Je profite de l’arrivée (timide) du printemps pour vous parler d’un dossier qui traîne de la patte depuis fort longtemps au Québec : les analyses de drogues. Après des années de piétinement, ces tests pourraient être offerts prochainement à Montréal. On pourrait même les voir apparaître dès cet été.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Même si certains dirigeants d’événements festifs n’aiment pas trop aborder ce sujet, on ne doit pas craindre d’affirmer et de reconnaître qu’il se consomme beaucoup de drogues lors de ces rassemblements. Dans certains cas, on parle de cochonneries qui peuvent causer beaucoup de torts.

En quoi consistent ces fameux tests, vous demandez-vous ? C’est simple, tu te rends à un événement avec une drogue dont tu n’es pas sûr de la qualité. Grâce à une technologie sophistiquée, des spécialistes réunis sous une petite tente peuvent te dire en quelques minutes ce que contient la substance achetée. Cela peut éviter au consommateur un malaise physique ou psychologique, un coma ou, dans certains cas, une surdose mortelle.

Depuis une vingtaine d’années, le Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) milite afin d’obtenir le droit d’offrir des analyses de drogues (drug checking) dans des lieux festifs. Le processus est long et laborieux. Mais bonne nouvelle ! Les choses vont bon train et ces tests pourraient faire leur apparition au cours des prochains mois.

Le GRIP, qui dispose des fonds pour opérer, a fait parvenir une demande d’exemption à Santé Canada afin de pouvoir obtenir le droit de manipuler ces drogues illégales et faire ces analyses dans des lieux publics.

La chose m’a été confirmée par Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et fondateur du GRIP.

Des groupes communautaires québécois ont également fait une demande similaire à Santé Canada. De son côté, l’Institut universitaire sur les dépendances est en train de mener une étude de faisabilité afin de cerner les divers besoins. Les conclusions devraient être connues en 2020.

Le but est d’offrir ces tests dans trois sphères : les groupes communautaires qui œuvrent auprès des toxicomanes, les minorités sexuelles et les événements festifs.

Il est grand temps que l’on franchisse cette étape. Nous accusons un retard considérable sur l’Europe et l’Australie. En 2013, mes collègues Katia Gagnon et David Boily s’étaient rendus à la Street Parade de Zurich pour voir comment ces tests étaient faits. Dans un reportage vidéo, on y voyait des spectateurs venir faire analyser leur drogue.

À Vancouver, où la crise des opioïdes a fait des ravages, Santé Canada finance un programme de détection des drogues au centre d’injection supervisée Insite.

L’expérience de Vancouver a permis de voir que, lorsque des consommateurs découvrent que leur drogue contient une substance dangereuse comme le fentanyl, ils étaient plus susceptibles de réduire leur dose ou de modifier leur comportement.

Le Canada traîne de la patte. Mais la crise des opioïdes de 2014 et les morts qu’elle a causées ont démontré l’importance de ces tests. « Chez nous, malheureusement, on se bute à des problèmes d’acceptabilité sociale et à une réticence des autorités publiques », m’a dit Jean-Sébastien Fallu.

Au Québec, le triste épisode du fentanyl a également fait avancer les choses. On permet maintenant la distribution de bandelettes capables de détecter la présence de cette substance dans une drogue. Cette technique ne peut toutefois mesurer la dose.

Le GRIP veut maintenant aller plus loin et offrir des analyses de drogues aux consommateurs qui le désirent. « Il existe des technologies portables qui permettent d’analyser rapidement les produits, m’a expliqué Jean-Sébastien Fallu. On peut tester certaines drogues à travers un sachet de plastique grâce à un rayon infrarouge. »

Santé Canada a lancé en octobre 2018 un concours (je sais que le mot peut paraître bizarre dans le contexte) afin de faire évoluer les technologies de détection et d’analyse des drogues. Les participants avaient jusqu’en février pour présenter leur technologie. Le grand gagnant sera connu à l’automne 2020.

Pour arriver à faire ces analyses dans les grands événements, il faudra bien évidemment la collaboration de ceux qui les organisent. « Certains sont ouverts à cela, d’autres moins », m’a dit Jean-Sébastien Fallu.

Selon les événements qui ont lieu à Montréal et ailleurs au Québec (ÎleSoniq, Piknic Électronik, Osheaga, Bal en blanc, Festival Éclipse de Maniwaki, etc.), les profils de consommation sont très variables.

« On voit de tout, m’a confié Jean-Sébastien Fallu. Ça va du cannabis au speed, en passant par les hallucinogènes comme le LSD, les champignons magiques et le 2C-B. Sinon, on retrouve de l’ecstasy, du MDA, du GHB, du protoxyde d’azote et de la kétamine. »

Certains organisateurs ferment les yeux sur ce problème. Accepter que l’on vienne faire de la prévention ou, éventuellement, des tests sur le site de leur événement attirerait l’attention sur cet aspect. Cela pourrait nuire à l’image de leur événement.

Je sais que certains se disent que la meilleure façon de ne pas avoir de problème avec la drogue, c’est de ne pas en prendre. C’est vrai. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Si on veut convaincre quelqu’un d’abandonner la consommation de drogue, mieux vaut le faire quand il est encore vivant. Ça va nettement mieux.