Une plainte a été déposée mardi au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour incitation à la haine et menaces de mort à l’endroit de membres de la communauté juive, dans la foulée des rassemblements illégaux le week-end dernier à Outremont. Une enquête est en cours.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Certaines personnes sont allées aussi loin que de dire que la solution, c’était de tous les tuer. On pense que c’est quelque chose d’assez sérieux qui mérite une attention policière rapide », explique l’avocat Laurent Sabbah, qui a rassemblé les preuves auprès du corps policier dans cette affaire.

La plupart des commentaires menaçants ont été identifiés sous une vidéo Facebook – jusqu’ici partagée à près d’une dizaine de milliers de reprises – dans laquelle on aperçoit plusieurs personnes quitter une synagogue à la course, au coin des rues Durocher et Lajoie. La police de Montréal y était intervenue plus tôt pour mettre fin à un rassemblement illégal. Lors de l’opération, quatre agents ont été victimes de voies de fait et certains se sont fait traiter de « nazis ».

Pour M. Sabbah, peu importe son point de vue sur la situation, menacer de mort toute une communauté est tout simplement illégal. « Au début, c’était certains individus, mais rapidement, on s’est retrouvé avec des dizaines de personnes qui tenaient des propos haineux. On ne peut pas tolérer ça », martèle le juriste.

Certaines personnes menacent de brûler la synagogue, d’autres traitent les membres de la communauté de rats, de coquerelles, de toutes sortes de noms. Ça va beaucoup trop loin.

MLaurent Sabbah

Appel au calme

Au-delà des insultes, plusieurs personnes issues de la communauté juive craignent actuellement pour leur vie, insiste l’avocat. « Ça crée un sentiment de peur généralisée. On ne s’attendait pas à ça. Les choses doivent se calmer. Tout le monde veut que la situation s’améliore et on est tous conscients de l’importance de ce virus. La dernière chose dont on a besoin, c’est que la crainte de la COVID-19 se transforme en bouc-émissaire envers la communauté juive », martèle-t-il, en disant espérer que des arrestations surviendront dans ce dossier.

« Je peux vous dire que le SPVM prend le dossier très au sérieux. On a eu un suivi avec les enquêteurs des crimes haineux », assure Laurent Sabbah. Au SPVM, le porte-parole Jean-Pierre Brabant indique que le corps policier ne confirme pas la réception d’une plainte « par respect » pour les plaignants. « Advenant le cas, cela dit, c’est toujours pris au sérieux », précise-t-il néanmoins.

Lundi, en entrevue à La Presse, le directeur de la police montréalaise, Sylvain Caron, est revenu sur les évènements de la fin de semaine. « Les relations ont toujours été bonnes avec cette communauté, mais les choses ont changé avec le décret sur les rassemblements illégaux. Il faut que ça change car on ne tolérera aucun rassemblement », a-t-il prévenu.

Dans la foulée, le gouvernement Legault a aussi éclairci son règlement publié vendredi sur les lieux de culte : les rassemblements doivent en effet se limiter à dix personnes par lieu de culte, et non à dix personnes par salle. C’est ainsi que la communauté affirme avoir d’abord compris le décret sanitaire.

« Nous valorisons la vie au-dessus de tout, mais il faut se souvenir de l’histoire du peuple juif. Tous les juifs croient que personne d’entre nous ne serait ici aujourd’hui si nos grands-parents et les grands-parents de nos grands-parents n’avaient pas continué à prier contre vents et marées. Alors c’est très important pour nous de continuer à prier comme nos aïeuls », a souligné le rabbin Reuben Poupko.