Le français aussi rare que la neige à Vancouver

Wayne Gretzky portant la flamme olympique lors de... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Wayne Gretzky portant la flamme olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver, vendredi.

Photo: Bernard Brault, La Presse

(Vancouver) Un spectacle conçu et réalisé en anglais auquel on a greffé en toute fin une chanson en français. Même si le Canada est un pays bilingue et que le français est l'une des langues officielles du Comité international olympique, rien n'y paraissait lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver, vendredi. Le premier ministre du Québec et le ministre fédéral du Patrimoine s'en désolent. Les francophones du pays, Québécois au premier plan, voient rouge. Les organisateurs de la cérémonie, eux, semblent surpris de la controverse. Quand ils n'estiment pas qu'il s'agit d'une tempête dans un verre d'eau.

«En assistant à la cérémonie d'ouverture des Jeux, je me suis dit: le français à Vancouver, c'est comme la neige. On l'espère, mais il est très difficile à trouver.»

À son arrivée à l'aéroport vendredi, le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, était pourtant rempli d'espoir. Une bénévole à l'accréditation l'a accueilli en français. L'affichage était bilingue. Il a déchanté en soirée.

«J'ai eu l'impression d'assister à un spectacle conçu et réalisé en anglais avec une chanson française», a déploré, hier, M. Fraser. Même L'hymne au Nord du poète François-Xavier Garneau a été traduit en anglais pour être lu par l'acteur Donald Sutherland, a-t-il souligné.

Pourtant, le comité organisateur des Jeux de Vancouver (COVAN) avait fait son mea-culpa il y a un an après avoir tenu un grand spectacle populaire pour faire le décompte avant les Jeux... sans aucun artiste de langue française, sauf un chorégraphe. Le Canada, tout comme le Comité international olympique, a deux langues officielles: l'anglais et le français.

Un spectacle d'inspiration québécoise

En entrevue à La Presse, le grand manitou de la cérémonie, David Atkins, a paru surpris de la controverse. Il n'a pas pensé une seconde qu'il choquerait les francophones en accordant si peu de place à la langue française dans son spectacle, a-t-il admis sans pour autant éprouver de regrets.

Au contraire. «La portion la plus importante du spectacle était d'inspiration québécoise. J'étais plutôt inquiet de la réaction de l'Ouest canadien. J'avais peur que le public trouve cela trop théâtral, trop ésotérique», a dit le producteur australien, qui bénéficiait d'un budget de plus de 30 millions de dollars pour le spectacle.

Un spectacle d'inspiration québécoise avec si peu de français? «D'après ce que je sais du Canada, les francophones sont reconnus pour leur théâtre. Pas la côte Ouest, a-t-il souligné. Je ne dis pas qu'il ne se fait pas de théâtre à Edmonton ou à Winnipeg, mais à Montréal, il y en a partout.»

Le chanteur Garou est le seul artiste québécois à avoir fait un numéro dans la langue de Molière durant le spectacle. «Si je demande aux 20 premiers passants que je rencontre au centre-ville de Vancouver s'ils connaissent Garou, j'obtiendrai 20 réponses négatives, a affirmé M. Atkins. Et je l'ai quand même choisi pour chanter juste avant que la vasque ne soit allumée.»

Au moins trois «artistes francophones très connus» ont été sondés, mais ils ont refusé, a-t-il insisté. D'autres, comme l'École nationale de cirque - de Montréal - et le chorégraphe Jean Grand-Maître - directeur de la troupe de ballet de l'Alberta depuis 2002 -, ont accepté. Ce dernier défend le spectacle bec et ongles. «On a réussi, je pense, à faire ressentir aux spectateurs une grande fierté d'être canadiens, mais aussi d'être québécois. Pour moi, c'est la même chose», a dit M. Grand-Maître.

La cérémonie de clôture inclura des francophones

La cérémonie de clôture, sur laquelle il a aussi planché, inclura des francophones. «Peut-être que ce ne sera pas suffisant aux yeux du Québec, mais qu'est-ce que vous voulez?» a conclu le chorégraphe sur un ton agacé.

Aux yeux du premier ministre Jean Charest, c'était insuffisant. «C'était magnifique, la cérémonie d'ouverture. Ils ont bien réussi leur coup, mais tout le monde aurait souhaité plus de français dans la cérémonie d'ouverture. Bon, ça fait partie du domaine des souhaits et de ce que nous espérons pour le reste des Jeux», a-t-il dit après une manifestation faisant la promotion de la francophonie à ces Jeux d'hiver, samedi à Whistler. Manifestation à laquelle le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le président du CIO, Jacques Rogge, qui avaient annoncé leur présence, n'ont pas participé.

Le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, est aussi déçu. «Les cérémonies ont été magnifiques, spectaculaires à la télévision, mais le français aurait dû occuper une place plus importante», a-t-il dit. Le conservateur avait de grandes attentes, surtout qu'on lui avait fait miroiter que le français occuperait une place de choix.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, émet aussi un bémol sur la cérémonie à laquelle il a assisté aux côtés de son homologue de Montréal Gérald Tremblay. «Ce n'est pas tant le français que la place du Québec, son histoire francophone au sein du Canada, qui à mon avis n'a pas été assez montré dans le spectacle», a-t-il dit à La Presse hier.

Des critiques sur Twitter

Pendant la cérémonie, de nombreux Québécois sur le site de réseautage social Twitter ne se sont pas gênés pour critiquer la sous-représentation des francophones. Parmi eux, le député libéral et ancien ministre des Sports Denis Coderre: «Visuel: 8/10, spectacle: 6/10, ambiance: 6/10, bilinguisme: 1/10» ou encore «le mot des Jeux: BIENVENOUE», a-t-il écrit, faisant ici référence à l'unilinguisme du directeur général du comité organisateur des JO de Vancouver, John Furlong.

«Vous êtes parmi vos amis» est la seule phrase en français prononcée par M. Furlong durant son discours officiel d'ouverture. En réponse à ces critiques, la vice-présidente des communications du COVAN, Renée Smith-Valade, a haussé les épaules: «M. Furlong a de la difficulté à parler français. Que peut-on faire?»

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