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Prendre maison

« C'est arrivé en me baladant... »

C'était au printemps, il y a 18 ans. Louise Descarie, la présidente de La Tête Chercheuse, à Montréal, furetait dans les rues de Saint-Henri, autour du marché Atwater. Sans que nul ne le sache, une grande histoire d'amour entre une femme et son quartier allait prendre racine...

Ce jour-là, Louise Descarie ne cherchait pas une maison. « Je me baladais sans but précis », se rappelle la femme d'affaires.

Accroupie devant sa demeure, la dentiste Geneviève Gamache jardinait. « Je me souviens de l'occasion. J'avais les mains dans la terre, les cheveux dans le visage. C'était un de ces dimanches typiques où tu décides de planter tes fleurs. Et cette femme s'est arrêtée. »

« Je regardais sa maison, se souvient Louise Descarie, et j'ai eu comme un coup de foudre. Les fleurs étaient encore dans les barquettes et ce désordre fleuri m'a charmée. La vue sur le canal, la quiétude des lieux, et cette jeune femme qui jardinait, les mains dans la terre... entourée de ses fleurs multicolores... »

Louise Descarie, avec son humour pince-sans-rire et juste ce qu'il faut d'audace, a regardé Geneviève Gamache et lui a lancé, en désignant l'intérieur : « Est-ce que c'est aussi beau que je l'imagine? » Dans son souvenir - ça fait quand même 18 ans -, Louise Descarie a ensuite carrément demandé : « Est-ce que je pourrais visiter? »

« C'est quand même bizarre, avoue la Dre Gamache, quand une parfaite inconnue te demande si elle peut entrer chez toi pour visiter. Mais en même temps, je la comprenais : j'aurais fait exactement la même chose si j'avais été à sa place. Je saisis bien ces impulsions-là. C'est comme un désir, une petite voix intérieure, un momentum auquel tu veux céder toute la place parce que tu sais que c'est un moment important. »

« Geneviève Gamache a acquiescé à ma demande avec la plus grande gentillesse qui soit. Elle a laissé son jardinage pour me faire visiter sa maison. J'étais sous le charme, et j'imaginais déjà mon aménagement... »

Le seul problème, c'est qu'aucune maison n'était à vendre dans ce quartier. « Mais moi, j'en voulais une! Et comme je n'avais pas la patience ni l'envie de passer par un agent d'immeuble, j'ai pris les grands moyens. Je voulais avoir une maison comme celle-là, tout de suite. » Louise Descarie a cogné aux portes. Une par une. « Bonjour, excusez-moi, j'aimerais acheter votre maison. Serait-elle à vendre, par hasard? » Peu de réponses étaient chaleureuses. Jusqu'à ce que, à une porte, elle reçoive la réponse positive qu'elle souhaitait... mais à deux fois la valeur                                                               marchande! « Tant pis! J'ai payé! »

Ces 18 dernières années, Louise Descarie a profité de ce quartier, dans lequel elle a choisi, sur un coup de tête, de s'établir. « J'aime toujours y marcher. J'aime l'accès au centre-ville et je vais au bureau à pied. J'ai amplement profité du marché Atwater et de la revitalisation de la rue Notre-Dame, avec son théâtre Corona et son offre de cafés, de restos et de terrasses. »

Geneviève Gamache en a fait tout autant, et a continué à fleurir sa devanture et ses terrasses. Des vies se sont tissées dans ce quartier, et ces deux femmes, qui ne se sont jamais recroisées depuis, se sont pourtant bien enracinées dans ce Saint-Henri, qui en a vu, des changements, en 18 ans.

Si vous passez rue Sainte-Cunégonde, vous risquez fort de trouver Geneviève Gamache agenouillée... en train de jardiner. Et Louise Descarie, en promenade dans son quartier. Quand on                                                           est enraciné, il y a des choses qui ne changent pas.

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