L’éleveuse à la tête de la ferme porcine de Saint-Hyacinthe occupée par des activistes véganes en décembre affirme que leur manifestation a entraîné des conséquences désastreuses sur son cheptel.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Ils ont détruit notre biosécurité », a-t-elle déploré, mercredi matin, lors d’une allocution devant les dirigeants de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), le syndicat qui représente tous les agriculteurs du Québec. « Nos truies sont fiévreuses et malades. Depuis leur passage dans notre porcherie, notre taux de mortalité en maternité a considérablement augmenté », a-t-elle ajouté.

Le 7 décembre dernier au petit matin, 13 militants antispécistes — 12 femmes et un homme — sont entrés dans la porcherie de l’entreprise agricole Porgreg. Membres du groupe de désobéissance civile Direct Action Everywhere, ils ont mené un sit-in de près de six heures devant les cages des bêtes pour demander une rencontre avec le premier ministre François Legault afin de réclamer le droit de sauver les bêtes qu’ils estimaient en danger.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE DIRECT ACTION EVERYWHERE

Le 7 décembre dernier, 13 militants antispécistes ont mené un sit-in dans la porcherie de l’entreprise agricole Porgreg.

« Ces activistes se sont attaqués directement à nous et à notre nom comme si nous étions des criminels, mais nous sommes en fait que des victimes de leur idéologie » a dit Mme Grégoire aux dizaines de membres du conseil général de l’UPA.

Lundi et mardi, les 13 activistes ont plaidé non coupables à des accusations d’introduction par effraction dans le but de commettre un méfait et d’entrave au travail d’un agent de la paix.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Une centaine de manifestants sont venus appuyer les activistes véganes, lundi, au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

« Cette introduction par effraction a occasionné l’entrée d’environ 30 personnes, en incluant les policiers. Cette biosécurité-là était-là, justement, pour protéger nos porcs d’une éventuelle maladie. Depuis fin décembre, nous avons des signes cliniques d’une nouvelle maladie. Après analyse, nous savons que nous sommes maintenant pris avec le rotavirus que nous n’avons jamais eu en près de 40 ans », a expliqué Mme Grégoire, qui témoignait aux côtés du président de l’UPA, Marcel Groleau et du président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval.

Stress et vandalisme

Mme Grégoire affirme que les activistes ont mis de l’eau à l’intérieur du réservoir à Diesel de leur génératrice et déréglé les thermostats du bâtiment agricole. Elle affirme que les militants ont laissé les portes de l’élevage ouvertes et que les animaux ont subi un froid de -12 degrés Celsius. Le bruit et le stress vécu par les truies auraient fait en sorte qu’elles se sont levées subitement. En se recouchant, elles ont tué des porcelets.

La semaine dernière, l’assureur de Porgreg a décidé de ne pas renouveler le contrat d’assurance de la ferme à trois semaines d’avis. « On se doute bien qu’une récidive possible ou les représailles des activistes puissent leur faire peur », dit-elle.

En plus des conséquences au sein de son entreprise agricole, Josiane Grégoire affirme que cet épisode a engendré beaucoup de stress et d’anxiété à sa famille. « Nous avons reçu des appels d’injures d’inconnus. »

L’UPA demande l’aide de la SQ

Dans la foulée de l’occupation de la ferme Porgreg, Québec a mis sur pieds une équipe de travail qui se penchera sur les moyens pris par d’autres territoires pour faire obstacle à ce phénomène.

Mme Grégoire a indiqué mercredi qu’à l’instar de l’UPA, elle souhaitait que le Québec dépose un projet de loi comme en Alberta et en Ontario pour imposer des amendes pouvant atteindre 30 000 $ aux personnes qui s’introduiraient illégalement dans des bâtiments de ferme.

« Il faut que la loi soit plus dissuasive due à la détermination de ces groupes-là », a déclaré Marcel Groleau. « La réalité sur les entreprises agricoles sur les coûts et conséquences que cela peut entraîner oblige que la loi soit plus dissuasive qu’elle ne l’est actuellement. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Josiane Grégoire et le président de l’UPA, Marcel Groleau.

Ce dernier demande aussi à la Sûreté du Québec (SQ) de mettre sur pied un protocole d’intervention destiné à ce type de situation. Chez Porgreg, les patrouilleurs ont attendu plusieurs heures avant de procéder à l’arrestation des manifestants.

« On veut contacter la SQ parce qu’on veut leur demander d’être mieux préparés à ce type de situation là. Manifestement, ils ne l’étaient pas », a expliqué M. Groleau qui exhorte ses confrères à rester calmes si un événement du genre venait à se produire sur leur ferme. « Ce n’est pas tous producteurs qui auraient réagi comme ils ont réagi », souligne celui qui craint une escalade des tensions si une telle situation venait à se reproduire dans une autre ferme.

M. Groleau s’est aussi dit solidaire avec la productrice de volaille Fernande Ouellet, qui porte un projet d’abattoir artisanal.

La semaine dernière, deux grandes tables de Montréal — le Vin Mon Lapin et le Manitoba — semblent avoir été ciblées par des tenants de la cause antispécistes pour leur appui au Petit abattoir, un projet coopératif de petite échelle destiné aux petits producteurs. Leurs serrures ont été enduites de colle et des notes manuscrites ont été laissées dans leurs boîtes aux lettres. Ces actes n’ont pas été revendiqués.

« Quand on est rendus à être intimidés par ce qu’il se passe c’est signe que le climat n’est pas sain », a dit M. Groleau.