Les chevaux sauvages de l'île de Sable

Selon la légende, les chevaux auraient échappé à... (Photo Marie Tison, La Presse)

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Selon la légende, les chevaux auraient échappé à un terrible naufrage et se seraient réfugiés dans l'île.

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(ÎLE DE SABLE) Loin au large de la Nouvelle-Écosse, l'île de Sable est un long ruban sablonneux où résident 5 humains et 550 chevaux sauvages. En raison du brouillard et des tempêtes fréquentes, l'endroit - récemment devenu parc national - n'est pas facile à visiter. Une croisière permet désormais de réaliser ce rêve.

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L'étalon solitaire suit d'un peu trop près un groupe familial formé d'un autre étalon, de juments et d'un poulain. Le chef de famille devient nerveux et pique un galop vers l'intrus, qui s'enfuit pour revenir quelques minutes plus tard. De toute évidence, il aimerait bien s'emparer du harem de Monsieur. Celui-ci se remet à la poursuite du solitaire, le rattrape et quelques coups et morsures s'ensuivent dans un soulèvement de sable et un tourbillon de crinières.

Normalement, personne ne serait témoin de cette scène. Elle se déroule dans l'île de Sable, un mince croissante de 40 km de long qui se trouve à 160 km de la côte néo-écossaise. Mais cette fois-ci, plusieurs dizaines de visiteurs observent le duel à bord de canots pneumatiques, à une distance respectueuse de la rive.

Ces chevaux retournés à l'état sauvage constituent probablement l'attrait principal de l'île de Sable, un tout nouveau parc national canadien.

Jusqu'à décembre 2013, la garde côtière canadienne était responsable de l'île. Parcs Canada a pris la relève, mais il ne faut pas s'attendre à une invasion de touristes. L'accès demeure difficile et coûteux. Le brouillard couvre l'île environ 125 jours par an. La piste d'atterrissage est une plage et le terminal, une camionnette munie d'un manche à vent. Accoster n'est pas nécessairement plus facile: il n'y a pas de quai, la mer est souvent très agitée et il y a de traîtres bancs de sable qui se dissimulent sous la surface.

Adventure Canada, une agence qui se spécialise dans les croisières dans le Grand Nord, a travaillé pendant un an avec Parcs Canada afin d'offrir un voyage à l'île de Sable.

Les passionnés de chevaux ont sauté sur l'occasion. Pour plusieurs, il s'agit d'un rêve d'enfant: ils ont lu des romans jeunesse sur les chevaux sauvages et certains ont même participé à une campagne de lettres d'écoliers, à la fin des années 50, pour demander au gouvernement Diefenbaker de ne pas rapatrier les chevaux sur la terre ferme pour les vendre. Le premier ministre canadien a finalement accepté de protéger les chevaux sauvages de l'île de Sable.

La vedette de l'île 

Selon la légende, ces chevaux auraient échappé à un terrible naufrage et se seraient réfugiés dans l'île. La réalité est encore plus fascinante: la présence des chevaux est liée au Grand Dérangement. De nombreux Acadiens ont dû abandonner leurs animaux de ferme lors de la déportation de 1755. Un riche commerçant de Boston, Thomas Hancock, a mis la main sur les chevaux et d'autres animaux et, pour des raisons qui restent à élucider, les a installés dans l'île de Sable.

Au cours des années, les vaches, cochons et compagnie ont été mangés par les habitants et visiteurs de l'île ou ont péri de façon naturelle, mais les chevaux ont survécu.

Le matin de notre visite, des responsables de Parcs Canada étaient sur place pour guider une petite randonnée à travers les dunes et faire découvrir la flore et la faune de l'île: 190 espèces de plantes, 350 espèces d'oiseaux dont le rare bruant d'Ipswich, 600 espèces d'invertébrés, deux mammifères marins et un seul mammifère terrestre, le cheval, la vedette incontestée.

Voilà justement un petit groupe de trois chevaux qui viennent déambuler sur la plage. Les photographes sérieux installent leurs trépieds à la distance réglementaire de 20 m, sortent des lentilles qui ont la taille d'un bazooka et mitraillent à qui mieux mieux les superbes animaux. Les étalons ont une crinière particulièrement longue, un peu cotonnée, qui leur donnent l'aspect de musiciens rastas. Certaines juments n'ont pas encore perdu tout leur pelage d'hiver. Il n'y a pas d'arbres dans l'île de Sable, pas de rochers: il est donc difficile de trouver quelque chose pour se frotter les flancs.

La présence de paparazzis débridés ne semble pas déranger les chevaux. Ils poursuivent leurs occupations quotidiennes: brouter, se rouler dans le sable, piquer un petit somme.

La météo est exceptionnelle: grand soleil, absence de vent. C'est une température idéale pour aller à la plage. Ça tombe bien, l'île de Sable est en fait une immense plage de sable blanc. Les phoques gris l'ont bien compris et se prélassent au soleil. Un phoque émerge de l'eau et se dirige de façon décidée vers un groupe de photographes. Tout à coup, il s'arrête, l'air un peu interloqué, puis vire sec pour retourner à la mer. Peut-être pensait-il rejoindre ses congénères et a-t-il réalisé son erreur. La méprise est compréhensible: les bipèdes ne sont pas chose courante ici.

Une plage à la mer

L'île de Sable aurait été formée lors d'une des dernières glaciations, alors que le niveau de la mer était plus bas de 35 mètres. Il s'agirait d'une moraine terminale, soit un gigantesque amas de sable poussé par un glacier, puis laissé sur place à la fonte de cette rivière de glace.

