Dopage: Christiane Ayotte croit que suspendre la Russie enverrait un bon signal

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La directrice du Laboratoire du contrôle de dopage de l'Institut national de la recherche scientifique, Christiane Ayotte.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

La suspension des athlètes russes jusqu'à ce que le ménage soit fait dans le système antidopage de ce pays enverrait un message puissant, selon la directrice du Laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS, Christiane Ayotte.

«Il est fort probable que les athlètes russes ne pourront pas compétitionner, peut-être même aux prochains Olympiques (à Rio de Janeiro en 2016), possiblement. Ce serait un bon signal à lancer», a déclaré Mme Ayotte en entrevue avec La Presse Canadienne.

Réagissant au démantèlement en Russie d'un système organisé de dopage d'athlètes et d'évitement de leur détection, Mme Ayotte a cependant confié qu'elle n'était nullement étonnée de la tournure des événements.

«Politiquement parlant, est-ce qu'on est étonné d'apprendre qu'il y a eu de la corruption en Russie? laisse-t-elle tomber en riant. C'est un fait entendu en Russie. Ce qui est navrant, c'est qu'il a fallu attendre toutes ces années avant d'en venir à bout.»

Pour elle, tout s'explique parfaitement, surtout l'implication apparente du gouvernement et des services secrets russes avec le type de régime en place à Moscou.

«Avec tout l'argent impliqué, dans ces pays où la démocratie est limitée, il y en a qui sont prêts à mettre un fric fou dans le sport, parce que le sport fait encore partie d'un système de propagande du pays», avance-t-elle.

Experte de renommée mondiale, elle souligne toutefois que les pratiques scientifiques du laboratoire russe visé n'ont jamais fait de doute dans son esprit. Christiane Ayotte avait elle-même plaidé contre le retrait de l'accréditation de ce laboratoire avant les Jeux de Sotchi.

«Ce qui était impliqué à l'époque, ce n'était pas la corruption, mais plus des pratiques d'analyse de laboratoire. (...) Mais la science était irréprochable. Nous avions des avancées dans la détection qui avaient été rendues possibles par des travaux qu'ils avaient publiés», fait-elle valoir.

Mme Ayotte se dit davantage troublée par les révélations faites la semaine dernière relativement à un groupe de dirigeants de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).

«Qu'on ait fait du chantage et extorqué de l'argent à des athlètes qui avaient des résultats positifs pour les laisser compétitionner, ça c'est proprement dégoûtant», tranche la spécialiste.

Elle précise à cet effet que la commission de l'Agence mondiale antidopage (AMA) présidée par le Montréalais Richard Pound a aussi détecté les agissements des dirigeants de l'IAAF lors de son enquête, mais que les informations reliées à ce volet du dossier n'ont pas été rendues publiques afin de ne pas nuire aux enquêtes en cours en France.

Selon Mme Ayotte, la mise au jour de ce scandale démontre non seulement l'efficacité du système antidopage, mais aussi le courage des sonneurs d'alarme qui se trouvent à l'interne.

«Ce qui est important, c'est que tout le monde n'est pas corrompu. À l'intérieur de la Fédération internationale d'athlétisme, il y a des gens qui ont tenu le fort malgré tout, qui se sont battus dans un système qui devait être épouvantable; leurs patrons étaient impliqués, ainsi que l'antidopage russe, mais ces gens-là ont tenu le fort», dit-elle.

Malgré tout, Mme Ayotte estime que le travail est loin d'être terminé et que l'on n'a exposé que la pointe de l'iceberg russe.

«Le mandat de la commission était restreint à l'athlétisme; on ne sait pas ce qui se passait, notamment en biathlon ou en ski de fond, etc. On peut penser que c'est la même chose. Ces athlètes-là dominaient de façon outrageuse leur discipline et c'était donc important de s'y attaquer», dit-elle.

Elle reconnaît d'ailleurs que la confiance du public envers le sport en général est sévèrement minée avec la succession de scandales qui, au fil des ans, ont secoué tant le Comité international olympique - avec la divulgation du versement de pots-de-vin pour l'octroi des Jeux de 2002 à Salt Lake City - que le milieu du cyclisme et, plus récemment, celui du soccer avec les histoires de corruption à la Fédération internationale de football (FIFA).

Selon elle, la Russie n'est probablement pas le seul pays à agir en porte-à-faux de la réglementation.

«L'indépendance des systèmes antidopage est loin d'être prouvée dans plusieurs pays. Le doute va persister jusqu'à ce qu'on ait réglé ce problème d'indépendance», avance-t-elle.

Christiane Ayotte déplore cependant que les performances exceptionnelles de grands sportifs s'accompagnent presque inévitablement, maintenant, de soupçons de dopage, alors que ce n'est habituellement pas le cas.

«Quand un athlète exceptionnel domine son sport, on peut effectivement le regarder et se dire que ce n'est pas normal, donc il y a de la dope. Ce n'est pas un raccourci qu'il faut prendre», avertit-elle.

«Oui, il y a plusieurs pays où cela pourrait arriver, mais il était particulièrement important de s'attaquer à la Russie parce qu'il y avait des athlètes qui étaient vraiment, clairement au-dessus de la meute», ajoute-t-elle.

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