(Montréal) La résidante du CHSLD Sainte-Dorothée Anna José Maquet s’est éteinte le 3 avril 2020 après un épisode d’« insuffisance respiratoire aiguë », en pleine éclosion de COVID-19. Portrait des circonstances de sa mort, telles que relatées par des médecins de Sainte-Dorothée venues témoigner mercredi à l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur les morts de personnes âgées ou vulnérables en milieux hospitaliers lors de la première vague.

Clara Descurninges La Presse Canadienne

Deux semaines plus tôt, la Dre Tu Anh Nguyen avait appelé la famille de Mme Maquet pour avoir son autorisation « d’abaisser le niveau de soins » donnés à la patiente pour « privilégier son confort » et « essayer de la traiter sur place » au lieu de l’amener à l’hôpital, alors considéré comme un risque d’infection à la COVID-19.

La famille a accepté. Dans son témoignage de la semaine passée, le fils de Mme Maquet, Jean-Pierre Daubois, a dit regretter ce choix. « Si on m’avait dit la deuxième partie de la phrase », que « si votre mère avait besoin d’un appareil de respiration il n’y en aurait pas », il n’aurait pas accepté.

Selon la Dre Tu Anh Nguyen, la conversation avait duré un total de « cinq minutes ». Questionnée sur le fait que la patiente elle-même n’avait pas été consultée, elle a répondu que « son anxiété » et son manque de « compréhension de la COVID-19 » la rendaient incapable de faire ce choix, avant d’avouer qu’aucune évaluation de son aptitude n’avait été faite récemment. Les divers membres du personnel venus témoigner dans les dernières semaines ont tous décrit Mme Maquet comme ayant toute sa tête.

L’ordre avait été donné par la direction d’appeler toutes les familles pour leur demander si elles souhaitaient réduire les niveaux de soins, en prévision de la COVID-19.

Pas de transfert à l’hôpital

Le 3 avril, quand Mme Maquet a commencé à avoir de graves problèmes respiratoires, aucun médecin n’était présent sur les lieux.

Appelée par une infirmière, qui lui a verbalement décrit les symptômes de la patiente, la Dre Tu Anh Nguyen a prescrit un « protocole de détresse respiratoire », soit une injection de morphine, accompagnée d’autres produits servant à réduire la souffrance.

Mme Maquet recevait de l’oxygène par voie nasale, mais pas autant que si elle était à l’hôpital. Selon la Dre Tu Anh Nguyen, si son niveau de soins n’avait pas été abaissé deux semaines plus tôt, « on l’aurait intubée et on aurait appelé l’ambulance ».

Mme Maquet est morte au courant de la nuit. Son test de dépistage ayant été égaré, il n’y a jamais eu de confirmation officielle qu’il s’agissait d’un cas de COVID-19.

Prescriptions par téléphone

L’absence de médecins au CHSLD était, selon la Dre Thérèse Nguyen, chef d’équipe des médecins de Sainte-Dorothée, « une directive du ministère de la Santé », qui demandait aux médecins de « prioriser beaucoup plus les suivis téléphoniques ».

« Nous avions de gros potentiels de contagion étant donné que nous travaillions aussi en médecine familiale et au sans rendez-vous », a-t-elle expliqué, ajoutant que « nous ne voulions pas amener le virus en CHSLD, à nos patients les plus vulnérables ».

Questionnée par la coroner sur le fait que la COVID-19 était de toute façon déjà entrée dans le bâtiment, la Dre Thérèse Nguyen a répondu « qu’il y avait quand même le potentiel d’amener le virus dans d’autres CHSLD » fréquentés par les médecins.

Elle n’a pas été en mesure de dire combien de fois un médecin s’était présenté sur les lieux durant le mois d’avril, car « nous n’avions pas un registre de cela ». Elle a cependant fait valoir que ses confrères et elles avaient tout de même « augmenté notre fréquence de consultation » par appels téléphoniques.

Les médecins établissaient donc les diagnostics, les prescriptions et les constats de morts d’après les informations que leur donnaient des infirmières à l’autre bout du fil.

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès est examiné pour chaque établissement. Ensuite, un volet national sera aussi examiné.

Les audiences de cette semaine portaient sur la mort de Mme Anna José Maquet, le 3 avril 2020 au CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.