Hépatite C: une très chère «révolution» thérapeutique

Le traitement de l'hépatite C est en passe de vivre une «révolution»... (Archives La Presse)

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Olivier THIBAULT
Agence Science Presse
PARIS

Le traitement de l'hépatite C est en passe de vivre une «révolution» thérapeutique que certains comparent à l'arrivée dans les années 90 des trithérapies anti-sida, avec l'émergence d'une nouvelle classe de médicaments à l'efficacité très supérieure, mais d'un coût faramineux.

«Une vraie révolution est en train de se passer sous nos yeux qui va beaucoup plus vite en termes de réponse et d'éradication que ce qui a été observé sur le VIH», selon le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence française de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS).

L'hépatite C est une maladie du foie, causée par le virus VHC, qui peut entraîner cirrhose ou cancer du foie: 185 millions de personnes sont infectées dans le monde et 350 000 meurent de ses complications hépatiques, selon l'OMS.

Le traitement de référence actuel repose sur un duo: le Peg-Interféron associé à la ribavirine. Le problème est que son efficacité n'est pas optimale (50 à 75%) et qu'il y a de nombreux effets secondaires: fatigue, troubles de l'appétit, du sommeil, anxiété, troubles psychologiques et dérèglement de la glande thyroïde.

L'arrivée d'une nouvelle classe de médicaments, des antiviraux à action directe (AAD), représente un «tournant majeur» pour cette maladie, estime l'ONG Médecins du monde (MdM).

Trois nouvelles molécules AAD arrivent sur les marchés occidentaux: le Sofosbuvir (de l'américain Gilead - déjà autorisé aux É.-U. et en Europe), le Siméprévir (Janssen-Cilag,  filiale de l'américain Johnson & Johnson, autorisé aux États-Unis et venant de recevoir un feu vert européen) et le Daclatasvir (du groupe américain Bristol-Myers Squibb, demandes de commercialisation en cours).

D'autres AAD devraient encore arriver. Selon le Pr Delfraissy, «presque 25 nouvelles molécules» pour traiter l'hépatite C sont «dans les tuyaux de la recherche».

«Qui aurait parié il y a dix ans qu'on serait capable d'éradiquer l'hépatite C à plus de 90% avec un traitement de quelques semaines?», relève le directeur de l'ANRS.

Le gastroentérologue Émile-Alexandre Pariente admet, en marge du congrès d'hépatogastroentérologie parisien JFHOD, que «ces médicaments présentent des taux d'efficacité très élevés, supérieurs à 90%», mais ils présentent aussi «un gros problème de coût».

1000 dollars le cachet

Le prix de ces nouvelles molécules est faramineux. Un comprimé de Sofosbuvir est facturé 1000 dollars aux États-Unis, soit 84 000 dollars (environ 60 000 euros) pour les 12 semaines de traitement préconisées.

En France, le prix de trois mois de traitement (environ 55 000 euros) pour 55% des 232 196 personnes atteintes de VHC chronique équivaudrait au budget des hôpitaux publics parisiens (APHP), selon les calculs réalisés par MDM dans une étude.

Gilead prévoit de pratiquer des stratégies commerciales différenciées selon les ressources des pays: prix fort pour les pays les plus riches, tarifs moindres pour ceux à revenus «intermédiaires» et autorisation des copies génériques à faible coût pour les plus pauvres.

Reste, selon MdM, que les prix prévus pour les pays à revenu moyen (2000 dollars pour 3 mois de traitement) excluraient d'emblée la majorité des malades: en Indonésie, traiter 50% des personnes infectées représenterait plus que l'ensemble du budget du pays dévolu à la santé publique.

Pour le président de Médecins du Monde, le Dr Thierry Brigaud, «les stratégies commerciales poursuivies par les firmes pharmaceutiques vont rendre ces traitements, bien que prometteurs, hors de portée de la grande majorité des personnes infectées par le VHC dans le monde».

«Les mêmes questions posées il y a une dizaine d'années sur les génériques anti-V.I.H. vont se poser de façon extrêmement crue» pour ces nouveaux traitements, résume le Pr Delfraissy.

L'ANRS a choisi cette période charnière pour lancer sa propre étude de suivi de 25 000 personnes atteintes d'hépatites B et C en France afin notamment de  cerner l'efficacité sur le long terme et les effets secondaires de ces nouvelles molécules.




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