Handball: le Canada dans un cercle vicieux, selon François Lebeau

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«Depuis huit ans, les subventions du gouvernement fédéral sont inexistantes, mentionne François Lebeau. Tout ça, c'est à cause de la nouvelle politique du gouvernement Harper et de son programme ANP. Il faut absolument être parmi les 10 ou 12 premiers au monde, ou encore obtenir des médailles aux Jeux panaméricains, pour espérer au moins avoir une étude de dossier.

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Alexandre Geoffrion-McInnis
La Presse Canadienne
Toronto

Depuis qu'il est entré en poste à la Fédération canadienne de handball olympique, le directeur des opérations François Lebeau l'admet: il doit constamment gratter les fonds de tiroir pour espérer boucler son budget et contribuer au développement de l'élite dans la discipline.

Lebeau est bien placé pour voir l'évolution de la discipline au fil des ans. Il est arrivé en poste dans la tourmente, en 2006, après avoir passé une quinzaine d'années à la tête de la Fédération québécoise de handball. Tout a basculé lors de l'instauration du programme «À nous le podium» (ANP), en 2005, à l'approche des Jeux de Vancouver.

«Depuis huit ans, les subventions du gouvernement fédéral sont inexistantes, mentionne-t-il. Tout ça, c'est à cause de la nouvelle politique du gouvernement Harper et de son programme ANP. Il faut absolument être parmi les 10 ou 12 premiers au monde, ou encore obtenir des médailles aux Jeux panaméricains, pour espérer au moins avoir une étude de dossier.

«Or, depuis huit ans, ça ne s'est jamais produit. Et pour être honnête, on ne sera jamais parmi les 10 meilleures équipes au monde, dit-il, résigné. On fonctionne au jour le jour, et pour boucler notre budget il faut faire une véritable gymnastique quotidienne.

«On a plaidé notre cause auprès de Sport Canada (une division du ministère du Patrimoine canadien), mais ça devient un cercle vicieux, poursuit-il. On ne performe pas, alors on ne reçoit pas de financement, et on ne reçoit pas de financement, alors on ne performe pas.»

En conséquence, les athlètes de haut niveau sont contraints de débourser eux-mêmes des sommes astronomiques afin d'assurer leurs participations aux grandes rencontres internationales, comme les Jeux panaméricains de Toronto.

«Pour participer aux compétitions, ce sont les athlètes eux-mêmes qui payent de leur poche leur hébergement, leurs frais de transport, etc. On parle d'une somme entre 8000 et 10 000$ par année, précise Lebeau. La plupart y parviennent en participant à des activités de commandite, par l'entremise des frais d'affiliation des provinces ou encore grâce au support des parents.

«Chez les filles, par exemple, elles ont eu trois tournées (deux en Norvège et une en Alabama) et un camp d'entraînement ici à Montréal, a-t-il ajouté. Mais ce sont des regroupements occasionnels parce que nous ne sommes pas locataires d'un complexe d'entraînement national comme la plupart des autres fédérations.»

Neuf des 15 joueuses de l'équipe féminine de handball sont québécoises. Parmi elles, seule Kim Barette-St-Martin possède de l'expérience au niveau panaméricain.

«Le handball au Canada, c'est marginal. Il y a deux provinces qui fournissent la majorité des joueuses, le Québec et l'Alberta, résume Lebeau. Les deux provinces ont de bons systèmes de développement de l'élite, et grâce au système de subventions du gouvernement du Québec beaucoup de bonnes joueuses graduent au sein de l'équipe nationale.»

Les Canadiennes n'ont toutefois pu se qualifier pour les Jeux panaméricains de Guadalajara en 2011, si bien que leur dernier résultat à ce niveau fut une sixième place à Rio en 2007. De plus, le Canada n'a jamais pu se qualifier pour les Jeux olympiques depuis ceux de Montréal en 1976 - puisqu'il était le pays hôte.

Le Brésil disposant du même privilège pour Rio 2016, il ne reste donc qu'un seul laissez-passer disponible. Pour l'obtenir, le Canada devra terminer parmi les deux premiers pays de son groupe et espérer une victoire en demi-finale contre potentiellement l'une des puissances latines, l'Argentine ou Cuba. Un défi quasi impossible à relever, selon Lebeau.

«Pour les filles, si elles peuvent espérer une troisième ou une quatrième place, ce serait le maximum qu'elles peuvent atteindre - et ça, c'est si elles performent au maximum», confie-t-il.

«Mais l'équipe féminine a subi une cure de rajeunissement au cours des dernières années. Ce sont de jeunes joueuses très prometteuses, qui pourraient causer des surprises au cours des prochaines années, poursuit-il. Dans l'immédiat, elles n'ont pas l'expérience pour battre les Brésiliennes, les favorites du tournoi, mais au moins il y a de l'espoir.»

L'équipe féminine de handball entamera son tournoi panaméricain jeudi après-midi, en affrontant le Mexique. Du côté masculin, le Canada disputera son premier match contre le Brésil vendredi.

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