Rebecca Ng a l’habitude des insultes dans le métro, des menaces et des références déplacées visant son origine ethnique. Mais samedi dernier, la jeune Québécoise d’origine asiatique a eu peur, confie-t-elle.

Publié le 30 mars 2021
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Vers 21 h 30, elle quitte le commerce du Quartier chinois où elle travaille. Elle s’engouffre alors dans la station de métro Place-d’Armes. Le wagon est plein de travailleurs assis, les yeux somnolents. Elle se tient debout, près de la porte.

À la station Lionel-Groulx, un homme commence à lui parler. Il s’approche d’elle et tente de la toucher. « Il commençait vraiment à rentrer dans mon espace personnel », raconte la femme de 29 ans.

De sa voix rauque, l’homme lui lance des injures. Les mots sortent comme du venin. « T’es une ostie d’Asiatique, toi. »

Elle commence à filmer et l’individu agressif masque son visage. Il continue à déblatérer, poursuit Mme Ng. « Fuck la Chine et fuck le Japon aussi. »

L’homme sort à la station Place-Saint-Henri. « Je pensais que j’étais safe. Mais il a commencé à frapper violemment la fenêtre du wagon », explique la jeune femme, les yeux au sol.

Depuis le début de la pandémie, Rebecca Ng s’est habituée aux remarques désobligeantes. « Je travaille au Quartier chinois dans une pâtisserie. On a eu des insultes, des menaces. » Mais elle est sortie du métro ébranlée par l’agressivité de l’homme, sous les regards indifférents des autres passagers.

« Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Tout le monde évitait mon regard après l’évènement. Personne n’a réagi pendant qu’il m’insultait. Personne ne m’a demandé comment j’allais après », confie-t-elle, blessée.

Le Service de police de la Ville de Montréal a pris connaissance de la vidéo samedi soir, confirment les relations médias.

Rebecca Ng a déposé une plainte à la police lundi matin, indique-t-elle. Elle s’est finalement sentie écoutée et prise au sérieux, et encourage la communauté asiatique de Montréal à signaler tout propos raciste. « Avec la pandémie, je sens que les gens se permettent de viser la communauté asiatique avec violence. On ne peut plus accepter ça. »

La séquence filmée par Mme Ng a fait le tour des réseaux sociaux dimanche. Charles Xu, 28 ans, a immédiatement reconnu l’homme barbu sur la vidéo. Vers 20 h samedi, près du métro Beaudry, il stationnait sa voiture. Sa copine et lui allaient chercher des sushis. L’individu hochait la tête en regardant le couple d’un air désapprobateur, raconte M. Xu. « Fuck you, fuck China », a-t-il hurlé en lançant des doigts d’honneur.

Né à Wuhan et originaire des États-Unis, Charles Xu n’en est pas à son premier incident du genre. Il a également porté plainte à la police lundi matin. « J’aimerais pouvoir sortir normalement sans être sur mes gardes, sans recevoir d’insultes. »

La Chine est souvent diabolisée, dit-il. Et ça s’est gâté depuis l’apparition du virus, plaide le Montréalais, qui termine son doctorat à l’Université McGill. Selon lui, les amalgames racistes sur les réseaux sociaux se multiplient, tout comme les graffitis haineux et les blagues douteuses et dégradantes. « On associe les immigrants chinois à tous les maux. Depuis la pandémie, les gens se permettent de faire des commentaires blessants. Quand j’ai vu la vidéo, je me suis dit : OK, on ne va plus accepter ça. »