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Antibiotiques: une découverte chinoise ravive la crainte d'infections incontrôlables

Des chercheurs chinois ont découvert un gène rendant inefficace certains... (PHOTO AP)

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Elisabeth ZINGG
Agence France-Presse
PARIS

Des chercheurs chinois ont découvert un gène rendant inefficace certains antibiotiques donnés en dernier recours quand les autres traitements ont échoué, relançant les craintes que des infections aujourd'hui traitables puissent recommencer à tuer.

«Nos résultats sont extrêmement inquiétants», a souligné le Pr Liu Jianhua, de l'Université agricole de Canton, principal auteur de l'étude publiée jeudi dans une revue spécialisée, The Lancet Infectious Diseases.

Ce gène «de résistance» a été mis en évidence sur des bactéries E. coli (ou colibacille) retrouvées sur des animaux et sur 16 échantillons de bactéries E. coli et K. pneumoniae prélevés sur 1300 patients hospitalisés dans le sud de la Chine pour des infections.

Ces bactéries étaient jusque-là sensibles aux antibiotiques dits «de dernier recours», de la famille des polymyxines (colistine et polymyxine).

Dans les pays occidentaux, les polymyxines sont principalement utilisés en réanimation et pour enrayer des infections graves, résistantes aux autres traitements antibiotiques.

En Chine, l'un des plus gros producteurs de colistine, l'antibiotique est surtout utilisé en médecine vétérinaire.

En effectuant des tests de routine sur des porcs, le Pr Liu et ses collègues ont trouvé une souche de colibacille résistante à la colistine et capable de se propager à d'autres bactéries, comme la Klebsiella pneumoniae, responsable d'infections pulmonaires.

Les chercheurs ont également découvert que cette résistance s'expliquait par la présence d'un nouveau gène («mcr-1»), susceptible de se copier en investissant une autre bactérie.

Bien que limitée pour l'instant à la Chine, la résistance à la colistine pourrait se développer à l'échelle mondiale, avertissent les auteurs de l'étude qui a suscité des inquiétudes chez les experts.

«C'est une étude très inquiétante dans la mesure ou les polymyxines sont des antibiotiques qui sont souvent donnés en dernier ressort pour traiter des infections graves», a déclaré Laura Piddock, une professeure de microbiologie à l'Université de Birmingham (Royaume-Uni).

Pour le Pr Nigel Brown de la société britannique de microbiologie, «maintenant qu'il a été démontré que la résistance peut se transférer d'une bactérie à une autre, une autre ligne de défense contre l'infection est en passe de tomber».

Les élevages pointés du doigt

La publication de l'étude survient de surcroît après la mise en garde de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lors du lancement lundi à Genève de la «première semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques».

La directrice générale de l'OMS, le Dr Margaret Chan, avait rappelé que la résistance aux antibiotiques atteignait désormais «des niveaux dangereusement élevés dans toutes les parties du monde» et constituait «un immense danger pour la santé mondiale».

«Les super-bactéries hantent les hôpitaux et les unités de soins intensifs du monde entier», avait-elle ajouté, avant de souligner que ce fléau est lié à la surconsommation et à la mauvaise utilisation des antibiotiques.

Leur utilisation massive dans les élevages a été dénoncée à de nombreuses reprises ces dernières années, conduisant certains pays à prendre des mesures destinées à en restreindre l'usage.

Les auteurs de l'étude chinoise notent pour leur part que la résistance à la colistine s'est «probablement» produite d'abord chez l'animal, et réclament en conséquence une «réévaluation rapide» de l'utilisation de cet antibiotique dans les élevages.

«Une des rares solutions pour éviter ces liens est la réduction ou la cessation de l'utilisation de la colistine dans l'agriculture», relèvent de leur côté David Paterson et Patricia Harris, deux chercheurs australiens dans un commentaire joint à l'étude.

En Europe, la colistine est surtout vendue dans trois pays, l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie, note pour sa part le Dr David Burch, un chirurgien vétérinaire britannique membre de l'Alliance Ruma (qui défend une utilisation responsable des médicaments dans l'agriculture).

«Il faudrait surveiller les données de ces pays pour voir si la situation a changé de façon spectaculaire ces dernières années, avant de prendre des mesures radicales pour restreindre son usage en médecine vétérinaire», estime-t-il.

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