L'île a subsisté au cours des années en raison de la présence de deux courants maritimes, le courant du Labrador au nord et le Gulf Stream au sud. L'île demeure fragile et se modifie sans cesse. Ses étangs d'eau douce sont sans cesse menacés par l'ensablement et des irruptions d'eau de mer lors de tempêtes.

Il est interdit de procéder à de l'exploration et de l'exploitation pétrolière et gazière dans l'île même, mais on peut voir des plateformes pas très loin.

Des déchets s'échouent régulièrement sur les plages, notamment des ballons. C'est bien beau de procéder à un lâcher de ballons à l'occasion d'un anniversaire ou de donner un ballon à l'hélium à un enfant qui le laisse aussitôt s'échapper, mais il s'agit d'une source de pollution dangereuse: les bêtes peuvent essayer de manger ces bouts de caoutchouc dégonflé ou s'étrangler avec les rubans colorés qui les retiennent.

La venue de touristes constitue un autre péril pour l'île de Sable. Parcs Canada a déjà mis en place des mesures strictes: il faut bien nettoyer la semelle de ses chaussures avant d'accoster pour ne pas risquer d'introduire des espèces végétales étrangères, et il faut se suivre à la queue leu leu pour ne pas détruire la végétation.

Si les visiteurs observent les chevaux et les phoques, les gens de Parcs Canada observent les visiteurs. Ils évalueront leur impact sur l'environnement de l'île de Sable et dégageront des lignes directrices pour de prochaines lignes directrices.

C'est un peu pour attendre les résultats de cet examen (et pour d'autres raisons d'ordre logistique) qu'Adventure Canada a décidé de ne pas offrir de croisière à l'île de Sable en 2015. «Le voyage sera de retour du 11 au 19 juin 2016.»

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Le cimetière de l'Atlantique

D'étranges bouts de bois émergent au quart de la hauteur d'une grande dune de sable. Il est fort possible qu'il s'agisse d'une épave, ensevelie sous le sable.

L'île de Sable a une sinistre réputation auprès des marins. On l'appelle «le cimetière de l'Atlantique». Au moins 350 navires se sont échoués sur l'île ou sur les bancs de sable qui s'étendent sous la surface. Au moins 10 000 personnes ont perdu la vie.

Le brouillard fréquent, les tempêtes et les forts courants contribuent à cette réputation. Sans compter le fait que l'île se situe directement sur la route reliant la Nouvelle-Angleterre à l'Europe.

La situation était tellement critique qu'au XIXe siècle, les autorités ont installé une station de sauvetage dans l'île pour venir en aide aux malheureux naufragés.

Les dunes ont rapidement englouti les épaves et les corps des personnes mortes. Parfois, une tempête gruge une dune et des artefacts apparaissent. Les gens de Parcs Canada racontent comment une épave a ainsi émergé. Le National Geographic Magazine a envoyé une équipe, mais il lui a fallu une semaine pour se rendre sur place. Trop tard. L'épave était recouverte à nouveau.

Le dernier naufrage, heureusement, s'est terminé de façon moins dramatique. En 1999, un petit yacht, le Merrimac, s'est échoué sur l'île de Sable. L'équipage s'est réjoui de voir un véhicule émerger du brouillard pour venir à sa rescousse. Mais quelle ne fut pas leur surprise de constater que le véhicule en question (prêté par une compagnie pétrolière) avait des plaques du Texas et que son conducteur avait un accent mexicain.

Tant qu'à être dans le coin

La croisière d'Adventure Canada se concentre sur l'île de Sable, mais elle effectue quelques autres visites et escales intéressantes dans la région.

La zone de protection marine du Gully 

Le Gully est un canyon sous-marin situé tout près de l'île de Sable. Il s'agit d'une région particulièrement riche en biodiversité. Il y a notamment de la nourriture en quantité pour de grands mammifères marins comme la baleine à bec commune. Les chances de voir ces gros animaux sont excellentes.

La côte sud de Terre-Neuve 

Le joli village de Francois (que les habitants, tous anglophones, prononcent Françoué, comme en ancien français) est situé au fond d'un fjord. On y trouve des trottoirs de bois, comme dans le film La grande séduction. Des sentiers de randonnée parcourent les environs et grimpent au sommet du Friar, une colline qui s'élève à 300 m au-dessus du village.

Saint-Pierre

Les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon méritent plus qu'une simple demi-journée, mais il est toujours intéressant de se tremper dans la culture française. Jacques Cartier a fait escale ici, de même que le général de Gaulle, en 1967, avant d'aller prononcer un certain discours sur le balcon de l'hôtel de ville de Montréal.

Saint-Jean 

La capitale de Terre-Neuve-et-Labrador est reconnue pour ses maisons aux couleurs vives, alignées à flanc de colline. Le port de Terre-Neuve est particulièrement bien protégé. On y accède par un étroit défilé, The Narrows, flanqué au sud par Fort Amherst et au nord par Signal Hill. C'est sur cette colline qu'en 1901 Guglielmo Marconi a capté le premier message transatlantique sans fil.

La vie à bord 

Un programme complet de conférences à bord permet de tout savoir sur l'île de Sable: son histoire géologique, son histoire culturelle, sa faune et sa flore. Une photographe réputée donne également des trucs pour permettre aux amateurs de rapporter des clichés évocateurs des fameux chevaux sauvages.

Les frais de cette croisière ont été payés par Adventure Canada.

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