à une variété d’autres produits à usage unique comme des sacs d’épicerie.

Alors que de plus en plus d’endroits interdisent les articles en plastique à usage unique, comme les pailles, la course pour trouver des alternatives vertes est bien commencée. Au Canada, ils devraient être bannis dès 2021.

Des pailles réutilisables en verre, en acier et en bambou sont déjà sur le marché, mais la demande existe toujours pour des pailles à usage unique dans les commerces de restauration et aussi dans les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées.

Selon les chercheurs, les Canadiens jettent environ un milliard de pailles chaque année.

La recette secrète de cette paille a été concoctée en laboratoire par deux professeurs de chimie de l’Université McGill, Theo van de Ven et Jean-Philip Lumb, avec un collègue de l’Université Lakehead, en Ontario, Md Nur Alam, et leurs étudiants.

Évidemment, le papier est fait de cellulose et des pailles en papier jetables existent déjà.

Mais leur prototype est différent : « une paille de papier a l’air du papier et procure la sensation du papier. Notre paille a l’air d’être en plastique, et offre la sensation du plastique », a expliqué en entrevue le professeur van de Ven. Bref, elle ressemble plus aux pailles auxquelles les consommateurs sont habitués.

Et contrairement aux pailles de papier, elles ne deviennent pas détrempées et ne perdent pas leur forme lorsqu’elles sont mouillées, font valoir les deux professeurs.

Mais le plus important pour eux est qu’elle est faite d’une source renouvelable et recyclable : la cellulose.

Le processus de fabrication est simple, disent-ils. Ils sont en train de protéger leurs droits de propriété intellectuelle sur ce processus et ont fondé une entreprise nommée TreeMaTech.

« On prend de la cellulose sous sa forme naturelle, on la transforme en un liquide façonnable, puis on peut la régénérer en cellulose. Pendant qu’on fait cela, on a le contrôle sur ses propriétés physiques : ce dont elle aura l’air et sa sensation au toucher », a expliqué le professeur Lumb.

Bref, on peut prendre un morceau de bois et le transformer en une matière qui ressemble au plastique, ajoute-t-il. Il poursuit ses explications : une feuille de papier est faite essentiellement de cellulose et elle n’est pas transparente. Pourtant « on peut transformer la cellulose en quelque chose qui ressemble à un morceau de plastique transparent ».

« C’est la magie de la chimie ! »

Pour l’instant, ils ont utilisé comme matière première de la pâte kraft (qui résulte du processus de conversion du bois en pâte à papier), « surtout parce qu’on essaie de construire des liens avec l’industrie des pâtes et papiers », a dit le professeur Lumb, pour intéresser des joueurs de ce secteur.

« Il y a ici une opportunité pour eux d’élargir leur portfolio de produits dans ce secteur, surtout à un moment où l’industrie des pâtes et papiers doit penser à diversifier son futur. »

Mais ils ne sont pas limités à cette matière première, disent-ils. Ils peuvent utiliser le papier mis au recyclage ou encore des déchets agricoles : après tout, ces résidus de la culture des légumes ou de la production céréalière sont riches en cellulose. Des recherches sont en cours pour peaufiner ces solutions.

Après avoir été utilisée, la paille de cellulose peut être recyclée et servir à créer d’autres pailles ou d’autres produits. Ou elle peut prendre la direction du compostage. Ils ont réalisé l’expérience : enfouie dans la terre, il ne restait plus rien de la paille au bout de trois mois, a précisé M. van de Ven.

En fait, le Cellophax peut servir à faire une multitude de produits : la paille n’est que le début pour eux.

Les chercheurs visent à produire des sacs pour remplacer ceux en plastique remis aux clients dans les épiceries, des emballages alimentaires — pour remplacer les pellicules de plastique — et même des textiles.

De tels produits à base de cellulose peuvent réduire notre dépendance aux produits en plastique, qui sont faits à partir de pétrole ou d’autres types d’hydrocarbures, avancent-ils.

Le défi pour les chercheurs est d’avoir une usine qui pourra produire ces pailles en grande quantité pour être commercialisées — et ainsi réduire la pollution par le plastique.

Commercialement, les chercheurs estiment que leur processus est viable. Selon M. van de Ven, une paille de papier se vend quelques sous, et il croit que la leur « pourrait être bien en deçà de ce prix ».