Jasey Jay Anderson: un champion sans pression

Jasey Jay Anderson... (PHOTO JONATHAN HAYWARD, PC)

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Jasey Jay Anderson

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(Sotchi) «Tu as l'air sexy», a lu Jasey Jay Anderson sur la feuille que venait de lui glisser Michael Lambert en pleine conférence de presse, hier après-midi, au centre des médias Gorki. Entre deux réponses, Anderson a pris le crayon pour répondre à son coéquipier torontois : «Tu as l'air d'un médaillé d'argent...»

À 38 ans, Jasey Jay Anderson n'a peut-être plus les résultats qui lui permettent d'aborder les Jeux olympiques de Sotchi comme le favori pour défendre son titre en slalom géant parallèle acquis sous la pluie battante à Vancouver, en 2010. Mais son esprit compétitif est toujours aussi vif et il n'a pas perdu son sens de la répartie.

Devant un parterre d'une trentaine de journalistes, représentants de l'équipe canadienne et traducteurs bénévoles russes, l'athlète de Mont-Tremblant ne s'est pas gêné pour exprimer son agacement devant la démesure du projet olympique de Sotchi. Les dépenses de plus de 50 milliards détonnent quand on provient de l'un «des sports les plus obscurs», qui ne reçoit à peu près pas d'attention avant la période menant aux Jeux.

«Quand on dépense 50 milliards, quant à moi, ça devient un peu exagéré», a lancé Anderson, qui dispute ses cinquièmes Jeux, lui qui a participé à la toute première épreuve olympique de surf des neiges, à Nagano, en 1998.

Pour Anderson, père de famille qui exploite une bleuetière et gère une petite entreprise de fabrication de planches à neige, ces dépenses pharaoniques contribuent à dénaturer l'esprit olympique.

«Je ne le critique pas», a-t-il précisé plus tard en entrevue avec la presse québécoise. «Je ne suis pas celui qui doit dire comment faire. D'autant qu'on représente une des plus petites disciplines. Moi, je fais mon petit travail. Ils le font d'une façon ou d'une autre, que je sois là ou pas. Je ne peux malheureusement pas être l'un de ceux qui se font le plus entendre. Mais la petite vie que je mène à la maison et la façon dont je vois le futur de l'humanité, ça ne fait pas partie de ça. Non, vraiment. Ce sont des ressources exagérées.»

Des déceptions

Le retour d'Anderson aux Jeux olympiques est littéralement un accident de parcours. Il ne compétitionnait plus depuis un an quand il a été invité à participer à l'émission Le défi des champions, où des athlètes à la retraite exécutaient de complexes numéros de cirque. Il s'est infligé une hernie cervicale qui l'a forcé à passer deux mois sur le dos. Un manque de motivation pour terminer sa rééducation l'a convaincu de revenir sur les planches.

Ce retour à la compétition lui a aussi permis de tester les planches qu'il fabrique pour son entreprise Jasey Jay Snowboards. Les Coupes du monde sont le seul endroit où il peut mesurer la qualité de ses produits, tous destinés à la haute performance.

Le développement et la mise à l'essai de prototypes ont aussi eu leur coût : le planchiste québécois n'est pas remonté sur le podium depuis 2010. «J'ai vu un autre côté de la vie durant ces quatre dernières années, a-t-il dit. Je le savais avant, mais là je le vois vraiment : ça prend des victoires pour que les gens te reconnaissent. Pas de victoires, on dirait que les gens perdent même du respect pour toi. Ça m'a beaucoup attristé.»

Anderson est déçu que son milieu n'ait pas cherché à exploiter son expérience et son potentiel. Il s'est senti bousculé dans ce monde où l'ego prend beaucoup de place. «Les gens qui veulent se prouver quelque chose au lieu de se servir de toi (pour tes connaissances), ils vont te piler dessus. Ça, ça fait mal. Ce n'est pas nécessairement un reproche, mais c'est comme ça que les humains fonctionnent.»

«Il va vouloir être prêt»

Relégué à des positions lointaines, voire anonymes, cet hiver en Coupe du monde, Anderson ne s'offusque pas quand on lui demande si Sotchi ne risque pas d'être les Jeux olympiques de trop.

«Je me suis posé la question moi-même, a admis le quadruple champion mondial. Mais j'ai tellement travaillé sur toutes les perspectives avant Vancouver qu'on dirait que j'étais prêt à tout après. Une fois que j'ai retrouvé la santé, passé un peu plus de temps avec mes enfants, j'ai commencé à faire du snowboard pour d'autres raisons. Les résultats sont devenus secondaires.»

Ce qui n'est pas une raison pour l'éliminer des prétendants à Sotchi, où il disputera le slalom géant parallèle (mercredi) et le slalom parallèle (samedi), une nouvelle épreuve olympique. «Honnêtement, venir ou pas aux Jeux olympiques, ce n'était pas la fin du monde pour lui, a souligné sa coéquipière Ariane Lavigne. Mais une fois qualifié, Jasey est orgueilleux. Il va vouloir bien faire. Il va vouloir être prêt. »




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