(Montréal) Deux groupes environnementaux se disent prêts à poursuivre le gouvernement fédéral s’il ne parvient pas à protéger une population de minuscules grenouilles brunes qui, selon eux, sont menacées par un projet d’agrandissement d’une route au sud de Montréal.

Morgan Lowrie La Presse Canadienne

Les deux groupes basés au Québec demandent à Ottawa d’émettre un décret d’urgence pour protéger une population de rainettes faux-grillons de l’Ouest qui, selon eux, est menacée par le plan de la ville de Longueuil d’étendre un grand boulevard à travers l’un des rares habitats d’amphibiens dans la province.

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La directrice générale du Centre québécois du droit de l’environnement, Geneviève Paul, a déclaré que le ministre fédéral de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a l’obligation de recommander qu’un arrêté soit publié « pour intervenir dans cette situation afin de protéger l’habitat essentiel de la grenouille ». Mme Paul a déclaré que les groupes sont prêts à porter l’affaire devant la Cour fédérale si M. Wilkinson ne recommande pas une telle ordonnance d’ici mercredi.

Dans une déclaration envoyée par courrier électronique vendredi soir, une porte-parole du bureau du ministre Wilkinson n’a pas confirmé si la recommandation serait faite.

« La décision du ministre sera éclairée par les meilleures informations disponibles, y compris des preuves scientifiques, recueillies et fournies par Environnement et Changement climatique Canada », a écrit Joanna Sivasankaran, qui a ajouté que le bureau reconnaissait la nécessité de « prendre des décisions en temps opportun ».

La rainette faux-grillon de l’Ouest se reproduit dans de petites zones humides souvent temporaires qui sont de plus en plus menacées par l’agriculture et l’étalement urbain. Les adultes atteignent une longueur maximale de moins de quatre centimètres. Bien que l’espèce ne soit pas en péril à l’échelle mondiale, la population des Grands Lacs/Saint-Laurent est classée comme menacée depuis 2010, et les estimations actuelles suggèrent que jusqu’à 90 % de son habitat a été détruit au cours des dernières décennies.

Le gouvernement fédéral a émis un décret d’urgence en 2016 pour protéger une population de rainettes faux-grillons de l’Ouest menacée par un développement résidentiel à La Prairie, une autre banlieue de Montréal non loin de Longueuil. Le promoteur a intenté une poursuite et l’affaire a été portée devant la Cour suprême du Canada, qui a finalement refusé d’entendre l’appel du propriétaire foncier.

Mme Paul a déclaré que les groupes n’avaient d’autre choix que de faire appel à Ottawa parce que le gouvernement du Québec a manqué à son devoir de protéger la grenouille, en raison à la fois d’un manque de volonté et d’un cadre réglementaire qui limite les interventions sur les terres privées.

Alain Branchaud, le directeur général de la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs, a qualifié le gouvernement de la Coalition Avenir Québec de « régime d’autorisation » qui refuse rarement d’approuver un projet. Il demandera plutôt, a-t-il dit, des « mesures d’atténuation » qui sont finalement inadéquates.

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La Ville de Longueuil indique sur son site internet que l’agrandissement de 300 mètres de la route est demandé par les citoyens depuis des années et qu’il a reçu le feu vert des autorités provinciales. Elle affirme tenir compte la biodiversité, y compris des grenouilles.

La municipalité note que le projet comprend un grand tunnel en béton sous la nouvelle route visant à permettre aux grenouilles de passer en toute sécurité entre les deux parties de leur habitat coupé en deux.

M. Branchaud affirme que le passage est insuffisant, car il n’arrête pas la destruction des étangs dont les grenouilles ont besoin pour se reproduire. Il a déclaré que la construction elle-même endommagerait les niveaux d’eau et la végétation, et que la ville finirait probablement par construire des logements le long du nouveau boulevard.

« L’essence de son habitat sera complètement détruite, nous passerons donc un tunnel d’un côté où il n’y a plus de grenouilles à l’autre côté du boulevard où il n’y aura plus de grenouilles », a-t-il déclaré.

M. Branchaud a dit espérer que le gouvernement fédéral avancerait de son propre chef, mais qu’autrement, les groupes iront devant les tribunaux pour protéger les amphibiens.

Malgré la précédente bataille juridique très médiatisée sur les grenouilles, il a soutenu qu’il est faux de croire qu’elles ont un impact généralisé sur la construction au sud de Montréal.

Il a également mentionné que l’idée de trouver un équilibre entre les grenouilles et les développeurs est ridicule alors que les grenouilles ont déjà perdu 90 % de leur habitat et continuent d’en perdre environ 7 % de ce qu’il en reste chaque année.

« La nature a déjà fait d’énormes compromis, a-t-il déclaré. C’est peut-être à notre tour d’en faire. »