Après les allégations de Serge Ménard, qui a affirmé lundi que Gilles Vaillancourt a tenté de lui remettre 10 000$, un autre député a dit mardi avoir reçu une enveloppe des mains du maire de Laval. Des accusations que M. Vaillancourt a qualifiées «d'inventions» et qu'il a niées en bloc.

Mis à jour le 17 nov. 2010
Gabriel Béland LA PRESSE

Le député de Vimont, Vincent Auclair, a soutenu que Gilles Vaillancourt lui a remis une enveloppe au printemps 2002, qu'il a refusée. Le libéral était alors candidat dans une élection partielle dans la circonscription lavalloise.

Bien que Vincent Auclair soutienne ne pas avoir aperçu d'argent dans l'enveloppe blanche, tout porte à croire selon lui qu'elle en contenait. Le maire Vaillancourt lui a dit qu'elle pourrait «l'aider dans une campagne difficile», selon M. Auclair.

Les révélations du député de Vimont suivent celles de Serge Ménard, qui ont eu l'effet d'une bombe lundi soir. Dans un reportage diffusé par Radio-Canada, le député bloquiste a affirmé que le maire de Laval avait tenté de lui remettre 10 000$ en argent comptant en 1993. M. Ménard était alors candidat péquiste lors d'une élection partielle dans Laval-des-Rapides. Il soutient avoir refusé.

À la tête de Laval depuis 21 ans, Gilles Vaillancourt a dû faire face à bien des tempêtes au cours de sa carrière. Peut-être aucune, par contre, n'a eu cette ampleur. Après avoir clamé son innocence lundi dans un communiqué laconique, le maire de la ville de 400 000 habitants a répondu à ses détracteurs en conférence de presse mardi.

«Je vais être très clair. Je n'ai pas offert d'argent ni à M. Ménard ni à M. Auclair. Je ne leur ai pas offert d'argent lorsqu'ils étaient candidats. Et je ne leur en ai pas offert non plus lorsqu'ils ont été élus», a lancé Gilles Vaillancourt.

«Ils inventent des choses», a-t-il accusé.

Se disant «renversé» et «surpris» par leurs allégations, il a mis en demeure Serge Ménard et Vincent Auclair de se rétracter. S'ils refusent, il va les poursuivre, prévient-il.

Gilles Vaillancourt se targue de n'avoir jamais contribué à la caisse d'un parti provincial, invoquant un devoir de réserve. Il soutient que les allégations des deux députés sont fausses et qu'elles pourraient avoir été motivées par leurs intérêts personnels.

«Ces gens-là ont peut-être des agendas, je ne connais pas leurs intentions mais je viens de connaître les moyens qu'ils souhaitent utiliser», a-t-il dit, sans préciser quels pourraient être ces «agendas».

Lors de la conférence de presse qui a duré une dizaine de minutes, Gilles Vaillancourt a reconnu avoir eu des rencontres avec Serge Ménard et Vincent Auclair.

Dans le premier cas, il s'agissait d'une rencontre en 1993 à l'hôtel de ville de Laval. Serge Ménard, alors au Parti québécois, tentait de se faire élire dans la circonscription de Laval-des-Rapides.

«Je n'ai offert à M. Ménard aucune somme d'argent, jure Gilles Vaillancourt. Ce que je lui ai dit, c'est que j'étais prêt à lui présenter des militants souverainistes qui seraient prêts à appuyer sa cause, parce que dans mon parti, il y a autant de militants souverainistes que de militants fédéralistes.»

Lors de la rencontre avec Vincent Auclair, en 2002, Gilles Vaillancourt admet avoir remis une enveloppe à celui qui menait une campagne pour se faire élire dans Vimont. Cependant, l'enveloppe ne contenait pas d'argent, mais plutôt un document qui explique comment faire du porte-à-porte.

C'est Gilles Vaillancourt lui-même qui a rédigé ce document. «Je le remets à chaque nouveau candidat qui vient dans mon bureau. Je leur dis qu'avec ça, ils devraient se faire élire. C'est la bonne recette.»

Le député Vincent Auclair se serait donc trompé en imaginant que l'enveloppe contenait de l'argent liquide, laisse entendre le maire de Laval.

Mutisme au parti du maire

Gilles Vaillancourt est maire de Laval depuis 1989. Il a assis son pouvoir au fil des ans grâce à de solides victoires électorales. En novembre 2009, il a été reconduit dans ses fonctions avec 61% des voix. L'opposition n'a réussi à faire élire aucun conseiller, tout comme aux deux précédentes élections

Au parti PRO des Lavallois, la formation du maire, on était avare de commentaires. La Presse a appelé au bureau des 21 conseillers municipaux. La plupart n'ont pas répondu ni rappelé, alors que les autres ont refusé de commenter.

Michèle des Trois Maisons est la seule conseillère du parti PRO des Lavallois qui nous ait parlé. «Je travaille pour mon quartier. Je respecte M. Vaillancourt et je ne crois pas tout ce qu'on dit», a-t-elle noté, ne voulant pas en dire davantage.

Le porte-parole du maire, Jean-Maurice Duddin, n'a pas rappelé La Presse malgré nos nombreux appels, tout comme le porte-parole de la Ville de Laval.

L'opposition demande le retrait du maire

On était beaucoup plus bavard chez le principal parti de l'opposition. Sans demander la démission du maire, le Mouvement lavallois a formellement demandé qu'il se retire le temps qu'une enquête ait lieu.

«Nous sommes peut-être même dans une situation où la ville devrait être mise sous tutelle», a dit la chef du parti sans conseiller, Lydia Aboulian.

Plusieurs citoyens ont pris contact avec le Mouvement lavallois afin de rapporter des «accusations très graves» sur le maire, indique Mme Aboulian. «Mais nous devons y aller avec prudence, puisque le maire est reconnu pour envoyer des mises en demeure.»

«On se dit que si deux députés ont dénoncé M. Vaillancourt, combien d'autres personnes ont des histoires à raconter, a avancé le président du parti, David De Cotis. C'est la pointe de l'iceberg.»