Du plant de tomates sur la terrasse au potager dans la cour : plus de 17 % des Canadiens ont commencé à cultiver des fruits et légumes durant la pandémie. Les Québécois seraient aussi les champions des jardins sur les balcons.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Voilà la conclusion étonnante d’un sondage qui sera rendu public, ce mercredi matin, par le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. Le coup de sonde – mené auprès de 1023 répondants par la firme Angus Reid – révèle que 67 % des nouveaux jardiniers conviennent que c’est la pandémie qui a influencé leur décision de commencer à cultiver des aliments à la maison.

C’est le cas de Chloé Fortier-Devin, qui a fait de l’aménagement d’un potager sur son toit son « projet pandémie ». Tomates, chou frisé (kale), bette à carde, concombres, aubergines, pois mange-tout, poivrons : en tout, la Montréalaise de 26 ans a installé 16 grandes jardinières sur le toit de son immeuble avec vue sur le mont Royal.

PHOTO FOURNIE PAR GABRIELLE PETRUCCI

Chloé Fortier-Devin

« Je pense que ça a beaucoup contribué à mon équilibre, de m’occuper, de mettre les mains dans la terre », explique la jeune femme dont le travail dans le domaine des arts a été mis sur « pause » durant le Grand Confinement.

« Sur le plan de la santé mentale, ça a dû aider parce que c’était vraiment mon projet. Il y avait tellement de choses auxquelles penser, j’étais super motivée, donc je ne me sentais pas isolée ou toute seule. Je suis vraiment contente d’avoir fait ça à ce moment-là », ajoute-t-elle.

La tomate, reine du jardin

D’un océan à l’autre, 51 % des Canadiens affirment avoir fait pousser au moins une variété de fruit ou de légume cette année, dont 17,4 % pour la première fois.

C’est énorme. Si vous avez remarqué plus de jardins cette année, ce n’est pas un mirage.

Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie

Fait à noter, les fines herbes et le cannabis ont été exclus du calcul. Au Québec, c’est 47 % des répondants qui affirment faire pousser de la nourriture. « Tout le reste, ça compte », affirme M. Charlebois.

La tomate est la culture la plus populaire chez les jardiniers amateurs, près de 90 % des répondants en faisant pousser à la maison. La laitue arrive au deuxième rang, à 58 %, puis le concombre, à 55 %. Le fruit le plus populaire est la fraise : 32 % des personnes sondées en ont planté cette année.

Au Canada, 18,6 % des jardiniers disent faire pousser des aliments sur leur balcon comparativement à 31,3 % au Québec, la province avec le plus haut taux.

PHOTO FOURNIE PAR CHLOÉ FORTIER-DEVIN

Le jardin de Chloé Fortier-Devin sur le toit de son immeuble, à Montréal

Jardins de la victoire 2.0

La Montréalaise Muriel Cottebrune a décidé de faire les deux : pour la première fois, elle a fait pousser des légumes sur son balcon et dans sa cour de Verdun. « Ça demande beaucoup de travail et de suivi, c’est quand même exigeant », souligne-t-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

Muriel Cottebrune dans son potager.

Elle n’est pas surprise par les résultats du sondage. « On l’a vite remarqué dans les magasins. Il n’y avait absolument plus rien. Ç’a été la catastrophe pour trouver des jardinières, je suis allée faire dix magasins, l’enfer ! »

Tenir un jardin est une expérience enrichissante, croit-elle. « Ça te fait revoir ta manière de consommer, tu as moins envie de jeter, de gaspiller parce que c’est toi qui l’as fait pousser. Tu as aussi envie de partager beaucoup. Tu vas donner chez le voisin, chez la mamie d’en face, il y a une espèce de solidarité qui se développe là-dedans. Ce n’était que du bien, en fait. »

Chloé Fortier-Devin abonde dans le même sens.

« Je pense que tout le monde devrait essayer de faire pousser des choses pour être conscients du travail qu’il y a derrière, mais aussi que ce à quoi on est habitués en épicerie n’a pas vraiment rapport avec la réalité. La perfection des fruits et légumes et l’abondance à longueur d’année, ce n’est pas en lien avec notre climat. »

Sylvain Charlebois souligne qu’il y a un lien à faire entre l’année 2020 et les Jardins de la victoire, ces potagers cultivés dans les villes nord-américaines durant la Seconde Guerre mondiale.

« Quand les gens sont frappés de plein fouet par un évènement important comme une guerre ou comme la COVID-19, ils sont souvent interpellés par rapport à la sécurité alimentaire et ils font quelque chose. »